Présidentielle 2022 : “On parle encore croissance alors qu’il y a urgence à agir pour le climat”, 1400 chercheurs interpellent les candidats

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Écrit par Sophie Courageot avec AFP

Près de 1400 chercheurs publient une tribune ce 1er février sur franceinfo. Ils s'inquiètent de "l'absence de débat démocratique" sur le climat et la biodiversité dans la campagne de l'élection présidentielle. Les signataires dont le chercheur de Franche-Comté Vincent Bichet pressent les candidats de s'exprimer sur ces sujets essentiels pour notre avenir.

Climatologues, océanographes, mathématiciens, économistes, philosophes, historiens.... 1400 signataires lancent l’alerte. Ils sont une trentaine de chercheurs de Franche-Comté à avoir apposé leurs noms à cette tribune. Vincent Bichet est géologue, chercheur au laboratoire chrono-environnement de l’Université de Franche-Comté. L’homme étudie les changements climatiques survenus dans le passé. Parfaitement conscient de ce qui attend la planète, ses écosystèmes et les habitants. Ce n’est pas la première tribune qu’il signe, ni la dernière, mais il espère une réaction des candidats. “On est face à un problème qui risque d’être rude pour nos sociétés, et dans le débat politique et médiatique, ce problème passe à l'arrière-plan. On a sensibilisé les citoyens, mais le monde politique semble avoir d’autres préoccupations, et place ce sujet du changement global environnemental sur un registre lointain” regrette le scientifique.

La crise n’est pas encore assez virulente pour impacter l’économie, pour que la classe politique change les choses.

Vincent Bichet, géologue, chercheur au labo chrono-environnement, Université de Franche-Comté

En Franche-Comté comme ailleurs, le réchauffement climatique est déjà bien réel

“On sait l’impact environnemental sur l’enneigement, le ski, les forêts attaquées par les scolytes, les rivières qui débordent ou sont à sec” rappelle-t-il. Les jeunes générations s’interrogent, certains ne veulent plus faire d’enfants. “On a l’impression de se heurter à une volonté politique. Le sécuritaire, l’économie, le pouvoir d’achat ont pris le pas” dit-il. Par cette tribune, le chercheur espère une piqûre de rappel aux candidats comme aux électeurs, même si le défaitisme l’habite. “Je suis dans un état d’abattement. Je ne crois pas que le panel politique actuel soit en capacité de changer de dogme, de paradigme. La réaction que j’attends est utopique. La crise n’est pas encore assez virulente pour impacter l’économie, pour que la classe politique change les choses” estime Vincent Bichet pour qui tout est lié, du climat à l’immigration, à la défense du vivant. La convention citoyenne sur le climat a bien défriché le terrain, mais qu’en restera-t-il de concret ou d’acté pour le futur, se questionne-t-il.

La crise climatique et environnementale absente des débats et programmes


Pour les 1400 signataires de la tribune (voir la liste complète), les candidats à la présidentielle ne vont pas assez loin dans leurs programmes sur cette question du climat. De Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, les programmes contiennent des propositions liées à la crise climatique et environnementale plus ou moins détaillées, le sujet peine à s'imposer dans les débats, dominés par les questions de pouvoir d'achat ou encore sur l'immigration.

Quels que soient nos opinions politiques et nos engagements personnels, nous constatons avec inquiétude l'absence de débat démocratique dans la campagne présidentielle sur les graves bouleversements en cours et à venir, qu'ils concernent le climat, l'océan, la biodiversité ou les pollutions.

Les signataires de la tribune sur franceinfo.fr

Gare à l’inaction, les électeurs doivent savoir

"Alors que se multiplient les discours de l'inaction, il est plus que jamais essentiel de pouvoir délibérer sereinement sur les alternatives, les opportunités et les contraintes des différentes options envisagées". "Les électeurs et électrices ont besoin de connaître les propositions des candidats et des candidates à l'élection présidentielle et leurs conditions de mise en oeuvre", insistent-ils, sans réduire le débat "à un affrontement entre partisans du nucléaire et défenseurs des énergies renouvelables".