Covid-19 à Besançon : comment une maison de santé gère-t-elle la crise coronavirus ?

Avec beaucoup de solidarité, déjà. La vie a complètement changé dans cette maison de santé, située rue de Vesoul à Besançon. Secrétaires, infirmiers, médecins, auxquels se sont ajoutés des étudiants bénévoles, tous vivent au rythme du Coronavirus et des milliers de patients... vus en télémédecine. 

Par Catherine Eme-Ziri

Le premier contact du patient avec la maison de santé, c’est elle, au téléphone ou à l’accueil. Marine Boudon est l’une des secrétaires. Elle a effectué des remplacements depuis 2011 et elle est titulaire depuis janvier. Drôle de baptême du feu ! 
Sans s’en douter, Marine Boudon a accueilli le premier malade du Coronavirus : « C’était un vendredi soir. Il rentrait de Mulhouse et descendait chez lui dans le sud. Il ne se sentait vraiment pas bien et il est venu sans rendez-vous. Je lui ai fait son dossier médical, je lui ai pris sa carte vitale. Son épouse nous a téléphoné trois jours plus tard pour nous dire qu’il était malade du Coronavirus. Il revenait du rassemblement évangélique. »

À l’époque, l’épidémie ne fait pas encore parlé beaucoup d’elle. Aucune mesure de protection n’a été mise en place. Dès ce cas signalé, les mesures barrières ont été installées au cabinet médical et masques, gants et gels ont été distribués.
Marine Boudon continue : « Je ne suis pas inquiète. Jamais je me suis dit que j’allais arrêter de travailler. On continue de recevoir des patients pour les soucis gynécologique, les IVG ou encore les otites. »

De la bonne volonté 

Pour les appels concernant le Coronavirus, les secrétaires ont reçu un soutien de poids.
L’idée est venue de William Rousset. Cet étudiant en deuxième année de médecine travaille en renfort au secrétariat. Il a réquisitionné une dizaine d’amis, étudiants eux aussi. William, Gabriel, Atica ou encore Adel répondent au téléphone et effectuent un premier tri parmi les appels selon un barème de questions élaboré avec les médecins. Si le cas est grave, le patient est tout de suite pris en charge par un médecin.

Ces jeunes bénévoles se chargent également, avec les infirmiers, d’appeler les personnes âgées et isolées qui sont patientes à la maison de santé. Pour savoir comment elles vont et pour leur faire leurs courses si elles en ont besoin.  Cette dernière action se fait également en collaboration avec la maison des seniors et la Croix-Rouge.
« On soulage les personnels de la maison de santé et aussi on se sent utile. C’est bien de s’engager, de venir en aide aux personnes qui en ont besoin. De plus, on apprend à à dialoguer avec les patients. Pour ce métier, il faut savoir écouter, savoir entendre entre les lignes. On apprend aussi...»
Pour le moment, il reconnaît que depuis trois semaines il n’a pas ouvert un livre de médecine et que les examens approchent. Mais, cette échéance ne fait pas partie de ses priorités actuelles. 

D’autres jeunes sont venus donner un coup de main au personnel médical : ils gardent leurs enfants ! Le docteur Émilie Mottet apprécie : « Ils nous ont enlevé une épine du pied. Ma petite qui a 19 mois est à la crèche de l’hôpital où travaille mon mari. Mes deux grands, qui ont cinq et sept ans, ont été acceptés à l’école mais l’accueil n’était pas très chaleureux. On a senti qu’on était un peu pestiféré. Donc, les  étudiants gardent nos enfants dans un appartement situé au-dessus du cabinet. Ils sont top. C’est super comme geste de solidarité. Comme ça, je ne suis pas dans l’urgence tout le temps. On a vraiment de la chance de les avoir.»

Tout a changé 

À la maison de santé, le travail des médecins a beaucoup évolué et continue d’evoluer. 
Avant la crise sanitaire, environ 300 patients étaient accueillis chaque jour par les médecins, au nombre de 10 ici. Aujourd’hui, seulement une quinzaine franchissent le seuil.
Pour le docteur Patrick Vuattoux, la pratique professionnelle s’est modifiée par la force des choses : « Presque toutes les consultations se font en télémédecine pour se protéger et protéger les patients. On a ici 8000 patients qui ont déclaré l’un d’entre nous comme médecin traitant, et nous avons au total 12 000 patients. En répondant au téléphone, les étudiants nous rendent vraiment service. Je suis touché par leur côté citoyen et leur engagement. Chacun participe avec ses compétences et on a une véritable complémentarité qui s’est mise en place. C’est une super expérience même si c’est difficile. On a su s’organiser et être réactif. »

Des masques de fortune

Même l’orthoptiste, qui ne travaille plus, Françoise Da Justina participe aussi : «Comme j’ai fermé mon cabinet, il fallait bien que je m’occupe. J’ai eu l’idée de fabriquer des masques. J’en couds tous les jours. C’est toujours mieux que rien.» Elle a même ajouter un filtre à café pour l’efficacité !
 
Rachel Valladont est infirmière de santé publique et coordinatrice à la maison de santé. Comme le docteur Vuattoux, elle salue l’engagement et le dynamisme des jeunes bénévoles et des personnels.
« Je suis impressionnée par la créativité de l’équipe. S’investir ensemble nous a permis de relativiser et de nous soutenir mutuellement. Ça va même nous aider pour après la crise. On a gagné en confiance et en assurance. »
Pour le docteur Émilie Mottet, pas de doute : « Je plains vraiment le médecin qui travaille seul. Je suis contente de travailler en équipe, aujourd’hui plus que jamais. »

Et tous de reconnaître que tout aura changé avec cette crise, leur façon de travailler et eux-mêmes également...

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