Glyphosate : L’INRA de Dijon lance une expérimentation agroécologique pour se passer de pesticides

Expérimentations agroécologiques de la plateforme CA-SYS de l'INRA de Dijon / © I.Brunnarius-France Télévisions
Expérimentations agroécologiques de la plateforme CA-SYS de l'INRA de Dijon / © I.Brunnarius-France Télévisions

Alors que l’Anses vient d’annoncer que 36 produits phytosanitaires à base de glyphosate ne seraient pas réautorisés à partir de fin 2020, l’INRA de Dijon expérimente des systèmes agroécologiques pour s’en passer.

Par Isabelle Brunnarius

Comment les agriculteurs peuvent-ils changer leurs pratiques,  pour assurer la transition vers l'agroécologie ou pour se passer de glyphosate ? C'est pour répondre à ce défi que l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) de Dijon a lancé, il y a un an et demie, une plateforme expérimentale pour tenter de trouver des solutions et prendre les risques à la place des agriculteurs.

Le 20 novembre dernier, cette expérimentation a été présentée aux agriculteurs, aux professionnels et aux chercheurs venus de toute la France qui ont participé à l'élaboration de ce projet.
 

Avec Mathieu Barraux. Agriculteur à Annoire (Jura). Stéphane Cordeau, chercheur INRA, animateur plateforme CA-SYS. Philippe Koehl , coopérative Interval Violaine Deytieux, ingénieur de recherche INRA animateur plateforme CA-SYS. Pascal Farcy, Technicien de recherche INRA. Images de drones : INRA Bourgogne-Franche-Comté : Rodolphe Hugard et Guillaume Poussou.
Un reportage de I.Brunnarius, L.Brocard, S.Linozzi, M.Bensmaïl


La ferme expérimentale de l’INRA de Dijon est la première plateforme de l’organisme de recherche à avoir converti l’ensemble de ses parcelles, soit 125 hectares, selon les principes de l’agroécologie, sans phytosanitaires, avec ou sans labour.

Avec la présentation de ce projet, on comprend qu’avec l’agriculture, la dimension du temps est tout autre que celle des décisions politiques.


« On a mis du temps à construire ce projet, reconnaît Stéphane Cordeau, chercheur INRA et animateur de la plateforme CA-SYS. La réflexion a commencé en 2013. Il s’agit de repenser complétement un paysage, des pratiques et un parc matériel ».


Des haies et des arbres ont été plantées, des bandes enherbées et fleuries ont été semées pour étudier la régulation biologique. Ou comment un système "inspiré de la nature" peut remplacer certains pesticides.

Fini le temps du copier-coller des recettes de l’industrie agro-chimique. L’INRA ne délivre plus de prêt à penser aux chambres d’agricultures ou aux agriculteurs. Le métier est devenu complexe et il s’agit désormais de livrer des analyses qui permettent ensuite aux professionnels de les interpréter puis de les adapter à leurs propres systèmes agricoles. C’est une aide à la décision.

Une des innovations de ce projet est d’associer les professionnels au projet. C’est ce qu’on appelle la science "collaborative ou participative". L’INRA observe également ce qui se passe dans des exploitations. Sur certaines parcelles de Mathieu Barraux, un agriculteur installé au sud de Dole, les chercheurs viennent par exemple observer comment des insectes peuvent réguler les mauvaises herbes ou ravageurs.

L’autre particularité est d’associer deux types d’essais différents. Dans les quatre systèmes agroécologiques testés, il y aura aussi des études menées quand on change certains facteurs.

Ce sont des essais dits « système » qui expérimente sur le long-terme une combinaison de pratiques agroécologiques, et des essais dits « factoriel », ne testant que certaines combinaisons « toutes choses égales par ailleurs ». L’originalité de CA-SYS c’est d’imbriquer dans les mêmes parcelles ces deux types d’essais.
 

précise Stéphane Cordeau.

Le principal enjeu de cette expérimentation est d’aider des agriculteurs à sortir d’une impasse. En France, comme dans le monde, de plus en plus d’agriculteurs choisissent de ne plus labourer. Certains même ont abandonné tout travail du sol. Ils sèment directement. Cette agriculture dite de conservation des sols favorise la "biodiversité" des sols.
Fini les champs nus, ils sont couverts par des espèces végétales qui, après avoir gelées, laissent la place à la culture qui sera récoltée. L’agriculteur change également régulièrement de cultures et la terre s’enrichit naturellement. Ces techniques appelées « semis direct sous couvert » ne concerneraient, selon un article de nos confères du Monde "dans sa forme la plus aboutie, que 2 % des agriculteurs et 4 % de la surface des grandes cultures". 

Mais, ces systèmes en « semis-direct permanent » sont « aujourd’hui dans l’impasse technique si on souhaite les conduire sans pesticides, et notamment sans glyphosate » explique l’INRA. L’objectif de cette expérimentation à grande échelle est donc de prendre des risques à la place des agriculteurs en "testant deux systèmes sans labour et sans glyphosate, l’un en semis-direct permanent, l’autre autorisant cette fois-ci, un unique léger travail de la terre avant de semer." précise Stéphane Cordeau.

Il faudra attendre plusieurs années "pour voir les pleins effets de ces pratiques, mais pas pour engager la discussion sur des pistes d’actions avec des agriculteurs. Les systèmes testés prévoient des rotations de cultures pendant six ou douze ans, mais toutes les cultures sont présentes chaque année" affirme l'INRA.

Chaque année, les chercheurs de l’INRA ont prévu de faire le point sur leurs résultats pour permettre aux agriculteurs d’intégrer au plus vite cette transition agroécologique. L'expérimentation de l'INRA sera utile, elle risque d'être cependant en décalage avec les calendriers de la société civile et celui du gouvernement. Le Premier Ministre, Edouard Philippe, a annoncé l’abandon des principaux usages du glyphosate au 1er janvier 2021, et de tous ses usages au 1er janvier 2023.

Il faudra attendre plusieurs années

Et, cette semaine, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)  vient d'annoncer que 36 produits phytosanitaires à base de glyphosate ne pourront plus être utilisés en France à compter de fin 2020. L’Anses précise que quatre autres produits contenant cette molécule herbicide n'ont pas eu leur autorisation de mise sur le marché, "les données fournies par les industriels ne permettant pas de statuer sur leur éventuelle génotoxicité".

 

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