Agriculture, économie et innovation : pourquoi l'Europe divise autant ?

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"Europe, je t'aime moi non plus", une émission présentée par notre journaliste Jérémy Chevreuil. ©Guillaume Soudat - France Télévisions

En France, l'Europe ne fait pas l'unanimité. Si l’Union européenne peut améliorer le quotidien, elle est également pointée du doigt par une partie de la classe politique, par les agriculteurs en colère ou même certains secteurs économiques. Alors, pourquoi l'Europe divise autant ? Réponse dans l'émission Enquête de régions, présentée par Jérémy Chevreuil.

Elle divise autant qu'elle rassemble. Les agriculteurs sont nombreux à fustiger les normes imposées et la concurrence déloyale qui pénalise de nombreux secteurs. Mais l'Europe investit en France, et particulièrement en Bourgogne-Franche-Comté. Elle protège les paysans et leurs produits avec les AOP et les IGP, les innovations avec un brevet commun à 17 pays, et subventionne la culture en permettant à des lieux comme la Rodia à Besançon de voir le jour grâce à des fonds européens de développement régional. "Europe, je t'aime moi non plus", une émission présentée par notre journaliste Jérémy Chevreuil. 

L'Europe cherche son code de la route

On recense aujourd’hui 3 millions de routiers dans l’Union européenne, mais il en manquerait 40 000 rien qu’en France. Les routiers polonais sont donc un maillon indispensable de cette chaîne. Les transporteurs français considèrent cette concurrence comme déloyale, car de nombreuses entreprises de l'hexagone font appel aux routiers polonais, qui proposent des tarifs plus bas.

François-Nicolas Wojcikiewicz est président de l'association des transporteurs polonais et souligne ces contradictions : "Il y a une grande hypocrisie de la France, qui d’un côté a recours au transporteur polonais, et de l’autre, les matraques de contrôles." C'est pourquoi l'Europe tente de légiférer en ce moment pour réguler davantage ce secteur. 

Reportage : E. Rivallain, E. Debief, L. Brocard, F. Le Moing et M. Bashung.

Agriculture : des subventions et des protestations 

Depuis plusieurs mois, la colère des agriculteurs gronde. Ils dénoncent les normes et les contraintes imposées par l'Europe. Jérémy Rognon est céréalier et éleveur de volailles à Pothières en Côte-d'Or. Son exploitation ressent directement la levée temporaire des droits de douane sur les produits agricoles ukrainiens votés par l'Europe. Ils devraient néanmoins se faire plus rares dans les rayons, conséquences d'un accord trouvé dans la nuit du 19 au 20 mars 2024 au Parlement européen avec l'instauration d'un plafond.

L'agriculture est le premier poste de dépense en Europe. La France bénéficie à elle seule de 9,3 milliards d'euros d'aides de la PAC, la politique agricole commune. La Saône-et-Loire est le deuxième département français le mieux doté, avec 195 millions d'euros alloués. Pour Joffrey Beaudot, éleveur bovin et céréalier, ses subventions sont vitales pour ne pas être déficitaire. Il explique "Aujourd'hui avec la PAC notre objectif, c'est d'arriver à 0. Les aides de la PAC sont indispensables à faire fonctionner notre structure."  Son exploitation touche plus de 100 000 euros par an : en additionnant la PAC et ses ventes, ses revenus sont de 400 000 euros pour des dépenses de 390 000 euros. Les aides sont essentielles, mais l'argent européen n'arrive pas toujours rapidement. Dans la région, le versement des aides concernant la modernisation des exploitations a pris un retard considérable, apportant une difficulté supplémentaire.

Reportage : E. Morel, D. Rabeisen, E. Picaut, A. Viloin et C. Ngoc.

Protéger c'est la norme

L'Europe est partout autour de nous et régit de nombreux aspects du quotidien. Julien Pea est directeur de la Maison de l'Europe en Bourgogne Franche-Comté et nous explique : "Quand vous vous réveillez avec un radio-réveil ou votre téléphone portable, il est marqué CE : conformité européenne. Il y a une protection au niveau du branchement électrique. Quand vous allez faire votre toilette, vous utilisez de l'eau, qui elle-même a été rendue potable à travers des directives européennes." La liste des normes protectrices est longue, et concerne évidemment les denrées comestibles.

À Mignovillard dans le Jura, Joël Alpy est producteur de lait depuis près de 40 ans et souligne la réussite économique que l'AOP Morbier a apportée depuis 2002. Elle fait vivre le territoire avec des emplois directs et indirects. Le règlement européen protège les producteurs en interdisant la reproduction du nom et de l'apparence du produit, mais également le consommateur pour ne pas l'induire en erreur lors de son achat. L'Europe encadre pareillement l'IGP, l'indication géographique protégée que l'on retrouve sur le vin, la viande et les produits laitiers. On en compte 137 en Bourgogne-Franche-Comté, comme la saucisse de Morteau IGP.

Reportage : E. N'Guyen Van-Ky, G. Soudat, V. Grandemange et M. Perroud.

Dans les pas d'un député européen

Nous élirons 81 représentants au Parlement le dimanche 9 juin 2024. Mais sait-on vraiment quel est leur rôle ? Pour répondre à cette question, nous avons suivi Arnaud Danjean, député européen Les Républicains, élu depuis trois mandats, et qui ne se représentera pas. À Strasbourg, la mission principale des députés européens est de voter les lois. Les votes ont lieu lors des sessions plénières sur trois jours, une fois par mois, en présence des 705 députés issus de 27 pays, installés en fonction de leurs groupes politiques.

On ne gagne jamais seul ici. Et on ne gagne jamais en ne poursuivant une seule ligne sans compromis.

Arnaud Danjean

Député européen LR

Parfois, au sein d'un même groupe, le Parti populaire européen (Démocrates-Chrétiens) pour Arnaud Danjean, les désaccords pointent le bout de leur nez. Et cela se comprend, car un Français d'un même groupe n'a pas forcément la même vision sur l'agriculture qu'un Suédois ou un Portugais.

Reportage : M. Bessard, D. Segal, A. Viloin, Y. Danjou, P. Chamussy.

"Europe, je t'aime moi non plus", une émission à voir le mercredi 1ᵉʳ mai 2024 sur France 3 Bourgogne-Franche-Comté, et dès à présent disponible sur la page Enquêtes de Région sur France.tv.