Calais : la députée européenne LFI Anne-Sophie Pelletier verbalisée pour avoir distribué de la nourriture aux migrants

L'eurodéputée Anne-Sophie Pelletier, connue pour son combat à l’Ehpad de Foucherans en 2017, a été verbalisée vendredi 25 septembre à Calais pour avoir donné à manger à des migrants. Explications.

La députée européenne Anne-Sophie Pelletier avec les forces de l'ordre, à Calais, le 25 septembre 2020.
La députée européenne Anne-Sophie Pelletier avec les forces de l'ordre, à Calais, le 25 septembre 2020. © Photo Twitter Anne-Sophie Pelletier
Quatre députés de La France insoumise ont mené une action symbolique vendredi 25 septembre en apportant des paniers repas à des migrants dans le centre-ville de Calais. Ils voulaient dénoncer l'arrêté préfectoral, pris le 10 septembre, qui interdit aux associations non mandatées par l'État de distribuer des denrées alimentaires dans certains quartiers de la ville. Néanmoins, ils ont mené une courte maraude, car rapidement, ils ont fait l’objet d'un contrôle d'identité et se sont vu dresser quatre procès-verbaux, qu'ils n'ont pas signés. Parmi les élus présents, Anne-Sophie Pelletier, députée européenne originaire de Besançon. C'est via le réseau social Twitter que la Doubienne a indiqué avoir été verbalisée.
Jointe par téléphone, la députée européenne a insisté sur le "devoir d'accueil et de solidarité que doit exercer la France".

La verbalisation ne me choque pas car c'est un acte de désobéissance citoyenne. Ce qui est honteux, c'est l'arrêté en lui-même.

Anne-Sophie Pelletier, députée européenne LFI

Selon Mathilde Panot, députée du Val-de-Marne et présente lors de la distribution, cet arrêté "criminalise l'assistance à personnes en danger qui est une obligation dans notre pays". "Nous sommes devant la gare de Calais, une des zones où il est interdit de distribuer de la nourriture aux exilés. [...] Pour avoir donné des sacs avec du pain, des fruits, des œufs et autres, nous venons chacun de prendre 135 euros d’amende", a déclaré la députée dans une vidéo postée sur Facebook.
"Les policiers ont mieux à faire que de sanctionner la distribution de nourriture à des personnes en grande précarité. Honte à vous M. Darmanin de criminaliser des gestes élémentaires d'humanité et de solidarité !", a de son côté tweeté l'eurodéputée Manon Aubry. Le parlementaire Ugo Bernacilis s'est lui aussi emparé de son compte sur le réseau social pour réagir : "C'est un honneur d'être verbalisé sur le fondement de cet arrêté infâme qui interdit les distributions de repas à #Calais."

Seule La Vie Active, mandatée par l'État, a donc le droit de procéder à des distributions alimentaires jusqu'à la fin du mois de septembre. Pour Anne-Sophie Pelletier, c'est incompréhensible : "La Vie active fait avec les moyens qu'on lui donne. Ils distribuent seulement un repas par jour aux migrants. Les files d’attente sont très longues. Les femmes et les enfants ont peur de venir à ces distributions. En plus, l'association est autorisée à distribuer des repas dans des lieux excentrés de la ville. C'est loin pour les migrants."
 

Le Conseil d'État rejette la demande des associations

Cette décision d'interdire certaines distributions de repas aux migrants avait déjà provoqué une vague forte de protestation dans le milieu associatif. Certaines ONG et associations d'aide aux migrants avaient demandé la suspension en urgence de cet arrêté préfectoral qui constitue, selon elles, une atteinte aux libertés fondamentales. Le 22 septembre, le tribunal administratif de Lille a rejeté la demande. Le Conseil d’État a lui aussi refusé, vendredi 25 septembre, de suspendre l'arrêté. La plus haute juridiction administrative, qui estime à un millier le nombre de migrants présents à Calais et dans les environs, justifie cette interdiction par les troubles à l'ordre public causés par les distributions et le fait qu'elles ne permettraient pas le bon respect des mesures de distanciation sociale.
 
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