"Face à mon compte bancaire, j’ai les idées noires", un dispositif d’aide psychologique pour les patrons en crise

La pandémie de Coronavirus a gravement fragilisé la situation de nombreuses PME notamment dans le secteur de la restauration. Ce second confinement plonge certains chefs d'entreprises dans le désarroi jusqu'à penser au suicide. Une cellule d’aide psychologique a été mise en place dans l'Yonne.
Au total, 30 à 40% des restaurants pourraient ne jamais rouvrir, selon les fédérations professionnelles.
Au total, 30 à 40% des restaurants pourraient ne jamais rouvrir, selon les fédérations professionnelles. © Arnaud Journois/Le Parisien/MaxPPP
"Aujourd’hui, les idées noires, moi aussi je les ai. Je les ai mais quand je suis seul. Quand je me retrouve face à mon comte bancaire, j’ai les idées noires." Cédric Milano est restaurateur traiteur.  Depuis 11 ans, il gère le Point gourmand, un restaurant situé dans le centre-ville de Villeneuve-la-Guyard, situé dans le nord de l'Yonne.

Une affaire gérée en famille mais la restauration ne représente que 20% de son activité. "Près de 80% de mon activité, c’est la livraison d’événements tels que les mariages, les banquets et les séminaires. A cause des restrictions sanitaires et l’interdiction des rassemblements, mon chiffre d’affaires est égal à zéro."
 

Je me suis créé une dette de 50 000 euros."

Cédric Milano, restaurateur traiteur à Villeneuve-la-Guyard



En grande difficulté financière, il a dû contracter un prêt de 50 000 euros pour payer les charges fixes et se payer un salaire. "Il y a toutes les charges fixes comme l'électricité, le gaz, le loyer, le crédit. Tout cela s’écluse au fil des jours. Je me suis créé une dette de 50 000 euros."

Si comme beaucoup de ses confrères, le restaurateur icaunais avait repris espoir avec le déconfinement au printemps, cette seconde vague risque de lui être fatale. "Quand on en est sorti, on s’est dit, on est toujours là et on va se relever. Puis le coup de massue parce qu’on savait très bien qu'on ne survivrait pas au second confinement. Il va nous finir."

Autre difficulté qui se rajoute pour Cédric. A cause d'une erreur comptable sur le paiement de la TVA en 2019, depuis le mois de mars, il n'a pas pu toucher le fonds de solidarité de 10 000 euros. "Aujourd’hui, on ne veut pas m’aider, m’accompagner à cause d’une dette de 997 euro".  

Une clause du dispositif du fonds de solidarité à destination des petites entreprises les plus impactées par la crise du Covid-19 impose en effet de certifier être à jour de ses obligations fiscales et sociales au 1er mars 2020.

Le restaurateur a pourtant soldé cette dette rapidement mais rien n'a changé depuis. Aujourd'hui, il demande juste à pouvoir obtenir le fonds de solidarité. Sans quoi, il risque de mettre la clef sous la porte rapidement. 
 

Je risque de perdre mon restaurant, je risque de perdre ma maison, je vais peut-être perdre beaucoup de choses."

Cédric Milano, restaurateur traiteur.



"Ce dont j’ai besoin aujourd’hui, c’est que l’on me donne l’argent du fonds de solidarité auquel j’ai le droit. Il est clair que si je n’arrive pas à trouver un terrain d’entente, je n’y arriverai pas. La situation économique derrière, elle pourrait être catastrophique. Je risque de perdre mon restaurant, je risque de perdre ma maison, je vais peut-être perdre beaucoup de choses." Cédric Milano a d'ailleurs pousser un cri d'alarme sur les réseaux sociaux.
 
Seul soutiens qu'ils le font tenir aujourd'hui, son prêt garanti par l'état même s'il se pose aujourd'hui a question du dépôt de bilan car il faudra bien un jour le rembourser, et le soutien de ses proches et de ses clients. "Des gens m’encouragent à me battre et des clients m’envoient des messages. J’ai plein de motivation derrière moi pour m’aider à tenir le coup."

