Eau potable : la qualité s'améliore, mais des points noirs demeurent en Bourgogne-Franche-Comté

À partir des analyses d'eau potable réalisées par les pouvoirs publics, l'UFC Que Choisir a mis en ligne une carte de la qualité de l'eau près de chez vous. Si la majorité des résaux proposent une eau de qualité, l'association pointe plusieurs points noirs, notamment dans le secteur rural.

Illustration.
Illustration. © MARC SALVET / MAXPPP

L'eau qui sort de votre robinet est-elle de bonne qualité ? Pour répondre à cette question, l'UFC Que Choisir a compilé des milliers d'analyses réalisées pour le compte des Agences régionales de santé sur les réseaux d'eau potable de tout le pays et disponibles publiquement.

L’Union fédérale des consommateurs a travaillé sur les résultats d'analyses datés de janvier 2019 à décembre 2020 pour 50 contaminants et paramètres physico-chimiques, comme la qualité bactériologique, ou la présence de nitrates et de pesticides. Le résultat est visible sur une carte interactive disponible en accès libre depuis le 19 avril 2021. Elle permet de consulter en quelques clics les résultats au plus près de chez soi.

Des points noirs essentiellement dans les campagnes

En Bourgogne-Franche-Comté, comme ailleurs, il en ressort que l'essentiel de l'eau potable est de bonne qualité, ou en tout cas conforme à la réglementation. Au niveau national, l'association note même une amélioration générale de la qualité de l'eau : "98% des consommateurs ont accès à une eau conforme à la totalité des critères sanitaires, soit une progression de plus de deux points par rapport à la précédente étude de 2017".

Malgré ces bons résultats globaux, des points noirs persistent, essentiellement dans les zones rurales. En Côte-d'Or par exemple, 1,9 % des consommateurs reçoivent une eau polluée en matières organiques, nitrates et pesticides, selon l'association. 

Et agir sur les stations de captage en mettant en place des filtres ne suffit pas, pour l'UFC Que Choisir. Il faut agir en amont et réduire la pollution des sols, selon Gérard Clémencin, référent environnement en Côte-d'Or et président de l'union régionale de l'UFC Que Choisir en Bourgogne-Franche-Comté. "Mettre des filtres à charbon pour retenir les pesticides, c'est deux à trois fois plus cher que de faire de la prévention. Et dans tous les cas, au bout, c'est le consommateur qui paye", nous indique-t-il.

"On connaît quelques captages où il y a eu des améliorations parce qu'il y a eu des pratiques moins agressives, plus agroécologiques. Mais c'est très lent", regrette Gérard Clémencin. "Je suivais encore récemment les captages dits prioritaires, c'est-à-dire ceux qui sont les plus pollués, à l'échelle du bassin Saône-Doubs. Cela porte sur plus de 100 captages. Il y en avait 80 pour lesquels il n'y avait pas eu encore de progrès visibles. Alors qu'on est censé appliquer sur ces captages des plans d'action pour réduire les nitrates et les pesticides."

L'Agence régionale de santé de Bourgogne-Franche-Comté publie sur son site la liste de l'ensemble des communes concernées par une restriction, temporaire ou non, de la consommation de l'eau potable. Dans la plupart des cas, ces mesures ne concernent qu'une partie de la population : les femmes enceintes et les nourrissons.

Inquiétude sur les perturbateurs endocriniens

L'association n'hésite plus désormais à saisir la justice quand elle estime que les choses ne vont pas dans le bon sens. C'est ce qui a été fait par exemple en septembre dernier à propos du réseau d'eau de Grancey-le-Château, à la limite entre la Côte-d'Or et la Haute-Marne."On estime que les arrêtés ne sont pas suffisamment protecteurs. Les captages sont protégés par des périmètres de protection, sur lesquels sont autorisés des activités agricoles qui ne sont pas suffisamment agroécologiques pour empêcher le risque de pollution [...] On espère qu'un jour le juge nous donnera raison et qu'on aura avancé vers plus de prévention en amont."

L'association s'inquiète également de la présence de perturbateurs endocriniens présumés dans les eaux analysées. Ces substances, présentes dans des concentrations inférieures aux limites légales, sont susceptibles pour l'UFC Que Choisir d'avoir "de graves conséquences sur la santé" même "à très faibles doses".

Gérard Clémencin pointe le risque d'effet cocktail. "C'est-à-dire, deux substances qui paraissent peu dangereuses prises seules, quand elles sont en mélange qui peuvent avoir des effets beaucoup plus dangereux", explique-t-il. "On commence seulement à mettre en évidence des effets cocktail. Et malheureusement, on est loin d'avoir étudié toutes les associations de molécules."

L'UFC Que Choisir a donc lancé une pétition, en lien avec l'ONG Générations Futures avec qui elle a réalisé son étude, pour demander l'interdiction au nom du principe de précaution de la commercialisation de ces pesticides soupçonnés d'être des perturbateurs endocriniens.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
environnement pollution