"Encore faut-il les planter correctement" : comment prendre soin des arbres en ville pour qu'ils nous protègent et nous rafraichissent

Certaines communes s'engagent dans l'aménagement d'espaces verts pour lutter contre les îlots de chaleur. Des programmes fleurissent ces dernières années dans les cours d'école et places publiques. Pourquoi et comment végétaliser les milieux urbains ? Réponse avec un expert en arboriculture.

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Une petite révolution végétale est en cours sur la commune de Lure (Haute-Saône). La Ville veut végétaliser ses cours d'école pour améliorer le cadre de vie des enfants et rafraîchir ces espaces.

Nous souhaitions apporter de l’humidité et absorber ces îlots de chaleur, on a travaillé avec quelques contraintes : il fallait laisser de l’espace pour les activités sportives dans la cour notamment et puis c'est un bâtiment classé

Pascal Gavazzi, adjoint transition écologique et espaces verts de Lure

À l'école élémentaire du centre, Place de la Libération, six érables champêtres et des dizaines de vivaces ont verdi la cour. Plusieurs variétés de sedum, espèces résistantes au gel comme aux fortes chaleurs ont pris place au pied des arbres plantés durant l'hiver 2022-23. Coût des travaux : 20.000 euros, financés en partie par un mécène privé.

D'après le sixième rapport du GIEC, (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), publié en mars 2023, la hausse des températures moyennes atteindra + 1,5 °C d'ici 2030. Entre vagues de chaleur et périodes de sécheresse, la Franche-Comté ne sera pas épargnée pas ces bouleversements climatiques. Dans ce contexte, le phénomène des îlots de chaleur urbains, c'est-à-dire "l'élévation des températures de l'air et de surface des centres-villes par rapport aux périphéries, tout particulièrement la nuit", sera de plus en plus prégnant.

Un phénomène que les habitants de Lure et à plus grande échelle de Besançon mesurent déjà. Entièrement rénovée en 2005, la place de la Révolution est devenue presque totalement minérale. Les urbanistes défendaient alors l'idée d'une ouverture des espaces. Une vision aujourd'hui indéfendable face au réchauffement climatique. Sur cette place de 9.000 m 2 , située au cœur de la ville , "l es habitants, les gens de passage, la traversent, mais ne s’y arrêtent plus en raison des chaleurs qui y sont enregistrées", explique Fabienne Brauchli, adjointe à la mairie de Besançon, chargée de la transition écologique.

Donner les meilleures chances de vivre à ces arbres 

La végétalisation est une des solutions d'adaptation. " D ès lors qu’on a une ombre projetée par les arbres, on va passer de 55 °C au niveau du sol sur une surface en enrobé en plein soleil, à 35 °C, et sous la frondaison des arbres, à hauteur d’homme on va descendre jusqu'à 28-30 °C", détaille Tristan Kraft, expert en arboriculture.

Oui plantons des arbres, encore faut-il les planter correctement et être capable de se projeter vers l’avenir

Tristan Kraft, expert en arboriculture

Un rafraîchissement considérable qui s'explique principalement par le phénomène d'évapotranspiration. "Un arbre adulte, c’est en moyenne 400 à 450 litres par jour absorbés dans le sol, dont 80 à 90 % vont être évaporés dans l’air, ce qui va contribuer à rafraîchir et faire baisser la température", poursuit Tristan Kraft. Alors, pour que les arbres puissent remplir ce rôle de rafraichissement, 

Pour rendre la Place de la Révolution plus vivable, 41 arbres d'une vingtaine d'espèces différentes vont y être plantés entre décembre et mars 2024 : différentes variétés de tilleuls, d'érables, mais aussi des arbres plus atypiques amenant floraison et couleurs. Les services des espaces verts ont réinterprété le jardin réalisé pour l'exposition universelle de 1850. "À terme, quand le végétal se sera développé, on sera à l’ombre des arbres sur près de 70 % de la superficie de la place", se réjouit Jean Kessedjian, chef du Service Études, Environnement et Paysage.

