Coronavirus : “J'invite les habitants de Bourgogne Franche-Comté à se confiner” lance le médecin Laurent Thines

Laurent Thines, professeur au CHU de Besançon
Laurent Thines, professeur au CHU de Besançon

Le premier tour des élections municipales 2020 a été maintenu, ce dimanche 15 mars, malgré le stade 3 du coronavirus Covid-19. Le professeur Laurent Thines, membre du collectif inter-hôpitaux et docteur au centre hospitalier de Besançon, s'inquiète de cette décision et appelle au confinement. 

Par Antoine Belhassen

Invité sur France 3 Franche-Comté, le neurochirurgien membre du collectif Inter-Hôpitaux appelle les habitants de Bourgogne Franche-Comté à se confiner dès à présent avec leurs familles, même si le Président de la République ne l'a pas encore demandé aux Français.

"C'est une crise qui va durer plusieurs semaines" dit-il. "On s'attend en Bourgogne Franche-Comté dans la quinzaine à un afflux de patients au CHU de Besançon , et de patients qui iront en réanimation. Et on ne sait pas encore comment on va pouvoir gérer la crise localement bien qu'on soit dans les starting block et que le CHU  de Besançon a pris des mesures" dit le médecin. 


"J'invite les habitants de Bourgogne Franche-Comté à se confiner à domicile, confiner son entourage, limiter les déplacements, une personne seulement dans la famille va faire les courses, on se lave les mains, on ne va pas voir les personnes fragiles..." repète-t-il. "Il n'y a que le confinement qui permet de juguler cette épidémie" lance le médecin convaincu qu'il n'y aura pas de second tour des élections municipales le 22 mars prochain. 

 


Malgré le stade 3 du coronavirus Covid-19, le premier tour des élections électorales 2020 a été maintenu, ce dimanche 15 mars. A la mi-journée, la participation était globalement en baisse. Une information qui ne semblait pas étonner Laurent Thines, membre du collectif inter-hôpitaux et neurochirurgien au centre hospitalier de Besançon (Doubs).


Maintenir les élections est un drame sanitaire 


Depuis plusieurs jours, le docteur s'alarme sur les réseaux sociaux du maintien des élections : "Nous n'avons pas l'impression que le gouvernement a pris la mesure de la gravité. C'est insensé de maintenir ces élections."
 

"L'objectif de mon appel était d'inciter la population à prendre leurs propres mesures. Celles qui sont mises en place ne sont pas assez strictes", juge-t-il. Des consignes d'hygiène ont été données, samedi 14 mars, afin de limiter les risques de propagation du virus dans les bureaux de vote : distance de sécurité, point d'eau ou gel hydroalcolique disposé pour se laver les mains... Mais dans la pratique, beaucoup de bureaux de vote n'étaient pas encore préparés dans la matinée :

Même les mesures prises hier sont insuffisantes. Le confinement est le seul moyen de ralentir l'épidémie. Dans ce contexte, je trouve ça insensé que l'on maintienne les élections. Beaucoup de personnes âgées se déplacent lors de ces rendez-vous. Elles peuvent très facilement s'exposer au virus.

Le docteur avance que le moyen le plus pratique pour lutter contre l'épidémie serait d'appliquer le confinement à domicile : "Nous ne sommes qu'au début de l'épidémie. Autant de laxisme de la part du gouvernement n'éduque pas les populations à prendre en compte l'ampleur de la situation. Le niveau 3 aurait dû être déclenché bien plus tôt, il y'a trois semaines. Ce n'est pas normal que des individus aient à alerter à la place des pouvoirs publics."
 

"Je me confine moi-même"


Le professeur Thines a fait savoir qu'il ne se présentera pas à son bureau de vote, ce dimanche 15 mars, pour le premier tour des élections : "Je préfère me confiner moi-même avec ma femme et mes enfants. On ne va pas sortir de la journée et on souhaite croiser le moins de personnes extérieures possible. Je n'irai pas voter. Il n'y a qu'une liste dans ma commune, raison de plus..."
 

La veille, samedi 14 mars, le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé la fermeture des "lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays" jusqu'à nouvel ordre. Des mesures qui ne seraient pas suffisantes, selon Laurent Thines, et qui montreraient l'esprit de contradiction des instances publiques : "On ne peut pas interdire les rassemblements, la fréquentation de certains lieux et autoriser les populations à venir dans un espace clos pendant toute une journée. C'est dramatique en terme de santé publique."
 

 

L'hôpital bientôt saturé ?


Selon Laurent Thines, la crise liée au coronavirus Covid-19 pourrait s'empirer dans les trois prochaines semaines, avec un "mois d'avril très difficile""L'inquiétude est là. On est dans une phase qui suit la courbe italienne."
 


Le membre du collectif inter-hôpitaux indique que "des mesures ont été prises dans les centres hospitaliers, notamment celui de Besançon" afin de se préparer à une augmentation des malades : "Nous avons déprogrammé toutes les opérations non-urgentes parce que l'on s'attend à une vague dès la semaine prochaine et qui devrait se poursuivre pendant, au moins, un mois."

Dans les jours à venir, on s'attend à des services saturés, des soignants contaminés que l'on va devoir tenter de remplacer par des appels au volontariat. Je me suis moi-même porté volontaire.

Malgré cette préparation, le docteur Laurent Thines craint que les services hospitaliers deviennent rapidement saturés. Un scénario à l'italienne serait envisageable, d'après lui. "Les professionnels de santé ont pris des mesures fortes et nous avons l'impression que le gouvernement n'aide pas la société à suivre. On peut s'attendre à une crise profonde. Au centre hospitalier, on songe déjà à ne traiter que les urgences, dans les prochaines semaines. On est déjà dans le jeu, contrairement au reste de la société", conclut-il.
 



 

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