Affaire Narumi Kurosaki : Pourquoi le Chili n'extradera probablement pas Nicolas Zepeda Contreras ?

Nicolas Zepeda Contreras au tribunal de Santagio du Chili en février 2017 / © PABLO VERA / AFP
Nicolas Zepeda Contreras au tribunal de Santagio du Chili en février 2017 / © PABLO VERA / AFP

La justice française demande au Chili l'extradition de Nicolas Zepeda Contreras, assassin présumé de l'étudiante japonaise Narumi Kurosaki à Besançon en décembre 2016. Les signaux sont loin d'être au vert pour que cette demande soit acceptée. On vous explique pourquoi. 

Par Sophie Courageot

Il n'y a pas d'accord d'extradition entre la France et le Chili

La France a signé à ce jour des accords d'extradition avec 50 pays dans le monde. Le Chili n'en fait pas partie. Elle ne peut donc exiger de son homologue chilien une extradition de Nicolas Zepeda Contreras suspect numéro 1 dans la disparition de Narumi Kurosaki, étudiante de 21 ans qui séjournait à Besançon pour apprendre la langue française. 

 "La demande d'extradition à l'encontre de Monsieur Nicolas Zepeda-Contreras pour assassinat a été envoyée au nom de la ''courtoisie'' internationale dans la mesure où il n'y a pas d'accord d'extradition entre la France et le Chili. La procédure va être longue et fastidieuse. Il s'agit d'un document de 27 pages" a indiqué ce matin Etienne Manteaux, Procureur de la République de Besançon lors d'une conférence de presse.  Cette demande sera étudiée par la justice du Chili. Elle ne devrait pas se prononcer avant plusieurs mois. 
Nicolas Zepeda Contreras et Narumi Kurosaki / © DR
Nicolas Zepeda Contreras et Narumi Kurosaki / © DR



L'affaire Salamanca : la France a refusé d'extrader ce ressortisssant chilien 

Une autre affaire diplomatico-judiciaire va venir interférer dans l'extradition de Nicolas Zepeda Contreras. Celle de Ricardo Palma Salamanca. Ce Chilien a été condamné à la prison en vie en 1994 au Chili. En 1991, il abat à bout portant dans une rue de Santagio Jaime Guzmán, bras droit de Pinochet. Nous sommes moins d'un an après le retour de la démocratie au Chili. Ricardo Palma Salamanca, militant de gauche radicale, a 22 ans. Il va s'évader en 1996 par hélicoptère d'une prison de Santagio.  Il va vivre pendant une vingtaine d'années sous de faux nom avant de se réfugier en France où il obtient l'asile politique en 2018. 

Le Chili avait demandé son extradition. Le 23 janvier 2019, la Cour d'appel de Paris a rejeté cette demande. 

 
Ricardo Palma Salamanca en décembre 2018 au palais de justice de Paris. / © THOMAS SAMSON / AFP
Ricardo Palma Salamanca en décembre 2018 au palais de justice de Paris. / © THOMAS SAMSON / AFP


Au Chili, certains ressortissants aimeraient bien voir Salamanca extradé vers son pays. Et se prête à croire à un possible échange avec Nicolas Zepeda Contreras. "Nous échangeons Nicolas Zepeda contre Ricardo Palma Salamanca ... Que pensez-vous les Français" commente un internaute sur le réseau Twitter. "Il devrait être négocié contre Ricardo Palma Salamanca, les deux pays veulent justice mais la France n'a pas agit en conséquence" indique un autre. 


Le corps de Narumi Kurosaki n'a pas été retrouvé 

Même si selon le Procureur de la République, les preuves sont accablantes contre Nicolas Zepeda Contreras, le corps de la jeune étudiante japonaise n'a jamais été retrouvé. Ce corps, les enquêteurs français savent très bien qu'il constituerait "la pièce maîtresse" du dossier d'accusation. 
Sans corps, il manque la fin de l'histoire, même si pour la justice française, la mort de la jeune étudiante de 21 ans ne fait aucun doute. 
 


Nicolas Zepeda Contreras, un fils de bonne famille 

L'assassin présumé de Narumi Kurosaki est le fils de  Humberto Zepeda, l'un des cadres dirigeant au Chili  Movistar, l'entreprise de téléphonie. Une famille avec des revenus aisés. Le jeune dispose de plusieurs avocats. Lors de son audition en avril dernier devant la cour à Santiago du Chili, le jeune homme et ses conseils ont refusé de répondre aux 95 questions très précises de la justice française. Certains s'interrogent sur une possible protection du jeune homme ?. Nicolas Zepeda vit toujours au Chili. Il ne peut quitter son pays puisqu'il fait l'objet d'un mandat d'arrêt international. 
Il pourrait néanmoins être jugé par contumace, c'est à dire en son absence en 2020 par la cour d'assises du Doubs. 

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