Élections régionales 2021 : vers un report du scrutin ?

Elles étaient envisagées pour les 14 et 21 mars, mais les élections régionales et départementales pourraient être menacées. Le gouvernement a annoncé la mise en place d'un conseil des sages indépendant qui déterminera si le contexte sanitaire permet la tenue du scrutin ou s'il doit être repoussé.

© Alexis Sciard / MaxPPP
Des bars fermés, des amphithéâtres vidés et bientôt des élections menacées ? Le décret gouvernemental validant la date des élections régionales et départementales n’a pas encore été publié. Les dimanche 14 et 21 mars étaient jusqu’à présent évoqués. Mais le contexte sanitaire actuel et les mesures toujours plus restrictives du gouvernement font planer le doute quant au possible maintien du scrutin au printemps. Dans ce contexte, sept départements (Ardennes, Haut-Rhin, Seine-Maritime, Meuse, Aveyron et Loiret) demandent déjà un report des élections départementales, d’au moins trois mois.

La peur de l'abstention

Julien Odoul, pressentie pour mener le Rassemblement National aux élections régionales estime que ce n’est pas à lui « de prendre une décision. Le pouvoir de décision revient au gouvernement qui doit être en mesure de juger de la gravité de la situation sanitaire ». Pour Jérôme Durain, président du groupe PS au Conseil régional, « la balle est dans le camp de l’exécutif ». Arnaud Guvenatam, qui contribuera à organiser les élections auprès de la France Insoumise en Bourgogne, renvoie "toute la responsabilité au gouvernement. Les décisions doivent être claires et cohérentes." « Qu’ils tirent une bonne fois pour toutes les leçons du fiasco des municipales et qu’on en finisse avec l’amateurisme et les décisions contradictoires » fustige Julien Odoul, l’élu RN de l’Yonne.
En mémoire évidemment, l’incompréhension des Français face au maintien du premier tour des élections municipales en mars dernier alors qu’un confinement généralisé se mettait en place. Douloureux souvenir aussi d’un taux d’abstention record : 58,6 % au niveau national au second tour, près de 60 % en Bourgogne.
 

« L’intérêt n’est pas d’avoir des élections régionales au rabais » ajoute Jérôme Durain. « La question c’est plutôt : est-ce que la vie démocratique est compatible avec la crise sanitaire ? » Pour le sénateur PS, le gouvernement cherche à maintenir une vie ordinaire « avec des étudiants qui continuent à aller en cours, des salariés qui continuent de travailler […] Mais la démocratie fait partie de la vie ordinaire. Alors maintenons les élections si les conditions le permettent. » Gilles Platret, maire de Chalon-sur-Saône et tête de liste LR aux régionales estime qu’il est encore « trop tôt pour savoir si mi-mars nous pourrons voter ». Il propose lui aussi à l’heure actuelle de maintenir les élections et de réévaluer la situation en début d’année. « On a appris à vivre avec le virus. On a changé nos habitudes. On ne doit pas mettre la démocratie au fossé à cause de l’épidémie. Personne ne peut anticiper six mois à l’avance le risque. »
Pour Stéphanie Modde, tête de liste EELV, « c’est assez paradoxal de se poser cette question. Nous traversons une période où nous avons vraiment besoin de cette démocratie, de débats et de discussions. Je suis pour un maintien des votes en mars. »
Un report du scrutin déstabiliserait l’application du plan de relance économique selon certains élus, comme Julien Odoul ou Gilles Platret qui estiment que les mesures doivent être appliquées par « un exécutif stable ». « Il y a un vrai enjeu local à maintenir ces élections puisque les régions sont quand même le fer de lance du plan économique ».

François Patriat, président du groupe LREM du Sénat, déclare à nos confrères de Public Sénat qu'une "réflexion sur le report des élections paraît sage [...] Les préoccupations électorales peuvent céder le pas à l’exigence sanitaire.

Des campagnes amputées

Mais alors si elles ont bien lieu en mars 2021, comment assurer des élections sans danger pour les électeurs ? D'autant que "ce temps est nécessaire pour que tous les citoyens soient éclairés" pour Arnaud Guvenatam. « On peut être créatif et imaginer des solutions » répond Jérôme Durain. Lui et son groupe proposent notamment un vote par correspondance. « Ce n’est évidemment pas la solution ultime, mais ça reste une solution dans ce contexte. » Dans le clan présidentiel, François Patriat ne croit pas en une "campagne électorale dans la sérénité. C'est en contradiction avec l'exigence du moment. On ne peut pas faire campagne en visioconférence" (Public Sénat).

Mais avant le bulletin dans l’urne, il y a la campagne, le temps des rencontres et des échanges. Difficile d’imaginer des meetings avec un nombre limité de participants. « Ce n’est pas le moment fort de la campagne. Dans les meetings, disons-le, il n’y a souvent que des soutiens » selon Gilles Platret.
Pour le candidat LR, il existe d’autres solutions pour toucher les électeurs : les professions de foi dans les boîtes aux lettres, les échanges avec les médias, les réseaux sociaux… « Mais nous n’avons pas tous accès aux mêmes moyens de faire campagne » rétorque Stéphanie Modde. Candidate à la mairie de Dijon au printemps dernier, l’élue EELV garde un mauvais souvenir d’un entre-deux tour quasiment sacrifié à cause des restrictions sanitaires.
 
Les politiques, tout comme les électeurs, ont en mémoire le "fiasco" des élections municipales. En mars 2020, l'abstention avait atteint des records.
Les politiques, tout comme les électeurs, ont en mémoire le "fiasco" des élections municipales. En mars 2020, l'abstention avait atteint des records. © Dalila Iberrakene FTV

Des préoccupations politiques ou sanitaires ?

Les indicateurs de l’évolution du virus seront surveillés de près par le gouvernement. L’Elysée a annoncé la mise en place d’une commission indépendante qui déterminera s’il est judicieux d’organiser les élections régionales en mars prochain. « Il faut se méfier des commissions indépendantes » s’accordent Julien Odoul et Gilles Platret. « Elle est quand même nommée par le pouvoir » ajoute ce dernier. La peur d’une manœuvre politique est dans l’esprit des groupes d’opposition. Déjà balayé aux élections municipales, le parti présidentiel craindrait-il un deuxième épisode en mars prochain ? « LREM n’a pas d’intérêt à se prendre un coup de veste à un an des élections présidentielles » souligne le maire de Chalon-sur-Saône.

Un scrutin reporté de 18 mois après l’élection présidentielle de 2022 a été évoqué, notamment par Marie-Guite Dufay, actuelle présidente du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. « Si elles reviennent en décembre 2022, ça fait un an de plus, c’est tout » confiait-elle à nos confrères de L’Est Républicain. Sur Public Sénat, François Patriat soutient aussi cette possibilité : " Il faut repousser les élections départementales et régionales après la présidentielle, c’est clair. Surtout si le virus est encore là dans un an".
« Législativement, il est de toute façon très difficile de repousser les régionales au-delà du mois de juin » rappelle Stéphanie Modde.

La responsabilité est donc entièrement renvoyée au gouvernement par les élus. En mars 2020, ce dernier décidait de maintenir les élections municipales le dimanche 15 mars juste après le passage en stade 3. Plusieurs personnalités politiques, notamment chez Les Républicains qui soutenaient l'importance du maintien du scrutin, s'étaient finalement rétractés pour manifester leur désapprobation. Ce nouvel épisode électoral s'annonce compliqué, dans un contexte sanitaire incertain et auprès d'un électorat qui n'a plus confiance en son système politique.
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