Covid-19 : cinémas, musées, théâtres, les lieux culturels restent fermés, désarroi et inquiétude pour les professionnels

En Franche-Comté, pas question de réouverture pour les salles de concerts, de cinéma, de théâtre qui devront rester fermées trois semaines encore. Même le Festival des Cinémas d'Asie se tiendra en virtuel. Les fans de spectacles doivent prendre leur mal en patience.

Le cinéma l'Olympia de Pontarlier, vendredi 11 décembre 2020
Le cinéma l'Olympia de Pontarlier, vendredi 11 décembre 2020 © Jean-Louis Saintain France Télévisions

Ils étaient tous ou presque devant leur télé jeudi 11 décembre à 18 heures pour écouter avec attention Jean Castex. Les mesures annoncées par le Premier Ministre, ils s'y attendaient et les redoutaient. Pourtant, cette date du 15 décembre, les pros de la culture l'avaient inscrite sur leurs agendas comme, peut-être, le jour de la reprise. Il n'en sera rien. Trois semaines de plus à attendre. 

Mauvais scénario pour les salles de cinéma...

Toutes les situations sont difficiles à vivre. Celle de Brigitte Longchampt, la gérante du cinéma l'Olympia de Pontarlier, l'est particulièrement. Elle s'attendait aux mauvaises nouvelles mais c'est avec des sanglots dans la voix qu'elle s'exprime : "On avait tout prévu pour cette réouverture au 15 décembre. On avait des arbres de Noël qui étaient organisés, avec des séances pour les enfants. On aurait dû avoir plein de monde, de la joie au milieu du cinéma...". Elle s'inquiète pour la programmation des films, ceux qui étaient à l'affiche au début du confinement, seront-ils à nouveau projetés quand les cinémas rouvriront ? Y en aura-t-il d'autres ? Elle est loin d'être certaine de rouvrir, d'ailleurs, comme prévu le 7 janvier. "C'est très triste, c'est très dur" poursuit-elle. "On a peur que les films partent sur les plates-formes, que le cinéma soit oublié... J'ai très peur pour l'avenir du cinéma" explique Brigitte Longchampt.

... et pour le 27 ème FICA à Vesoul

Ce devait être aussi la fête du cinéma, à Vesoul en Haute-Saône, avec la 27 ème édition du FICA, Festival International des Cinémas d'Asie. Nous avons pu rencontrer son organisatrice Martine Thérouane : "C'est la mort dans l'âme que nous avons pris la décision de ne pas tenir physiquement le 27 ème FICA." Cette annonce arrive tôt : le Festival devait commencer le 26 janvier. Les réalisateurs étaient prêts à venir d'Asie jusqu' à Vesoul mais les billets d'avions, les réservations d'hôtels auraient dû être lancés dès cette semaine. Pas possible d'engager autant de frais pour une hypothétique ouverture le 26 janvier, alors que les restaurants, indispensables pour accueillir invités et festivaliers, ne rouvriront leurs portes, théoriquement, que le 20 janvier.

Le FICA aura lieu mais en distanciel, sur internet, sur le site du festival. Et le public pourra voter pour le documentaire et la fiction de son choix. Un maintien qui s'explique "pour des raisons financières vis à vis de tous ceux qui travaillent pour le festival" dit Martine Thérouane. "Et aussi pour des raisons artistiques. Les réalisateurs ont tourné des films, s'ils ne sont pas montrés, ils l'auront fait pour rien. Et ils ont également besoin de reconnaissance pour en tourner d'autres..." poursuit-elle.

Et pour les films qui ne seront pas diffusés cette année, comme dit "Mme FICA" : "On les garde au chaud pour 2022 !"

 

© FICA

La Rodia : "On était les premiers à fermer, on sera les derniers à rouvrir !"

"On ne peut plus travailler. C'est aléatoire de mettre en place des événements et les annuler au dernier moment" explique Manou Comby, directeur de la salle de concerts de Besançon, la Rodia. "On n'aimerait pas être à la place des gouvernants mais on ne comprend pas. On est conscient de la situation mais comment justifier la fermeture des salles de spectacles et de cinémas, alors que les gens peuvent faire leurs courses ?" . Simon Nicolas de La Rodia renchérit : "Et aller à la messe dans les églises ?" .Fataliste, il ajoute : "On était les premiers à fermer, on sera les derniers à rouvrir..."

Manou Comby détaille la suite du programme : "Fin janvier, on pourra accueillir des spectacles mais les gens seront assis avec une jauge de 180 personnes sur 1100 places, soit le 6ème du potentiel. On espère un retour à la normal fin avril. Nous jouons la prudence. Pour la programmation, ça se joue à un an, un an et demi..." Et pour les budgets ? "Financièrement, nous ne sommes pas trop inquiets à court terme car notre salle est subventionnée. Pas inquiet à court terme mais à moyen terme... on ne sait pas. Mais on s'inquiète dès maintenant pour toutes les structures de spectacles... Vont-elles toutes survivre à cette crise ?" 

"Continuer de travailler, se tenir prêt..."

"Antoine et Cléopâtre" : c'est la pièce de théâtre de Shakespeare qui est prévue pour le lever de rideau du CDN, Centre Dramatique National de Besançon. Avec ou sans spectateurs ! Une création de Célie Pauth avec 13 comédiens sur scène. Dates à retenir : du 22 au 29 janvier.

Renaud Serraz, secrétaire général du CDN, se considère comme chanceux. "Fin août et tout septembre, nous avons bien travaillé, jusqu'à la dernière représentation, juste avant le confinement en octobre. On avait installé une scène et des gradins, sur le parking. Cette prolongation de trois semaines de confinement ne nous gêne pas : la compagnie belge, Tg Stan, devait donner une pièce de Bergman "Après la répétition" les 15, 16 et 17 décembre. C'est elle qui a décidé de ne pas jouer. Ses spectacles sont reportés en avril. Donc, pas de répercussion immédiate pour nous" explique-t-il. L'avenir se conjugue au présent au CDN où vont bientôt commencer des répétitions. Renaud Serraz se réjouit : "A partir du 20 décembre, Célie Pauth commence les répétitions de sa nouvelle création. "Antoine et Cléopâtre". Compte tenu de sa durée, 4 heures, notre inquiétude, c'est le couvre-feu. Sera-t-il toujours en vigueur ? Et quels seront ses horaires ? On envisage de donner le spectacle sur deux soirées et pas une seule... De toute façon, avec ou sans spectateurs, cette pièce sera créée..." affirme Renaud Serraz.

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus/covid-19 santé société culture