Grand débat national à Étang-sur-Arroux : un an après, que retiennent les participants ?

En février 2019, Emmanuel Macron foulait les terres du Morvan pour son Grand débat national. Pendant quatre heures, il a discuté avec les jeunes de la région. Certains ont osé interpeller le Président de la République. Un an après, que sont devenus les visages de ce débat ?

Par Antoine Marquet

On se rappelle très bien de l’effervescence autour de la venue du président de la République à Etang-sur-Arroux le jeudi 7 février 2019. Les caméras et les journalistes s’entassent dans le gymnase de la commune. Les jeunes lycéens, venus de l’EPIDE, du lycée forestier ou encore du lycée des métiers des arts de Cluny, prennent place petit à petit dans l’arène où Emmanuel Macron, accompagné de quelques ministres, devra faire ses preuves face à une assemblée qui ne lui fera pas de cadeaux.

Quatre heures durant, les manches retroussées, Emmanuel Macron trouvera réponse à chacune des questions posées par son auditoire. Plus que des interrogations émises par une jeunesse inquiète et parfois, en colère, ce sont de sincères témoignages auxquels s’est confronté le président de la République

Il y a d’abord eu Estelle. Elle qui a demandé à Emmanuel Macron de faire quelque chose pour ne plus que le mot “autiste” soit utilisé comme une moquerie, comme avait pu le faire François Fillon. La salle l’applaudit et le président de la République la remercie pour son intervention. Ils s’échangeront encore quelques mots, sur un bout de papier pendant la séance. Très sollicitée par les médias sur son engagement pour l’autisme, Estelle a répondu qu’elle était elle-même atteinte de troubles autistiques. Aujourd’hui, elle est toujours en cours de diagnostic.
 
Grand débat national à Étang-sur-Arroux : un an après, que retiennent les participants ?

Jointe par téléphone, la jeune femme a posé ses valises en Nouvelle-Aquitaine, à Bergerac, où elle suit une formation de moniteur-éducateur. “Le grand débat m’a permis de m’entraîner à l’oral.” Avait-elle un jour imaginé répéter son oral d’admission devant des centaines de personnes et surtout, devant le président de la République ?

Estelle est heureuse d’avoir quitté le berceau familial. “C’est une grande avancée d’être autonome et indépendante”. Quand on lui demande ce qu’elle retient de son intervention au Grand débat à Etang-sur-Arroux, Estelle avoue qu’elle n’a jamais visionné son passage. “Je revis toutes les émotions et toute la scène. Je n’ai pas besoin de la revoir.

La jeune femme ne parle d’ailleurs pas de “débat”. Pour elle, ce n’était qu’une succession de questions, sans réelle discussion derrière. Ce qu’elle souhaite aujourd’hui et ce qu’elle désirait déjà il y a un an, c’est que les hommes et femmes politiques discutent “vraiment” avec les citoyens. Estelle pointe du doigt un cloisonnementdes gens et c’est ça qui nous distance les uns des autres.” 

Motivée par ce souhait, Estelle a donné une lettre à Emmanuel Macron le 14 mai 2019, alors qu’elle se rendait avec d’autres élèves de l’EPIDE à Paris, pour planter un arbre dans les jardins de l’Elysée. Une lettre dans laquelle elle évoque cette “trop grande distance” entre les gens d’en haut et les autres. Lettre restée à ce jour, sans réponse…
 
Les réactions d'Estelle Ferrandès au lendemain de son intervention au cours du Grand Débat du 7 février

“Ça m’a aussi permis de me libérer et de parler plus facilement”

Un autre pour qui le quotidien a changé, c’est Clément. Il a 19 ans et est en première année de BTS Chaudronnerie lorsqu’il témoigne face à Emmanuel Macron en février 2019. C'est ému qu'il prend la parole. Il parle de son handicap : la dyslexie. Le coup de projecteur médiatique est sans précédent et lui vaut d’être appelé par de nombreuses entreprises. Mais pas que. Il reçoit des dizaines de témoignages et de remerciements sur ses réseaux sociaux de parents mais aussi d’enfants dyslexiques qui lui demandent ses “astuces pour surmonter la dyslexie au quotidien.” 

Tout comme Estelle, le Grand débat national a été un bon entraînement pour Clément. Une façon de se préparer à ses examens. Actuellement en deuxième année de BTS, il est à la recherche d'une alternance en contrôle non-destructif et compte bien, une fois de plus, surpasser sa dyslexie.
 
© France 2
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“Aujourd'hui, les touristes s'arrêtent à Etang-sur-Arroux”

“Ça n’a pas changé grand chose… Si ce n’est que maintenant Etang-sur-Arroux est connu !”, plaisante Dominique Commeau, maire de la commune qui a accueilli le Grand débat national le 7 février 2019. Il l’assure, les Français savent maintenant placer Etang-sur-Arroux sur une carte.  Mais au-delà de la popularité naissante de la ville, le Grand débat ne semble avoir rien bousculé… “La vie des habitants n’a pas changé.” 
 
Cette plaque a été installée à Étang-sur-Arroux après la venue d'Emmanuel Macron pour le Grand débat national en février 2019. / © Mairie d'Étang-sur-Arroux
Cette plaque a été installée à Étang-sur-Arroux après la venue d'Emmanuel Macron pour le Grand débat national en février 2019. / © Mairie d'Étang-sur-Arroux


Mais est-ce que son exercice de maire a changé depuis la venue du président de la République ? Négatif. Dominique Commeau a pu s’entretenir avec Emmanuel Macron lors de sa venue. “Je pense qu’il écoute quand même ce qu’on lui dit.” Le maire d’Etang-sur-Arroux a alors parlé au chef de l’Etat de la menace de fermeture de la gare de la commune. Aujourd’hui, cette gare existe toujours, mais de là à dire que c’est grâce à Emmanuel Macron, Dominique Commeau ne s’y risquerait pas. 

Si c’était à refaire, Dominique Commeau le referait sans hésiter. “Mais ils devraient nous prévenir avant. L’année dernière, on a eu l’info seulement 8 jours avant.” Et si Emmanuel Macron revenait à Etang-sur-Arroux, que lui dirait le maire ? “Qu’il discute un peu plus avec les gens qui sont dans la rue aujourd’hui. Il faut sortir de cette crise.
 

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