Besançon : Après un malaise, le boulanger en grève de la faim pour son apprenti a été conduit aux urgences

Stéphane Ravacley a lancé une pétition pour défendre son jeune apprenti guinéen sous le coup d'une obligation de quitter le territoire, il a fait un malaise ce mardi 12 janvier en début de matinée. Sa pétition fait du bruit et recueille plus de 220.000 signatures.

© Christophe Mey / Maxppp

Stéphane Ravacley, boulanger de Besançon, en grève de la faim depuis le 3 janvier, se bat contre l'expulsion de son apprenti guinéen. Le 12 janvier, il a été "pris en charge peu avant 09H00 par les sapeurs-pompiers qui l'ont conduit au CHU de Besançon", a confirmé la préfecture du Doubs. Contacté en milieu d'après-midi par France 3, Stéphane Ravacley affirme être sorti des urgences vers 15 heures. Il rentre chez lui et va se reposer. ""Je suis très fatigué, mais ça va" dit-il, mais il veut continuer sa grève de la faim. "Non, je continue. C'est un combat", dit-il.

Tombé dans les pommes après 8 jours de grève de la faim

En grève de la faim depuis huit jours, l'artisan de 50 ans est "tombé dans les pommes" dans le quartier de Rivotte vers 08H30 alors qu'il se trouvait dans sa voiture, a précisé la responsable des ventes de la boulangerie.  "Au début, personne ne m'avait vu, je suis resté un quart d'heure dans le froid. Quand les pompiers sont arrivés, j'étais en hypothermie" raconte le boulanger.
Le médecin qui l'a examiné a conclu qu'il avait "des carences en beaucoup de choses", le boulanger a bénéficié d'une "perfusion de vitamines".
Il ne se nourrissait plus que de bouillon et a perdu environ huit kilos depuis le début de sa grève de la faim. Une infirmière suit son état de santé tous les deux jours.

Formé à la boulangerie en France, l'apprenti n'a plus le droit de travailler 

Laye Fodé Traoré, 18 ans, l'apprenti du boulanger a dû interrompre sa formation. Pris en charge en France en tant que mineur isolé, il est visé par une obligation de quitter le territoire français (OQTF) délivrée par la préfecture de la Haute-Saône, département où il réside. Le jeune Guinéen a saisi le tribunal administratif de Besançon pour contester juridiquement cette OQTF et le refus de la préfecture de lui délivrer un titre de séjour. Sa requête sera examinée le 26 janvier.

Selon son avocate, la préfecture considère que les documents d'identité de l'apprenti guinéen ne sont pas authentiques. Ces documents sont en cours de validation par l'ambassade de Guinée en France, a-t-elle relevé vendredi. Cette problèmatique des papiers pour les jeunes migrants guinéens, n'est pas nouvelle. 

La pétition lancée par le boulanger dépasse les 220.000 signatures. La maire de Besançon, l'écologiste Anne Vignot a écrit au ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin.

Omar Sy, Marion Cotillard, Nicolas Hulot et de nombreux élus défendent le combat du boulanger bisontin

Raphaël Glucksmann, Omar Sy, Leïla Slimani, Nicolas Hulot, Edgar Morin, Laurent Berger, Marion Cotillard et plusieurs maires EELV et PS ont appelé lundi 11 janvier, le Président de la République à "aider le boulanger de Besançon en grève de la faim !", dans une tribune signée dans le Nouvel Observateur.

On perd 70% des jeunes après le CAP parce qu'ils n'ont plus envie ou parce que les patrons ne s'occupent pas bien d'eux... Alors pourquoi on n'accepte pas ces gamins qui meurent de faim dans leur pays et veulent travailler chez nous ? Ils ne prennent pas la place des Français

Stéphane Ravacley, boulanger à Besançon

L'artisan boulanger aimerait garder son apprenti, et le voir terminer sa formation. De nombreux boulangers soutiennent Stéphane Ravacley dont l'histoire est relayée un peu partout dans le monde, en Allemagne, au Liban.... Le métier a du mal à recruter des apprentis qui acceptent de travailler de nuit, dès 3-4 heures du  matin. " Si l'état français pouvait lui apporter une réponse simplement une réponse il serait ce matin dans son fournil car sa place est dans son fournil et non sur un lit d'hôpital, encore moins sur les plateaux de télévision" indique Stéphane un boulanger originaire de Beaune en Bourgogne qui travaille actuellement au Sénégal où il forme des jeunes.

Le combat du boulanger se poursuit aussi en ligne

Après le succès de sa pétition qui a récolté plus de 200 000 signatures, Stéphane Ravacley vient de lancer une page Facebook Patrons Solidaires pour recenser les témoignages de patrons comme de salariés, confrontés à la même situation. Le cas de Laye Fodé Traoréiné ne serait pas unique. De nombreux apprentis se voient notifier d’une obligation à quitter le territoire français, avant même de pouvoir finir leur formation. En visite vendredi 8 janvier dans une entreprise du Doubs, la ministre du travail Elisabeth Borne a commenté brièvement le cas de l'apprenti bisontin : "Dans le principe, ça ne devrait pas se passer comme ça", a estimé Elisabeth Borne. "Quand on accueille des mineurs non accompagnés qui s'engagent dans des formations, au bout de deux ans, si tout s'est bien passé, alors ils peuvent continuer à travailler en France". "Mais là c'est un cas particulier", a-t-elle estimé. "Il y a une contestation sur sa situation, (...) les autorités judiciaires vont être amenées à se prononcer".

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