Besançon : l'interdiction du Pont de la République aux voitures suscite inquiétude et polémique

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C'est l'un des ponts qui permet d'entrer (et pas de sortir) du centre-ville. La maire écologiste, Anne Vignot, a décidé de l'interdire aux voitures pour laisser davantage de place aux piétons, cyclistes et au tramway. Réactions des commerçants et de son opposition.

C’est un petit pont, pas de bois comme le dit la chanson, en pierre mais qui échauffe bien les esprits. Long de quelques dizaines de mètres, il permet d’entrer au centre-ville qu’on soit automobiliste, cycliste ou piéton. Le tramway l’emprunte aussi. Le partage de la voie, dans un seul sens, entrant dans la ville, ne se fait pas, paraît-il, en bonne harmonie. Elle est trop étroite : les cyclistes seraient contraints d’emprunter les rails du tramway, pratique dangereuse. Donc, la mairie a demandé une étude à un organisme spécialisé. Et une solution a été trouvée : interdire le passage des voitures et réserver cette voie aux modes de transports doux…

Marie Zéhaf, chargée de la voirie à Besançon et à l'agglomération, constate : « Il y a de plus en plus de conflits d’usage entre piétons et tram, entre cyclistes et piétons. Il n’y a pas eu d’accident mais plusieurs freinages d’urgence du tram. »

Les commerçants s’inquiètent

Les commerçants sont vent debout contre cette décision. Ils reprochent déjà à la mairie de ne pas les avoir consultés. Adrien Pourcelot, directeur de l’UCB, l’Union des Commerçants de Besançon, raconte : « On avait demandé une concertation, une réunion d’information. On a finalement juste été informés. Nous, on espère que ça n’aura pas d’incidence. L’étude montre que le report du trafic n’entraîne pas de saturation mais on ne peut pas le savoir. On ne peut se fier qu’à la théorie. »

Même avis du côté de cette commerçante qui tient un magasin de lingerie. Elle fait part de ses doutes : « J’ai peur qu’il y ait un engorgement des autres ponts, que ça empêche les gens de venir. On aurait aimé qu’il y ait une phase de test… ».  C'est pourquoi une pétition a été lancée auprès des commerçants du centre-ville. Elle a recueilli près de 150 signatures.

À cette inquiétude des commerçants, Marie Zéhaf répond : « Cette fermeture ne va pas engorger plus. Sur le flux des véhicules qu’on a recensé, ça va ralentir. Ça ralentit déjà. Ce ne sera pas plus dramatique. »   Daniel Mourot, chargé du « plan mobilité » à l’agglomération, renchérit : « Ce pont n’est pas un élément majeur de la circulation en ville. Actuellement, le quart du trafic, ce sont des Bisontins qui prennent leur véhicule pour un ou deux kilomètres. L’idée c’est de réduire la place de la voiture sans l’éliminer. »  

L’opposition monte au créneau

 Ludovic Fagaut, chef de file du groupe d’opposition « Besançon Maintenant », ne décolère pas. Selon lui, c’est son groupe qui a attiré l’attention sur ce dossier. Il s’exprime avec véhémence : « C’est une mascarade de démocratie, une décision totalement arbitraire, preuve de l’idéologie anti-voiture de cette municipalité. Ils nous mentent. La maire dit qu'elle a rencontré les commerçants. C'est faux, elle les a vus deux minutes avant le dernier conseil municipal quand ils sont venus lui remettre leur pétition.»

L’élu des Républicains revient sur l’antériorité de ce dossier : « L’étude date de l’été 2018, elle a coûté 50 000 euros. Jean-Louis Fousseret, le maire d’alors, n’avait pas cédé devant certains membres de sa majorité. Il avait refusé la demande des élus écologistes de fermer ce pont à la circulation des voitures. » Ludovic Fagaut a sorti sa calculette et fait ses comptes. Toujours selon lui, si les voitures doivent faire un détour, le total de CO2 va considérablement augmenter : de 80 à 100 tonnes de CO2 par an. Il poursuit : « Et ils se disent écologistes ! C’est de l’écologie punitive, comme d’habitude, et sans aucune concertation. Circulez, il n’y a rien à voir ! »      

Quelques mots sur l'histoire de ce pont

Le Pont de la République s’appelait à l’origine le « Pont Saint-Pierre ». Le premier pont situé à cet endroit a été inauguré le 10 janvier 1838. C’est un pont suspendu avec des filins en fer. Payant, il faut un sou pour avoir le droit de l’emprunter. Il est surnommé le « pont de fer » ou « en fil de fer »… Il ne résiste pas à une crue du Doubs. Le nouveau pont, en dur cette fois-ci, est inauguré 1885. En 1904, vent de laïcité oblige, il devient le « Pont de la République » et il fait face à la crue historique de 1910 avec brio !

Moins chanceux, il est détruit à deux reprises : par les militaires français en juin 1940, à la dynamite, puis reconstruit par l’occupant allemand. Les Allemands le démolissent encore une fois en 1944 mais de façon moins importante. Il est reconstruit (par la même entreprise qu’en 1940) et reprend du service en 1947.