1er mai à Besançon : plusieurs syndicats dénoncent des violences policières en marge de la manifestation

Ce lundi 15 mai 2023, les syndicats FO, FSU et Solidaires ont donné une conférence de presse pour dénoncer les violences en marge de la manifestation du 1er mai 2023 à Besançon (Doubs). Selon eux, c'est l'agressivité injustifiée des forces de l'ordre qui aurait conduit aux heurts avec les manifestants. Ils ont également annoncé vouloir déposer un recours en justice.

"Dénoncer pour que ça s’arrête, pour ne pas continuer dans cette spirale infernale sur Besançon". Ce lundi 15 mai, les syndicats FO, FSU et Solidaires ont organisé une conférence de presse à la Maison des syndicats pour aborder la question des violences ayant eu lieu en marge de la manifestation du 1er mai dans la ville bisontine. En compagnie de manifestants "témoins ou victimes de gardes à vues" selon Amélie Lapprand du syndicat FSU, mais aussi de parents des mis en cause, ils ont dénoncé les 33 arrestations et les nombreux heurts entre les manifestants et les forces de l’ordre le 1er mai. "Il n’y a pas eu de violences de manifestants, mais bien des violences policières", fustige Noëlle Ledeur, de l’intersyndicale. "L’ambiance du cortège n’était pas à l’agressivité", développe-t-elle, avant de continuer : "on a vu des groupes de personnes se faire pourchasser, tabasser par la police."

Place aux témoignages des manifestants

Si plusieurs porte-paroles des syndicats se sont exprimés à tour de rôle ce jeudi matin, l’intersyndicale s’est aussi effacée à plusieurs reprises pour donner la parole à des manifestants présents sur les lieux il y a quinze jours. Adrien, étudiant de 18 ans, est le premier à venir s’installer au centre des tables disposées en rectangle. Il rapporte avoir été "l’un des 13 premiers manifestants interpellés juste après (les heurts de) Granvelle".  Selon lui, il n'avait pas de comportements provocateurs. On lui reproche notamment, a posteriori, d’avoir "poussé du pied une bombe lacrymogène". Aux alentours de "14h40/15h00", il est interpellé par les forces de l’ordre. "Il y avait le mur de CRS devant moi, puis derrière moi, il n’y avait pas de menace à première vue. Quand je me suis retourné, il y avait la foule un peu paniquée, et une personne était plus paniquée que les autres. Je suis allée l’assister, et il y a un CRS, plutôt un policier en civil avec un casque, qui est venu par derrière. J’ai été projeté au sol, plaqué contre une porte, menotté." Au total, Adrien passe "5 ou 6 heures" en garde à vue.  

"33 gardes à vue dans la même journée, dont 6 mineurs à Besançon, de mémoire de manifestants, ça ne s’est jamais vu", déplore Noëlle Ledeur, qui décrit une situation "ahurissante", et une "culture de la peur inadmissible." Camille, 17 ans et qui participait "à sa première manifestation sauvage" est aussi venu témoigner. Lui n’a pas été arrêté. "J’ai pu m’enfuir après seulement quelques coups de matraques", se rappelle-t-il. Mais il reste marqué physiquement et psychologiquement par les évènements. "Je me suis pris un coup au niveau de l’entre-jambe, et j’étais terrifié par les CRS derrière moi qui n’hésitaient pas à frapper alors qu’on n’avait rien de dangereux. Je me mets à courir […] et c’est là que je commence à voir des CRS partout, à plus savoir où courir pour m’enfuir. Je me prends plusieurs coups dans le dos amortis par mon sac, et un beaucoup plus violent au niveau de l’épaule qui m’a laissé une marque et m’a fait très mal dans les jours qui ont suivi."

Selon les manifestants et les syndicats, "les jeunes" étaient particulièrement ciblés, et notamment ceux habillés en noir et dont le visage était masqué. Noëlle Ledeur met en perspective la manifestation du 1er mai à Besançon et celle, largement dénoncée mais non réprimée, des manifestants cagoulés de l’ultradroite à Paris ces derniers jours. "Il y a deux poids deux mesures" ironise-t-elle.

