Tõnn, un aigle criard en voie de disparition venu d'Estonie a traversé la Franche-Comté

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Malgré le confinement, tous les passionnés d'ornithologie attendaient ce moment avec impatience. Le passage ces 7 et 8 novembre d'un aigle très rare au-dessus de la région. Muni d'une balise, ils l'ont suivi sur internet. Certains ont eu la chance de le voir, de loin mais c'est toujours une émotion.

Comme chaque année, Tõnn, l'aigle criard venu d'Estonie traverse la Franche-Comté. C'est un oiseau très rare et menacé en Europe. Il ne fait que survoler notre région pour rejoindre ses quartiers d'hiver en Espagne. 
Pour les passionnés, le suivi de l'oiseau a commencé sur internet via le site Birdmap depuis la mi-septembre à son départ de Tallin. Un jeu de piste virtuel passionnant !. 
 

Le 5 novembre, le rapace est repéré près de Stuttgart en Allemagne. Il porte en permanence sur le dos une balise qui ne le dérange pas, mais qui permet de le suivre à la trace. Ce système est important afin de pouvoir surveiller des oiseaux en voie de disparition. Les ornithologues franc-comtois se préparent. Mais comment faire en période de confinement lorsque l'on ne peut pas sortir de sa zone d'un kilomètre ? Tant pis, il faudra suivre son vol sur le site Birdmap et espérer que les vents apporteront un peu de chance pour apercevoir cet aigle exceptionnel. 
 


Timothée, jeune ornithologue du Doubs, est passionné par les oiseaux depuis l'enfance

Son rêve  depuis qu'il s'intéresse aux rapaces est de pouvoir apercevoir Tõnn. Malgré le confinement, il espère que la chance sera enfin avec lui. Samedi 7 novembre, à 7 h 26, il reçoit par sms une alerte de Jean Philippe Paul, ornithologue expérimenté qui le prévient que l'oiseau est en Franche-Comté et qu'il s'est posé pour dormir à Rougemont dans le Doubs. Et si c'était enfin le jour chance pour Timothée ? Il observe une dernière fois la carte de son vol, prépare son attestation de déplacement d'une heure, ses jumelles et sa longue-vue. Direction un beau point de vue à un kilomètre de chez lui jusqu’au lagunage de Vieilley dans la vallée de l'Ognon en Haute-Saône.
 

Arrivé sur placé à 11 heures, le jeune observateur sait que le temps lui est compté, car il n'a qu'une heure pour espérer voir l'animal. Il scrute le ciel en direction du Nord-Est vers Montbéliard, car l'aigle  Tõnn viendra forcément par là selon ses calculs. Beaucoup de buses et de milans volent au-dessus de sa tête. C'est au tour d'un vol de grues puis de vanneaux d'attirer son attention. Mais il est temps de partir afin de respecter la réglementation en vigueur même s'il est seul dans la nature. Malgré sa déception, la matinée aura été riche en observations.

Tout à coup, Timothée regarde au loin un oiseau qui semble différent. "12 h 11, une silhouette trapue attire mon regard à l’horizon. Je passe des jumelles à la longue-vue, et là, je comprends. Des ailes larges et rectangulaires, les plumes primaires très digitées, des marques claires à la base des mains et de la queue… Il est là, le grand voyageur venu tout droit de l’Estonie ! Il se dirige vers moi avec une légère inclinaison vers l’ouest, récupère un « thermique », pompe quelques minutes et prend de l’altitude" nous raconte le jeune ornithologue.

Il est loin, mais Timothée prend le temps de faire quelques clichés. Les photos ne sont pas de bonne qualité, mais il se devait d'immortaliser cette rencontre qu'il attendait tant. Cela peut surprendre d'avoir autant d'émotion pour un simple oiseau. Mais Tõnn n'est pas un rapace comme les autres. C'est extrêmement rare de pouvoir l'observer, et il représente pour lui le combat de quelques passionnés pour une espèce en voie de disparition. Dès son retour chez lui, il s'empresse de raconter cette rencontre furtive et lointaine sur sa page Facebook.
   

Apercevoir cet aigle, "C'est un peu une chasse au trésor"


Mathieu, lui n'a pas eu cette chance. Il se tenait prêt pourtant en espérant qu'il passe par la plaine de Saint-Vit (Doubs) où il habite. Mais l'aigle est passé plus au Nord à dix kilomètres de chez lui. Impossible de prendre sa voiture pour aller l'observer. Tõnn n'est pas un motif de déplacement impérieux en ces temps de confinement, même s'il fait un peu partie de la famille pour ceux qui le suivent toute l'année.
 

"Ce qui me passionne, c'est l'inconnu, de ne pas savoir sur quoi on va tomber ! Et quand on découvre un oiseau rare ou peu commun ou jamais vu, c'est une montée d'adrénaline..un wouah ! Concernant Tõnn, c'est un aigle qu'il n'y a pas dans notre région, donc c'est une chance de pouvoir l'observer et le photographier. Mais malgré sa balise, il reste très dur à voir et dans la recherche des oiseaux, il y a le jeu de "la coche" on fait un inventaire de tous les oiseaux que l'on a vu. C'est un peu une chasse au trésor" nous explique Mathieu, ce passionné d'ornithologie.

Jean-Philippe Paul, est ornithologue et le co-créateur du groupe Facebook Ornitho Franche-Comté. Il a eu la chance de photographier l'oiseau en novembre 2017 vers Dole dans le Jura. Selon lui, le passage de cet aigle criard au-dessus de la région est un moment exceptionnel. "En dehors de lui, l'espèce n'est jamais observée tellement elle est rare. La grande majorité des aigles criards partent de leurs forêts d'Europe orientale et de Russie en direction de l'Afrique de l'Est par le Bosphore et le Proche-Orient. Tõnn fait partie des rares individus qui prennent la voie de l'ouest et hivernent soit en Espagne soit dans le Sud de la France. Sa balise permet d'augmenter les chances de le voir passer ici. Ces 20 dernières années, seul Tõnn a permis aux observateurs régionaux de voir l'espèce ici".

Cette année, aucun beau cliché n'a été pris durant son passage en Franche-Comté à cause du confinement. Cela n'a pas empêché tous les passionnés de suivre virtuellement l'oiseau à la trace avec le secret espoir de le voir passer au-dessus de leur maison.