Une cellule d'écoute et de soutien psychologique pour les patrons en crise


Nombreux comme Cédric sont les chefs d'entreprise qui aujourd'hui sont prêts à mettre la clef sous la porte et fragilisés psychologiquement. Un constat partagé par Emmanuelle Miredin, secrétaire générale de la Confédération des petites et moyennes entreprises dans l'Yonne. "On est vraiment hyper à l’affût de se dire attention, on a vraiment des chefs d’entreprise qui ne communiquent pas beaucoup, surtout quand ils sont en difficulté."

Depuis ce lundi 23 novembre, le tribunal de commerce de l'Yonne a mis en place une cellule d'aide psychologique en lien avec l'Apesa (Aide psychologique aux entrepreneurs en souffrance aiguë). "L’idée de ce dispositif, c’est une prise en charge en amont pour mettre place toute procédure contentieuse d'un côté sur la partie comptable afin de les aider à trouver des solutions avec les créanciers, faire des échéanciers au niveau des impôts", explique Emmanuelle Miredin, "et de l’autre, un accompagnement psychologique. Il y a la prise en charge de 5 séances chez un psychologue spécialisé."
 

Cela contribue à dégonfler la soupape."

Jérôme Mayeul, directeur général de la CCI de l'Yonne.



A la Chambre de commerce et d'industrie de l'Yonne, plusieurs conseillers ont été formés pour la mise en place d'un programme d'appels téléphoniques. "On esasie de faire parler les commerçants sur leur difficultés, leur projet et leur besoin", explique Jérôme Mayeul, directeur général de la CCI de l'Yonne. "Cela contribue énormément à dégonfler la soupape."

Un numéro vert à destination des chefs d'entreprise


En parallèe, pour les aider à faire face à la situation économique exceptionnelle provoquée par la crise sanitaire, le Ministère de l’Economie et des Finances, en s’appuyant sur l’action de l’association APESA a également mis en place un numéro vert (08 05 65 50 50), pour apporter une première écoute et un soutien psychologique à ces chefs d’entreprise en détresse.

"Cette cellule met à disposition un réseau de psychologues sur le territoire. L’objectif est de dégonfler les bulles et au final de passer cette épreuve", précise Jérôme Mayeul. 
   

Un site pour identifier les restaurateurs ouverts


Parmi les dispositifs pour aider et accompagner les restaurateurs en difficultés, la Chambre de commerce et d'industrie a mis en place une plate forme en ligne, Geo'local89. Ce site recense près de 80 restaurateurs du département qui sont ouverts et proposent des systèmes de drive et de livraison à domicile. "On sait très bien que l'on n’a assez peu de chances de les voir ouvrir en mode normal d'ici la fin de l'année. Ils continuent de travailler malgré tout. C'est un outil pérenne que l'on espère aussi court que possible."

Deux établissements sur trois pourraient disparaître


La crise du coronavirus pourrait entrainer la fermeture de deux établissements sur trois dans le secteur de l’hôtellerie-restaurant, selon une enquête réalisée après la mise en œuvre du 2ème confinement en France, par le GNC, le GNI, l’Umih et le SNRTC et publiée le 11 novembre. Pour les restaurants, le mois de décembre représente le troisième mois de l'année en termes de chiffre d'affaires.

Afin d'éviter une hécatombe de dépôts de bilan, la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) a abordé avec Bercy la question du rééchelonnement de la dette des établissements à moyen et long terme ainsi que celle du financement du fonds de commerce.

"On a demandé l’annulation des charges pour certains établissements très touchés", précise Emmanuelle Miredin. "Il va falloir faire un "reset" si on veut faire repartir l’économie car aujourd'hui, beaucoup de restaurateurs se demandent comment ils vont faire pour pouvoir rebondir. Ils vont avoir plus de charges que de chiffre d’affaire."

 
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