Lutte contre les violences faites aux femmes : actions concrètes, avancées marquantes mais moyens qui restent insuffisants… État des lieux à Besançon

Dans le cadre du 25 novembre, journée dédiée à la lutte contre ce fléau sociétal, plusieurs actrices et acteurs de la lutte contre les violences faites aux femmes se sont rassemblés au café associatif Le Pixel à Besançon pour dresser un état des lieux des actions en la matière et rappeler que ces violences sont multiples et nécessitent des dispositifs adaptés. Détails.

"Même si nos affiches vont être enlevées prochainement, je voulais dire que ces actions seront ancrées et nous ont marqués. On doit en parler. Cela ne devrait plus exister.” Ces mots sont ceux de Bilel, élève de 5ème au collège Proudhon à Besançon. Présent lors de cette soirée dédiée à la lutte contre les violences faites aux femmes, le jeune garçon n’a pas hésité à prendre le micro devant 80 personnes et à déclamer un slam autour de ce thème. Les affiches dont il parle tapissent les murs du Pixel. Elles ont été réalisées par les élèves de 25 établissements scolaires du Doubs, en collaboration avec le Parquet de Besançon, et exposées en premier lieu au tribunal judiciaire.

De l’importance de la prévention auprès des plus jeunes

“C’est un sujet qui me semblait difficile à aborder, parce que je ne savais pas trop par où l’empoigner face à des élèves de 11-12 ans. Ça a été un cheminement qu’on a fait ensemble. On a réussi à définir les mots. Des mots simples. Comment est-ce que la violence se décline ? Qu’est-ce qu’on fait quand on y est confronté ?” explique Hélène Isabey, référente égalité filles-garçons au collège Proudhon et professeure d’EPS. Au total, plus de 250 affiches ont été réalisées dont certaines ont été exposées pendant un mois sur les murs du café associatif et culturel situé à la Cité des Arts à Besançon.

Cette action de prévention ciblée a visiblement permis de planter des graines à en constater le nombre d’élèves et leurs parents présents lors de cette soirée. Elles ont été menées grâce au travail de la ou du professeur référent égalité fille/garçon, présent dans 85% des établissements du Doubs, selon le rectorat. Toutes et tous espèrent pouvoir récolter les fruits de cette sensibilisation auprès des enfants, pour que les nouvelles générations soient en capacité de mieux prévenir les risques de violences faites aux femmes.

“Le conditionnement sexiste est déjà sur les rails à 5-6 ans. Toute la difficulté réside dans le fait de rectifier le tir. L’école porte sur ses épaules une lourde charge. Il faut former les professionnels, nos assistants sociaux aussi. Je trouve qu’on n'avance pas assez vite sur ce sujet-là. On a besoin de tout le monde pour nous aider dans cette lourde tâche” a expliqué quant à lui Norbert Arnoult, de la Direction des services départementaux de l’Éducation nationale du Doubs (DSDEN).

Les chiffres et statistiques liés aux violences faites aux femmes sont glaçants et illustrent l’urgence d’en assurer la prévention, dès le plus jeune âge. Pour rappel, en France, 99% des femmes disent avoir été victimes d'un acte ou comportement sexiste en 2019. Selon une étude de la Délégation aux victimes du ministère de l'intérieur, les morts violentes au sein du couple ont concerné 125 victimes en 2020 (contre 173 en 2019), majoritairement des femmes (102, contre 146 en 2019). Sur ces 102 femmes tuées, 34% avaient déjà subi des violences de la part de leur partenaire (contre 41% en 2019) et 67% avaient déposé une plainte (contre 43% en 2019).

Des structures spécialisées dans l’accompagnement des victimes

Les violences faites aux femmes ne se réduisent évidemment pas aux violences physiques. C’est ce qu’expliquent devant une assemblée attentive madame Mougin et madame Capitaine, de l’association Solidarité Femmes. Les violences administratives, économiques, numériques ou psychologiques sont également légion. L’association connaît parfaitement ce sujet puisqu’elle accompagne au quotidien des femmes victimes de ces violences. Solidarité Femmes dispose de 33 places d’hébergement pour mettre à l'abri les femmes en danger, accompagnées ou non d’enfants, et propose quatre permanences décentralisées dans toute la Franche-Comté, ainsi qu’une cinquième, mise en place récemment au CHU de Besançon pour permettre aux victimes d’y avoir accès plus facilement.

Une question est posée dans le public au sujet des moyens alloués à cette association financée en grande partie par des fonds publics. Le trésorier de Solidarité femmes, présent dans la salle, détaille : “Nos moyens baissent régulièrement, à raison de 20 000 à 30 000 euros par an. Le Grenelle des violences conjugales ne sert strictement à rien niveau moyen nous concernant.”

“On a créé des choses, mais c’est vrai que tout n’a pas profité à Solidarité Femmes. On est dans une logique d’arbitrage” lui répond Madame Geoffroy, déléguée aux droits des femmes et à l’égalité aux sein du Département du Doubs.

