VIDEO. “On n'a rien à voir avec les casseurs“ : deux ”gilets jaunes” bisontins témoignent après leur garde à vue

Des heurts avec les forces de l'ordre avaient éclaté lors de la manifestation des "gilets jaunes", samedi 22 décembre. / © Anne Fauvarque/Radio France/MAXPPP
Des heurts avec les forces de l'ordre avaient éclaté lors de la manifestation des "gilets jaunes", samedi 22 décembre. / © Anne Fauvarque/Radio France/MAXPPP

Depuis trois semaines, ces manifestations sont le théâtre d'affrontements avec les forces de l'ordre à Besançon. Un "gilet jaune" a été placé en garde à vue puis relâché ce vendredi ainsi que deux autres jeudi. Ces derniers veulent prendre leurs distances vis à vis des casseurs.

Par Margot Desmas avec Emmanuel Rivallain et Eric Debief

Ils viennent de passer 8h en garde à vue. Deux "gilets jaunes" qui, samedi 22 décembre, n'auraient pas obtempéré après un ordre de dispersion lancé par la police ont été interpellés puis relâchés, ce jeudi. Pendant la mobilisation, 17 personnes avaient déjà été interpellées.

Le plus ancien, Frédéric Vuillemin, est une figure connue du syndicalisme à Besançon. "C'est la première fois qu'on est mis en garde à vue. On ne comprend pas ce qui nous arrive, surtout par rapport à une manifestation, insiste le "gilet jaune". On est en France, on nous met en garde à vue pour des manifestations."
 
"On n'a rien à voir avec les casseurs" : deux gilets jaunes, entendus en garde à vue, témoignent
>> Emmanuel Rivallain et Eric Debief

"On était 800 en ville. Pourquoi, nous, on est interpellés alors qu'il n'y a pas de violences et qu'on a toujours été pacifistes ? Ils nous connaissent, on est très actifs, ils savent très bien qu'on veut dialoguer", reprend le second manifestant interpellé, Kévin Binda.

 

Pas d'accusations de violences


Les deux hommes sont très présents dans l'organisation des défilés. La police de Besançon dit les avoir reconnu sur des vidéos tournées pendant la manifestation. Et le chef de la sûreté départementale Charly Kmyta insiste : "on ne leur reproche pas d'avoir commis des actes de violences, mais d'avoir participé à un attroupement malgré les sommations (ordre de dispersion, ndlr) des forces de l'ordre".

Débordées lors de la manifestation, les forces de l'ordre n'ont pas pu procéder à toutes les interpellations. C'est pourquoi des gardes à vue interviennent plusieurs jours après, "et d'autres pourraient encore avoir lieu", ajoute le commissaire.
 

Il rappelle que lorsque des fusées sont tirées par les policiers en pleine manifestation, cela signifie qu'elle est en train de devenir un attroupement et que la foule doit se disperser. Dans le cas contraire, la police peut légalement procéder à l'arrestation des manifestants qui ne s'écartent pas. Si ces deux "gilets jaunes" ont été interpellés, c'est donc qu'ils auraient refusé de se disperser à ce moment, selon Charly Kmyta.

"Le dernier communiqué du préfet disait qu'il était ouvert au dialogue et dans le même temps il nous interpelle, alors qu'on est pacifistes, à notre domicile, dénonce Frédéric Vuillemin. Il y a un double langage qui n'est pas acceptable"

 

Se dissocier des casseurs


Les deux gilets jaunes ont vu évoluer les slogans et les manifestants. Ils réfutent l'image simplifiée d'hommes et de femmes issus de l'extrême-droite. "Il n'y a pas forcément de casseurs, de Black Blocks ou des gens d'extrême droite parmi les manifestants. Il y a aussi des pères de famille qui en ont marre, ajoute Kévin Binda. Ca fait deux samedis qu'ils y vont, qu'ils se font gazer. Ils vivent dans la précarité, sans rien, ils ne sont jamais entendus..."
 

Approuvent-ils pour autant les violences ? Non, bien au contraire : les "gilets jaunes" veulent clairement se dissocier des casseurs. "On n'a rien à voir avec eux. On est là pour revendiquer nos droits, pas pour la violence, explique encore Kévin Binda. Samedi on va essayer d'être plus malins, de rentrer dans jeu [des casseurs]. On va éviter les violences, juste marcher sans dire où, toujours en évitant les affrontements."

Poursuivis pour "refus d'obtempérer à un ordre de dispersion", les deux hommes risquent jusqu'à un an de prison.

 

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