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Gilets jaunes : Trois questions à Alexandre Moine, professeur de géographie

Alexandre Moine, professeur de géographie à l'université de Franche-Comté
Alexandre Moine, professeur de géographie à l'université de Franche-Comté

Le mouvement des Gilets jaunes suscite le débat et nécessite des clés de compréhension. Nous avons demandé à un géographe, Alexandre Moine, de nous apporter son éclairage sur cette mobilisation inédite en France. 
 
 

Par Isabelle Brunnarius

Alexandre Moine est Professeur de géographie à l’Université de Franche-Comté, rattaché au Laboratoire ThéMA, dont il est depuis 2010 responsable du Pôle Intelligence Territoriale. Il a publié en 2007 un livre intitulé "Le territoire : comment observer un système complexe" aux éditions de l’Harmattan 

►QUE REVELE DE NOTRE SOCIETE LA MOBILISATION DES GILETS JAUNES ?

-Elle révèle tout d’abord son extrême complexité, celle des situations individuelles et familiales qui n’entrent pas dans des champs formatés (Paris VS Province ; pauvres VS riches ; ville VS campagnes ; bobos VS prolos ; privilégiés VS abandonnés), et celle des territoires qui sont en jeu avec des degrés variables de difficultés à surmonter.
-Ensuite cela révèle un grand sentiment d’abandon des un.e.s et des autres, le sentiment que la République n’est plus garante de l’égalité. Cela montre un grand désarroi face à des informations contradictoires que nous ne savons pas gérer, le changement climatique nous oblige à modifier nos manières de vivre et en même temps nous sommes prisonnier des organisations spatiales que nous avons mis en place (localisation des emplois, des services et équipements, tout voiture, etc.) et qui ne peuvent évoluer rapidement.
-Enfin, les mêmes qui se plaignent de la disparition des services et équipements sont les premiers à utiliser le commerce en ligne, il y a là des éléments très contradictoires dans lesquels beaucoup de gens sont enfermés…


►EST-CE UNE SITUATION INEDITE OU UNE AUTRE CRISE PORTAIT EN ELLE LES MÊMES SYMPTÔMES ?

-C’est dans ce cadre de complexité que nous vivons la fin inéluctable d’un système économique à bout de souffle, c’est juste une question de temps, en ce sens rien de nouveau. Par contre c’est la première fois que nous en prenons conscience avec une telle acuité et cela est renforcé par la prise en compte tout à fait nouvelle en cette année 2018, des effets dévastateurs du changement climatique et nous découvrons que tout est lié et que nos marges de manœuvre sont très faibles.
-Par ailleurs, techniquement l’utilisation des réseaux sociaux constitue une nouveauté par la rapidité des informations que cela implique et la capacité démultipliée à mobiliser les gens très rapidement où que ce soit, mais ce n’est qu’à moitié nouveau.



►COMMENT LES POLITIQUES ET LES AUTRES CORPS INTERMEDIAIRES PEUVENT-ILS SORTIR DE CETTE CRISE DE DEFIANCE A LEUR EGARD ?

La sortie de crise ne sera que temporaire en satisfaisant à court termes les revendications des manifestants, mais je ne pense pas que nos dirigeants soient prêts aux réformes de fond pour aller vers moins de consommation, une vraie remise à niveau des écarts de richesse… un vrai partage des pouvoirs hors de l’entre soi des réseaux constitués. Et quoi qu’il en soit nous sommes face à un défaut d’innovation doctrinale, nous n’avons pas de modèle pour remplacer le modèle capitaliste ultralibéral actuel.















 

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