CRISE ÉNERGÉTIQUE. La géothermie, alternative aux énergies fossiles : à Besançon, on fore en centre-ville pour chauffer des bâtiments publics

Publié le
Écrit par Antoine Laroche .

La ville de Besançon mène actuellement des travaux de forage place Granvelle pour aller puiser l'eau de la nappe alluviale du Doubs. Si les tests sont concluants, l'eau pourrait servir à chauffer le musée du temps, le Kursaal et le Théâtre Ledoux.

Le chantier a débuté ce mardi 4 octobre, une foreuse est en action place Granvelle, au centre-ville de Besançon. L’idée, loin d’être nouvelle dans la capitale comtoise, est d’aller puiser l’eau de la nappe phréatique sous-terraine pour en exploiter la chaleur. Comprenez, les calories. Car si sa température se situe entre 7 et 12 degrés, il est possible d’en extraire l’énergie à l’aide d’une pompe à chaleur : c’est le principe de la géothermie.

L’objectif pour la Ville est d’exploiter cette potentielle source d’énergie renouvelable pour chauffer les bâtiments publics attenants à la place Granvelle et réduire d’autant sa dépendance à l’électricité ou aux énergies fossiles. Le musée du temps, le Kursaal, la salle de spectacles voisine, voire le théâtre Ledoux pourraient, si le projet voit le jour, bénéficier de cette énergie locale.

Creuser à 15 mètres pour atteindre la plaine alluviale

Car le projet, s’il a bien avancé, n’en est encore qu’aux phases d’études. En 2021, un piézomètre – forage d’étude – avait permis d’évaluer le comportement de la nappe, et d’envisager une exploitation. Il s’agit cette fois d’un puits d’une quinzaine de mètres, creusé pour atteindre la plaine alluviale du Doubs, située sous la boucle bisontine et alimentée par la rivière. Le chantier d'une dizaine de jours devra permettre de connaître davantage cette grande poche d’eau et d’estimer si un second forage – nécessaire pour réinjecter l’eau – sera réalisé.

Le forage test vise à déterminer la quantité d’eau qu’on peut pomper et réinjecter sans modifier de manière trop importante le niveau de la nappe ou sa température 

Antony Joly, direction de la maîtrise de l’énergie à la Ville de Besançon

Mais attention, il n’est pas question d’abaisser le niveau de la nappe, qui mesure environ 3 mètres d’épaisseur. « Si on pompe trop d’eau, on va avoir des niveaux d’eau différents dans le sous-sol, or certains bâtiments historiques de la ville sont construits sur des pieux en bois et cela pourrait entrainer des fissures », détaille Antony Joly, de la direction de la maîtrise de l’énergie à la Ville de Besançon.

Forer en ville : de nombreuses contraintes 

La place Granvelle a d’ailleurs été choisie pour sa superficie disponible, selon Antony Joly : « Il faut pomper et réinjecter à une distance différente, donc il n’y a que sur les places publiques qu’on peut faire ce genre d’aménagement. » Sauf qu’en plus des réseaux urbains, il y a de nombreux arbres, ce qui complique ce type d’intervention sous-terraine. « Il y a une somme de contraintes à prendre en compte, complète Damien Genève, en charge du projet pour la Ville de Besançon. « On doit avoir une vision globale pour voir dans quelle mesure si on pompe d’un côté, ça ne va pas affecter ailleurs. Il y a du potentiel mais limité. » Limité notamment du fait du sol karstique typique de la Franche-Comté, et donc de nombreuses failles, qui limitent la quantité d’eau présente sous terre.

D’autre part, la place a été choisie pour la proximité des trois bâtiments municipaux précités : Kursaal, musée et théâtre. Le réseau de chaleur à construire ne serait ainsi pas trop encombrant pour l’espace public. « En fonction du potentiel on fera l’analyse de quel bâtiment on peut chauffer », prévoit Antony Joly.

La Cité des arts, chauffée en hiver et rafraichie en été

Une fois le forage puis le tubage réalisés par la société alsacienne Hydro Maestro, le cabinet d’études bisontin Pascal Reilé, spécialisé en hydrogéologie, déterminera la faisabilité du projet en lien avec la municipalité. « Il faudra faire les pompages d’essai à différents débits, jusqu’à atteindre le débit nominal de 40m3/heure » nécessaire pour alimenter les trois bâtiments, selon Damien Genève.

« On espère avoir l’équivalent de la Cité des arts », reprend Antony Joly. En 2011, la géothermie avait été choisie pour chauffer ce grand ensemble architectural qui comprend le conservatoire et le Fond régional d’art contemporain (FRAC). Un puits géothermique ainsi qu’une pompe à chaleur permettent donc de subvenir à 90/95% des besoins du bâtiment en hiver, grâce à une eau chauffée à environ 30 degrés. L’eau est ensuite réinjectée dans la nappe à 2 ou 3 degrés de moins, ce qui est considéré comme un impact raisonnable sur l’environnement.

En outre, l’installation fonctionne l’été et assure une légère climatisation des lieux, grâce à un système de diffusion de l’air refroidi par l’eau sous-terraine. Une technique déjà utilisée dans le centre administratif de la mairie de Besançon, dont les combles sont rafraîchis en saison estivale.

Le futur quartier saint Jacques, autre projet en cours

La géothermie pourrait faire partie du mix énergétique du futur quartier Saint-Jacques, en cours d’aménagement par Grand Besançon Métropole sur le site de l’ancien hôpital. Mais les premières études ont montré que le potentiel ne couvre pas tous les besoins. « À peu près 40 %, ce qui n’est pas suffisant en terme de taux d’énergie renouvelable », estime Antony Joly.

La solution imaginée serait donc d’utiliser la chaleur du sol pour une partie des emprises, et de compléter avec le réseau de chaleur de Planoise, alimenté lui par la chaudière bois ainsi que l’incinérateur (Unité de Valorisation énergétique) à déchets de Besançon.

Dans le reste de la ville, des projets de géothermie sur sonde sont menés, une technique différente qui consiste à placer dans le sous-sol des sondes métalliques, ce qui est le cas au nouveau quartier Vauban. Le projet de la place Granvelle quant à lui, pourrait se poursuivre avec un deuxième forage en 2023 puis une mise en service d’ici quelques années.

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