Histoires 14-18 : Les centres d'internement

L'ancien séminaire d'Ornans devenu centre de groupement Alsaciens-Lorrains en 14/18 / © bibliothèque municipale d'Ornans
L'ancien séminaire d'Ornans devenu centre de groupement Alsaciens-Lorrains en 14/18 / © bibliothèque municipale d'Ornans

Parmi les histoires sordides et peu étudiées de la première guerre mondiale, il y a celles des centres d'internements pour étrangers, aussi appelés camps de concentration. Ils ont abrité aux quatre coins du pays des ressortissants de pays ennemis ou des Alsaciens de nationalité étrangère.

Par Florence Cicolella

Histoires 14-18 : Les centres d'internement
Source archives : - Le Miroir, 1914 - Congrégation source de la charité - Archives Municipales de Ornans - Archives Départementales du Doubs - Editions JC Farcy  - France 3 - F. Cicolella
Une soixantaine de camps, principalement situés dans l'ouest et le sud de la France abritent ces étrangers. Deux sites du Doubs ont néanmoins joué un grand rôle : l'asile de vieillards Bellevaux de Besançon et l'ancien séminaire d'Ornans. L'hospice Bellevaux est un camp de triage à partir de février 1915. Il accueille des personnes refoulées de la zone des armées: ressortissants de pays ennemis (Allemands, Autrichiens, Ottomans...), Alsaciens-Lorrains, prostituées  et condamnées de droit commun. Tous vivent dans une très grande promiscuité et le froid, souffrant de pénuries alimentaires et devant s'acquitter de nombreuses corvées. Ils attendent qu'une commission interministérielle décide de leur sort et de leur déplacement éventuel.

Le bâtiment est aujourd'hui redevenu une résidence pour personnes âgées, avec tout les confort et les soins nécessaires.
l'hospice Bellevaux devenu camp d'Internés / © archives départementales du Doubs
l'hospice Bellevaux devenu camp d'Internés / © archives départementales du Doubs

Les Alsaciens-Lorrains orientés vers "la maison du refuge" d'Ornans ont été jugés comme étant de "bons Alsaciens", à savoir de sentiment français. Leurs conditions de vie sont meilleures. Mais comme l'Etat français prend en charge leur hébergement, leurs qualités professionnelles sont utilisées localement pour compenser cette grâce. Beaucoup sont donc employés dans l'agriculture et l'artisanat, selon leurs compétences. Mais là encore, mieux vaut faire profil bas. Tout fauteur de trouble est renvoyé sur Besançon et susceptible d'être déporté ailleurs.
Registre des métiers recensés parmi les Alsaciens-Lorrains à la maison du refuge d'Ornans / © archives départementales du Doubs
Registre des métiers recensés parmi les Alsaciens-Lorrains à la maison du refuge d'Ornans / © archives départementales du Doubs

Cette délicate question des centres d'internement n'a été étudiée par les historiens que sur le tard. L'Etat ayant justifié depuis longtemps leur existence par le fait d'être en guerre et de protéger le territoire d'ennemis potentiels.

Plusieurs ouvrages permettent aujourd'hui de se pencher sur le sujet.
  • GUYARD (Patricia), « Contrôle, internements civils et refuges pendant la guerre 1914-1918 dans le Doubs. Sources et perspectives de recherche. », Mémoires la Société d’émulation du Doubs, Besançon, SED, 2000 disponible aux Archives du Doubs
  • PILLIAT (Jean-Louis), Alsaciens-Lorrains internés en France : Besançon, 1914-1919, Colmar, J.-D. Bentzinger, 2004 disponible aux Archives du Doubs
  • FARCY (Jean-Claude), Les camps de concentration français de la première guerre mondiale (1914-1920), Paris, Anthropos, 1995.
Ainsi que certains articles en ligne :Remerciements à Nathalie Vidal et Aubin Leroy des archives départementales du Doubs, Lauret Mouterde et le centre de long séjour Bellevaux, la bibliothèque municipale d'Ornans, Michel Baron et les amis d'Ornans

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