"L'orgasme, c'est cool et ça s'apprend à tout âge", une sexologue nous explique pourquoi il ne faut pas en faire une montagne

On dit de lui qu'il est le sommet du plaisir sexuel mais qu'il est parfois difficile à atteindre. Le jeudi 21 décembre 2023 est la journée mondiale de l'orgasme. Aline Malpesa, sexologue à Besançon (Doubs), répond à toutes les questions que vous n'avez (peut-être) jamais osé vous poser sur le sujet.

Elle en parle naturellement avec plaisir. Aline Malpesa est sexologue à Besançon (Doubs) depuis 2017. Et beaucoup de femmes viennent la consulter à ce sujet mais pas uniquement. "C'est culturel, on imagine que cela concerne plus les femmes que les hommes, admet-elle. Mais cela concerne tout le monde en fait. Selon une enquête de l'IFOP réalisée en 2019, 25% des femmes et 14% des hommes avouaient n'avoir eu aucun orgasme durant l'année écoulée. Il y a aussi aujourd'hui plus d'hommes stressés et qui ont donc du mal à atteindre la jouissance."

"Maintenant, si tu n'as pas d'orgasme, c'est comme si tu avais raté ta vie"

Pour la spécialiste, la journée mondiale de l'orgasme ce jeudi 21 décembre 2023 est donc l'occasion de faire passer quelques messages aux personnes des deux sexes. Cette journée est célébrée chaque année depuis 2006, au solstice d'hiver (les 21 ou 22 décembre). Elle a été imaginée par deux pacifistes américains, Donna Sheehan et Paul Reffell, chercheurs à l'Université de Princeton. L'association qu'ils ont fondée, Global Orgasm for Peace, invite le monde entier à se procurer un orgasme en faveur de la paix dans le monde ! Aujourd'hui, l'événement a surtout pour objectif de sensibiliser le public sur la dysorgasmie (orgasme douloureux) ou l'anorgasmie (absence d'orgasme durant les relations sexuelles).

Oui, l'orgasme, c'est cool et ça s'apprend à tout âge. J'ai des femmes qui viennent me voir en consultation à 60 ans et qui me disent : "je n'ai pas envie de mourir idiote et je veux connaître l'orgasme !"

Aline Malpesa, sexologue à Besançon (Doubs).

La sexologue tient surtout à dédramatiser cette question encore taboue pour beaucoup. Elle regrette cette "tyrannie de l'orgasme", qui s'impose à la télévision, dans les magazines ou sur les réseaux sociaux. "Pendant lngtemps, on ne s'est pas intéressé à l'orgasme féminin. Maintenant, si tu n'as pas d'orgasme, c'est comme si tu avais raté ta vie. C'est vécu comme une injonction et c'est dommage car c'est enfermant." Conséquence, la vie sexuelle des couples en est fortement affectée selon elle. "Avoir un orgasme devient obligatoire à chaque rapport sexuel. C'est devenu LA norme."

Comment reconnaître un orgasme ?

"Physiologiquement, l'orgasme est un réflexe qui apparaît à partir d'un certain seuil de stimulation sexuelle, explique la sexologue. C'est la mécanique. Mais quand tout le reste n'est pas là, cela ne fonctionne pas. Pour atteindre l'orgasme, il faut sans doute aussi être détendu et se sentir respecté". Et Aline Malpesa s'empresse de la préciser : l'orgasme est avant tout un apprentissage. "On sait que les personnes qui se sont masturbées dans l'adolescence et qui sont parties en auto-exploration ont souvent plus de facilités à atteindre l'orgasme. Elles se sont 'entraînées' en quelque sorte. Mais il n'est jamais trop tard pour le faire."

Attention, prévient-elle aussi, l'orgasme est souvent différent pour chacun ou chacune. Là encore, il faut absolument se méfier des stéréotypes et des clichés.

L'orgasme est multiforme. C'est une sensation de plaisir intense, pas forcément longue, suivie d'un sentiment de détente et de bien-être. Ce n'est pas parce qu'on n'a pas crié, hurlé, déchiré ses vêtements qu'on n'a pas eu d'orgasme !

Aline Malpesa, sexologue à Besançon (Doubs).

Pour illustrer son propos, et parce qu'une image vaut 10 000 mots, elle évoque le "O'project" de Marcos Alberti. En 2017, ce photographe brésilien a saisi avec son appareil les expressions faciales de plus de 20 femmes de nationalités différentes, avant, pendant et après l’orgasme. "Ce qui est impressionnant, c'est qu'elles n'ont pas le même visage mais qu'elles ont toutes le même sourire à la fin", souligne Aline Malpesa.



Pornographie et internet

Bref, selon la sexologue, on est très loin des représentations véhiculées par la pornographie. "La pornographie, pour les hommes comme pour les femmes, a modifié notre vision de la sexualité et de l'orgasme. On est clairement dans la notion de performance. Avec des pratiques et des manières supposées d'atteindre l'orgasme qui sont toujours les mêmes. Dans une soirée romantique à deux, ça ne marche pas toujours."

Pour Aline Malpesa, c'est cette même notion de performance que l'on retrouve au cœur des sites ou des applications de rencontres. "Le partenaire rencontré sur internet ou sur Tinder doit se comporter comme 'attendu' et cela peut générer les hormones du stress qui ne sont justement pas celles qu'il faut."

D'ailleurs, les chiffres parlent d'eux-mêmes. Un sondage sur l'épanouissement sexuel des Européennes réalisé en 2021 a révélé que c’est dans l’Hexagone que l’on compte le plus de femmes insatisfaites de leur vie sexuelle : 35%, soit beaucoup plus que dans des pays du nord comme l’Allemagne (23%) ou le Royaume-Uni (27%). L’insatisfaction des Françaises se rapproche du niveau observé dans des pays méditerranéens comme l’Italie (30%) et l’Espagne (28%). Et cet écart avec nos voisins a même plutôt tendance à se creuser : +4 points entre 2016 (31%) et 2021 (35%) en France, contre une hausse moyenne de +1 point dans les cinq pays étudiés (28%).

Pour autant, la spécialiste ne fait pas de l'orgasme le "Graal" de toute vie sexuelle. "Sauf pathologie particulière, tout le monde est capable de jouir, assure-t-elle. Mais ce n'est pas obligé. En revanche, si cela vous rend malheureuse ou malheureux de ne pas connaître l'orgasme, il ne faut surtout pas hésiter à voir un spécialiste. C'est même un joli sujet de consultation !".