Toutefois, parmi les personnes arrêtées le 1er mai à Besançon, une femme de 45 ans, déjà connue pour le délit d'"outrage" a été déférée pour "violences volontaires sur personne dépositaire de l'autorité publique". Elle a été condamnée à une peine de quatre mois de prison sous bracelet électronique et ne pourra pas manifester pendant un an. Trois autres individus seront jugés en septembre 2023 par le tribunal correctionnel.

"On regrette que dans certains médias, ce soient seulement les prétendues violences des manifestants qui aient été relayées", s’attriste Noëlle Ledeur. "Il y aurait eu des policiers blessés. On aimerait voir des images. Des tags sur le commissariat et sur la porte de la préfecture, si c’est ça les violences contre la police, ce n’est pas vrai." Selon l'Est Républicain, 7 policiers ont été blessés en marge de la manifestation.

Les conditions de détention en garde-à-vue dénoncées

Autre point de crispation pour l’intersyndicale : les conditions des manifestants arrêtés et placés en garde à vue. "On n’a pas eu le droit au médecin, ni à l’avocat, ni aux appels, relate Adrien. On n’avait pas le droit d’aller aux toilettes, je n’ai même pas eu le droit de me laver les mains pourtant on était 7 une cellule, et sur les 7, on était 4 blessés avec du sang. Quand tu vois l’état d’hygiène des cellules, t’as pas envie d’attraper des choses". De son côté, Solidaires affirme que certains jeunes ont été empêchés d’appeler leurs parents à leur arrivée en cellule. "Les droits des gardes à vues n’ont pas été respectés", dénonce l’intersyndicale.

Une démarche nécessaire selon les concernés

Alors que la manifestation date de plus de quinze jours, la date tardive de cette conférence étonne. "Le premier recueil de paroles a eu lieu au sein de la fac le jeudi qui a suivi, pour mettre en commun les expériences de chacun et chacune. Il y avait les ponts, et on voulait faire quelque chose de bien organisé, propre, et avoir le temps d’avoir des personnes qui puissent témoigner", justifie Amélie Lapprand.

Toutefois, pas de quoi décevoir les manifestants, qui saluent la démarche. Pour Camille, "c’est important de parler des violences que subissent les jeunes dans les manifestations, pour dénoncer la violence des policiers qui n’hésitent même pas à frapper des mineurs comme moi, et pour montrer que les jeunes prennent part au mouvement, pour montrer qu’on a une conscience politique, qu’on est informés." "Je trouve ça super utile¸ renchérit Adrien, parce que les syndicats font la lumière sur ce qu’il se passe, et qu’en appelant les médias, ça nous est utile à tous. On peut discuter de répression, et potentiellement entamer une poursuite judiciaire par la suite." Lui ne le fera pas, il affirme avoir subi des intimidations de la part des forces de l'ordre, quelques jours après son arrestation.  

Un recours juridique envisagé

Désormais, certains syndicats veulent déposer un recours juridique "pour dénoncer les violences et essayer de les faire condamner." Trois procédures sont possibles : "intervenir auprès du défenseur des droits, de l'Inspection générale de la Police nationale (IGPN)", et "monter un dossier en pénal avec un avocat" selon Julien Juif, secrétaire départemental de Solidaires 25. Actuellement, le rassemblement des pièces justificatives pour constituer le dossier est en cours. "Les insultes, les conditions de détention (comme celles dénoncées ici ndlr), ce n’est pas la première fois à Besançon. Il faut qu’on attaque juridiquement", martèle Julien Juif qui évoque aussi la répression policière lors de la visite d’Emmanuel Macron au Fort de Joux. "Il faut dire stop à ce système."

Contactée, la police assure que les interpellations et les gardes à vue ont été réalisées en toute légalité. La préfecture, sollicitée également, ne souhaite pas faire de commentaires à la suite de cette conférence de presse.