Plusieurs fosses sont déjà creusées sur 1,40 mètre de profondeur. Pour l'heure, le terrain est occupé par les archéologues qui y réalisent des fouilles. Par la suite, un mélange terres/pierres, de cailloux et de terre végétale sera mis en place sur une surface de 30 m 3 , par fosse, "une surface suffisante pour assurer une bonne exploration racinaire et permettre de circuler au pied des arbres sans risquer de compacter le sol".

En effet, pour assurer la croissance des arbres dans de bonnes conditions, l’environnement dans lequel ils sont plantés est déterminant, confirme Tristan Kraft. "Tout ce travail, de préparation, de décompaction des sols et parfois d’enrichissement est essentiel", poursuit-il. Dans les centres-villes, les sous-sols ont été remaniés durant des décennies et sont hyper encombrés, entre les réseaux enterrés, gravats et cailloux, autant de matériaux impropres au développement du système racinaire.

Besançon : 1.000 arbres plantés chaque année pendant six ans

Avec 204 m² par habitant d'espaces verts et 240 hectares de parcs et jardins urbains, Besançon concentre aussi ses efforts sur la préservation de ce grand patrimoine arboré. La Ville va consacrer au total six millions d'euros sur la totalité du mandat municipal d'Anne Vignot, maire écologiste. "Depuis 4 ans, nous replantons un millier d’arbres par an pour essayer de compenser les pertes accélérées par le changement climatique", précise Jean Kessedjian, chef du Service Études, Environnement et Paysage.

Désimperméabliser les espaces urbains contribuent à les rafraîchir. Sur des sols urbains, imperméables, 80 % des eaux de pluie ruissellent et finissent dans les réseaux, les stations d’épuration et les rivières.

"En revanche, dans un sol végétalisé, on inverse totalement la proportion, 60 à 70 % des eaux pluviales s’infiltrent".

Oublier certaines variétés locales

Si les arbres rendent gratuitement de nombreux services écosystémiques, encore faut-il qu'ils arrivent à maturité. Aujourd’hui, les professionnels de l'arboriculture se demandent si tous ces arbres plantés atteindront leur taille adulte, c'est-à-dire 30 à 40 m de haut. "Les conditions dans lesquelles ils sont plantés aujourd’hui sont beaucoup plus contraignantes qu'il y a un siècle", déplore Tristan Kraft. "On sait qu’il y a certaines essences locales qu'on ne plantera plus, on peut citer le hêtre qui ne supporte absolument plus les sécheresses que l’on connaît depuis quelques années, ou encore le bouleau".

La diversification des essences est une autre réponse. "On peut se tourner vers de nouvelles essences exotiques venant de la côté Ouest des États-Unis, ou proche du Mexique, suffisamment rustique pour supporter les hivers de notre région et résistent en même temps à la sécheresse". Besançon privilégie des végétaux qu'on retrouve en France plus au sud et dans des milieux de moyenne montagne. Outre la diversification, il faut aussi veiller "à ce que l’ensemble des espèces évoluent en même temps au risque de créer des concurrences délétères entre les individus". 

Préserver son patrimoine arboré

À Lure, une deuxième phase est prévue cet hiver et permettra de renaturer l'école maternelle voisine la Halle et désimperméabiliser la place adjacente. Ce projet également pédagogique a été mené par les agents du service des espaces verts avec les écoliers. Les enfants ont pu participer au choix des végétaux et aux plantations.

Si l'atmosphère ne s'est pas rafraîchie dans l'immédiat, le climat scolaire, lui, a déjà évolué. "Il y a quelques années, il fallait couper les arbres, car ils étaient génânts, les espèces mellifères attiraient des insectes piquant les enfants ou dont les fruits pouvaient tâcher, aujourd’hui, il n'y a plus du tout cet état d’esprit là, les parents sont plutôt heureux de voir leurs enfants évoluer dans un environnement où il y a de la végétation", explique Karine Guillerey, adjointe chargée de l’éducation.

"On a eu cette tendance facilement à se dire : mon arbre n’est pas très chouette, je l’abats et j’en replante un, il faut sortir de cette logique et essayer de préserver ce que l’on a, car il sera à l'avenir très difficile de le remplacer", conclut Tristan Kraft.