Colère des agriculteurs : combien gagne vraiment un exploitant en Bourgogne-Franche-Comté ?

17 700 euros : c'est l'argent que les ménages composés d'au moins un agriculteur ont tiré des activités en lien avec leur exploitation en 2018. Mais ce montant varie beaucoup, notamment en fonction des départements.

Les agriculteurs qui se mobilisent cette semaine dénoncent leur faible rémunération. Mais combien gagnent-ils exactement ? En 2018, le revenu disponible moyen des ménages composés d'au moins un agriculteur (une personne seule, un couple ou une famille) s’élevait à 52 400 euros, selon une étude de l'Insee parue en 2021. Cependant, seulement un tiers de cet argent provient d'une activité agricole, ce qui représente finalement 17 700 euros par an, d'après ces statistiques recueillies avant la guerre en Ukraine et l'inflation. 

En regardant de plus près les chiffres, le niveau de vie médian* de ces ménages varie énormément d'un département à un autre : il est de 18 200 euros dans la Nièvre, 26 590 en Côte d'Or, bien en-dessous de Paris (53 850 euros), mais au-dessus de la Creuse (17 270 euros), selon cette même étude.

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Outre les différences entre les départements, les revenus varient chaque année, notamment "en fonction des aléas climatiques, de la volatilité des cours, ainsi que des activités des exploitants", explique David Brion, responsable des études à l'Insee.

    La majorité des ressources de ces ménages sont issues d’autres d’activités que l'agriculture : "des salaires, et notamment de l’activité de leur conjoint, d'autres activités développées au sein de l’exploitation comme la vente de produits artisanaux ou le tourisme à la ferme qui ne sont pas comptabilisés comme un revenu agricole". Ou encore "d'autres activités en dehors de l’exploitation", poursuit David Brion.

    Enfin, les revenus du patrimoine constituent "la troisième source de revenus la plus importante des ménages agricoles, soit 20 % de leur revenu disponible. Il s’agit essentiellement de revenus fonciers, correspondant à des fermages, souvent issus de terres possédées par l’agriculteur et louées par la société dont il est associé", lit-on encore dans l'étude de l'Insee.

    L'élevage bovin moins rentable

    Certaines activités sont plus rentables que d'autres. En moyenne, le revenu disponible des ménages dont l'élevage bovin représente la majorité de la production s'élève à 38 060 euros, contre 68 602 euros pour le maraîchage et l'horticulture, toujours selon la même étude de l'Insee.

    Éleveur de vaches charolaises à Seaulieu (Morvan) et administrateur de la FDSEA en Côte-d'Or, Gérard Berthaut estime qu'il gagne "entre 15 et 17 000 de revenus net" par an sur sa ferme. D'après ses calculs, cela représente environ "un demi-smic".

    Outre "le prix du kilo de la carcasse et celui du lait, qui sont insuffisants", l'éleveur a peur de ne pas trouver de repreneur pour son exploitation lorsqu'il partira à la retraite : "mon fils a passé son enfance sur le tracteur, mais il a testé le métier et il m'a dit tout net : la ferme, je ne la reprendrai pas". Selon lui, "les normes sociales et environnementales" sont "un rouleau compresseur" qui favorise "la concurrence internationale".

    Le porte-parole de la Confédération paysanne en Bourgogne-Franche-Comté, Jérôme Gaujard, partage ce combat pour une meilleure rémunération, mais ne dresse pas le même diagnostic : "les normes sont là pour protéger les agriculteurs et les consommateurs." Le représentant syndical pointe plutôt "l'inflation, la suppression de l'aide au maintien à l'agriculture biologique et surtout le non-respect des objectifs de la loi Egalim".

    Ce texte, voté en 2018, fixait à 50% la part de produits "durables et de qualité" dans la restauration collective à l'horizon 2022, dont 20% de produits biologiques. Les comptes ne sont pas encore bons : ces chiffres sont respectivement de 23 % et de 10,6 % pour l'année 2021, d'après les données publiées par le ministère de l'Agriculture.

    * D'après l'Insee, le niveau de vie est égal au revenu disponible de chaque ménage (après avoir payé ses impôts directs), divisé par le nombre "d'unités de consommation" (UC). Le premier adulte du ménage correspond à une unité de consommation, les autres personnes de 14 ans ou plus, à 0,5 UC  et les enfants de moins de 14 ans, à 0,3 UC.