Une autre structure d’accompagnement est représentée ce mercredi 24 novembre. Carole Ely, coordinatrice régionale des Centres d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF), rappelle que sept permanences juridiques sont accessibles aux femmes victimes de violences dans la capitale franc-comtoise. “Sur Besançon en 2020, on a réalisé 800 entretiens à destination du public. Plus de 80% étaient à destination de femmes. Sur les 800 entretiens, 35% concernaient les violences faites aux femmes” explique-t-elle. Et d’ajouter : “On a développé une expertise juridique, et on travaille beaucoup en partenariat avec Solidarité femmes.”

La réponse pénale au coeur du débat

Trois représentantes du parquet de Besançon étaient également présentes à cette table ronde et ont répondu aux questions du public concernant les mesures pénales prononcées à l’encontre des auteurs de violences contre les femmes. À noter que 70% des violences commises sur les femmes le sont par leurs conjoints ou concubins.

La justice est régulièrement pointée du doigt par les familles endeuillées et les associations d’accompagnement de victimes de violences conjugales, comme dans le cas de Razzia Askari, dont le mari doit être jugé aux Assises de Besançon du 8 au 10 décembre 2021. Malgré une ordonnance de protection et de multiples plaintes contre ce dernier, la jeune afghane avait fini par être assassinée en pleine rue de plusieurs coups de couteau.

“Oui nous ne sommes pas tous suffisamment formés. On pourrait former la planète entière à cette notion. C’est bien de constater qu’on est pas au bout, mais pour autant il faut admettre qu’une grosse évolution a été faite. En quatre ans, on constate cette évolution, il faut le dire, et cela ne va aller qu’en s’améliorant” explique Alexia Marquis, substitute du procureur, notamment en réponse à une question concernant la formation des policiers et des gendarmes.

Obtenir des condamnations au sujet des violences psychologiques par exemple, reste compliqué, mais on en a. Il y a dix ans, c’était impossible.

Alexia Marquis, substitute du procureur de la République de Besançon

Elle cite aussi en exemple le dispositif téléphone grave danger (TGD). Le tribunal de Besançon disposait de deux téléphones il y a quatre ans. Actuellement, 14 sont disponibles pour les victimes.

“On fait tout ça à moyens constants”

Alina Saleh, juge d’application des peines, considère quant à elle Besançon comme un territoire précurseur en matière de lutte contre les violences faites aux femmes. Elle salue le maillage associatif de cette ville : “Il y a beaucoup d’associations qui œuvrent en ce sens à Besançon, c’est très important”. Elle cite aussi le projet du foyer Altérité. Il a ouvert en octobre 2018, au centre-ville de Besançon, et permet d'accueillir 15 hommes en attente de procès ou déjà condamnés pour violences conjugales.

“Après une condamnation, un couple sur deux reprend une relation affective sur un temps plus ou moins long. On n’est pas en mesure d’adopter une vision dogmatique. Au-delà de la reprise de la vie commune, il y a aussi la question des enfants. Les parents seront amenés à être en contact si le père n’a pas perdu ses droits” détaille-t-elle.

Une nouvelle fois, la question des moyens alloués à la justice par l’État est posée. “Pendant longtemps le milieu associatif a pris le relais pour protéger les femmes et ce n’était pas normal. On fait tout ça à moyens constants. On n’a pas les moyens qu’on devrait avoir” admet Alina Saleh, en comparant la situation de la France à l’Espagne, pays dans lequel la justice dispose d’un budget bien plus conséquent, avec un PIB par habitant bien plus faible.

“Le budget de la justice par habitant progresse nettement depuis quelques années. Mais le retard de la France sur les autres grands pays européens subsiste” comme le confirment nos confrères des Echos dans un article détaillé à ce sujet.

Cette soirée de réflexion et d’échange impulsée par Ludivine Petit, éducatrice au sein de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, en collaboration avec l’association La Furieuse, gérante du café-restaurant associatif Le Pixel, le parquet de Besançon, le département du Doubs, le rectorat, le CIDFF et Solidarité Femmes, a eu le mérite de permettre aux participantes et participants de constater que la lutte contre les violences faites aux femmes se jouait à tous les niveaux d’une société. Au-delà des moyens alloués par l’État et des campagnes de communication autour de ce sujet, chacune et chacun, quel que soit son âge, peut être un acteur de la lutte contre les violences faites aux femmes.

Informations utiles :

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15 Rue des Roses, 25000 Besançon
chrs@solidaritefemmes25.org
03 81 81 03 90

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• Baume-les-Dames – le 2ième lundi du mois de 9h à 12h.
• Valdahon – le 3ième lundi du mois de 9h à 12h.
• Pontarlier – le 1ier mardi du mois de 14h à 17h.
• Morteau – le 4ème lundi du mois de 9h à 12h.

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