Les enfants de Tchernobyl ne viendront pas en Franche-Comté cet été : "C'est triste, jusqu'au bout on y a cru"

Depuis 27 ans, des enfants nés dans la région de Tchernobyl viennent passer des vacances d'été en Franche-Compté pour s'évader d'un quotidien difficile. L'épidémie de Covid-19 a contraint l'organisateur à annuler les voyages prévus en août.
Une scène de retrouvaille en 2019 entre une jeune fille et sa famille d'accueil.
Une scène de retrouvaille en 2019 entre une jeune fille et sa famille d'accueil. © Association Les enfants de Tchernobyl

La scène s'est déroulée il y a 27 ans. Le 9 juillet 1993 à l'aéroport de Bâle-Mulhouse, 196 jeunes Ukrainiens débarquaient à bord d'un vieil avion russe pour passer l'été dans des familles d'accueil françaises, dont plusieurs dans le Doubs. C'était la première fois que des enfants originaires de la région ravagée par la catastrophe nucléaire venaient passer des vacances en Alsace et en Franche-Comté à l'invitation de volontaires. Depuis, l'association Les enfants de Tchernobyl est devenue une véritable institution qui a reçu en août 2019 son 57e groupe d'enfants. 

Malheureusement, la crise sanitaire du Covid-19 a obligé les organisateurs à annuler la venue des 170 enfants ukrainiens et russes qui devaient passer trois semaines en Alsace et en Franche-Comté en août 2020. Certains de ces enfants, "victimes" des suites de la catastrophe nucléaire de 1986, venaient depuis dix ans en nord Franche-Comté. Cette année, ils devaient être répartis dans une vingtaine de familles francs-comtoises. 

Trop d'incertitudes concernant les vols et les autorisations

L'association Les enfants de Tchernobyl met en avant les très nombreuses contraintes liées aux mesures sanitaires qui sont toujours à l'oeuvre en Russie, en Ukraine mais aussi aux frontières de l'espace Schengen pour expliquer l'annulation du voyage.

"Sauf exceptions, les ressortissants de pays non membres de l’Union européenne ou de l’espace Schengen doivent suivre une quarantaine lors de leur arrivée en Allemagne ou en France. Nous n’avons aucune information des autorités de la Fédération de Russie concernant l’autorisation pour nos 80 invités de sortir de Russie pour se rendre en France puis revenir. La compagnie aérienne Belavia est incapable de confirmer les vols Minsk – Francfort – Minsk des 2 et 23 août".

L'association des Enfants de Tchernobyl, le 24 juin

Retrouvailles entre un garçon et sa famille d'accueil.
Retrouvailles entre un garçon et sa famille d'accueil. © Association Les Enfants de Tchernobyl

Le co-fondateur de l'association Dominique Gatineau raconte que cette annulation du voyage des enfants est une grande déception pour les familles qui pour certaines ont tissé des liens très forts avec leur correspondant. "Il y a des familles, c'est comme si c'était leur enfant. Certains viennent depuis 8, 9 ou 10 ans dans la même famille", soupire t-il.

"Certains attendent de partir chaque année au même endroit"

Pour les familles d'accueil comme pour les enfants, cette annulation est évidemment une grosse déception. "Quand Liliia est arrivée l'an dernier, elle était un petit peu perdue, ne connaissait personne et ne parlait pas un mot de français. Ma fille l'a tout de suite emmenée et a créé une communication avec elle. Une relation de confiance s'est installée rapidement. Certains attendent de partir chaque année au même endroit", a confié à France Bleu Franche-Comté, Sylviane Henry, une mère de famille qui devait accueillir une petite fille ukrainienne pour la deuxième année de suite. 

Pour l'association le coup est également rude financièrement. Environ 50 000 euros de billets d'avion avaient été réglés et les traditionnelles opérations de collectes de fonds du printemps qui payent ces frais avaient été annulées à cause de l'épidémie de Covid-19 en France. "On s'auto-gère financièrement, dit Dominique Gatineau. Tous les ans à Pâques, on organise une grande vente d'œufs en bois peint fabriqués par des artisans ukrainiens. Habituellement on en vend autour de 30.000, mais cette année avec le confinement on a en vendu seulement 5.000. On n'a pas pu tenir les stands". 

Tout le monde croise maintenant les doigts pour que le nouveau coronavirus ne soit plus actif ni dans l'Est de la France, ni en Russie et en Ukraine à l'été 2021. 

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