Témoignage. ”Je ne me voyais plus vivre” : un bout du placenta oublié dans l'utérus, cette jeune maman a frôlé la mort

Camille, une jeune femme de Haute-Saône a déposé plainte en avril 2023 contre l'hôpital de Remiremont, dans les Vosges. Une 11ᵉ plainte contre cet établissement. Elle raconte.

Elle a repris le travail. Son bébé, une petite puce, a bien grandi. Mais cette maman a besoin de savoir, savoir pourquoi elle a failli perdre la vie fin 2022. Elle s’est confiée à Laurence Duvoid, journaliste à France 3 Lorraine.

Le 5 novembre 2022, Camille, qui réside dans le nord de la Haute-Saône, accouche d’une petite fille. Une première naissance pour ce couple, empreinte de bonheur. La maternité est à 30 minutes de route. L’accouchement s’est bien passé. Quand Camille demande à voir son placenta, on lui répond qu'il a déjà été jeté.

Au fil des jours, la jeune maman souffre de douleurs et saignements

Elle consulte à nouveau à l'hôpital de Remiremont. Diagnostic : une endométrite, une inflammation qui touche la muqueuse à l’intérieur de l’utérus. L'hôpital la prend en charge et la laisse rentrer chez elle.

Alors que le bébé n’a que sept semaines, la famille prend la direction du sud de la France pour fêter Noël. La santé de Camille va basculer, elle fait une hémorragie massive. “En plein repas de famille, j’avais des douleurs, je me lève et j’ai perdu une flaque de sang. On a appelé les pompiers qui m'ont dit d’aller à l'hôpital. Là, ils ont estimé que j’avais perdu au moins 2,8 litres de sang” raconte la jeune femme. Prise en charge très vite au bloc de l'hôpital d’Avignon, Camille revient de loin. “Ils m’ont dit que s’il n’y avait pas eu de place au bloc tout de suite, j’aurai fait un choc septique, et que je ne serai plus là”. L’hémorragie a été causée par la présence du morceau de placenta de plus de 2 centimètres, conclut le rapport de l'hôpital d’Avignon.

La délivrance du placenta, un moment crucial dans l’accouchement

10 à 15 minutes après la naissance d’un bébé intervient la délivrance, appelée aussi expulsion du placenta. Une phase dont la plupart des mamans n’ont aucun souvenir, lorsqu’elles sont sous péridurale.

Les sages-femmes veillent à ce moment particulier. Le placenta doit être expulsé dans sa globalité. La sage-femme doit inspecter le placenta afin de vérifier qu'il est complet. Il est composé de petits lobes rouges - les cotylédons - qui sont accrochés à l'utérus pendant la grossesse, et assurent les échanges vasculaires entre la mère et l'enfant. Si l’un de ces lobes reste en place dans l’utérus, il y a un risque d'hémorragie.

“Être entendue et que les torts de la sage-femme soient punis”

Après son hospitalisation, Camille a décidé de déposer plainte. Cette hémorragie a été difficile à surmonter. “J’ai eu très peur ce jour-là, je ne voyais plus vivre, plus continuer ma vie avec ma fille et mon mari. Ça a été un moment horrible, en plus en plein repas de famille” confie-t-elle aujourd’hui.

Son avocate Me Nancy Risacher s’interroge sur la façon dont s’est déroulé l’accouchement à la maternité de Remiremont. “Quand on sait qu’il y a un protocole à la naissance avec une reconstruction du placenta, est-ce que cela a été fait ? Est-ce que ça a été fait, mais mal fait ? Ou pas fait du tout ?” s’interroge l’avocate basée à Épinal.

Si cette maman, n’avait pas été prise en charge dans les 20 minutes par l'hôpital d’Avignon, elle n’aurait jamais vu grandir cette petite fille.

Me Nancy Risacher, avocate

Après sa plainte, Camille attend maintenant des réponses. Elle n’a pas vraiment eu d’excuses de la part de l'hôpital de Remiremont. “La seule chose que je veux, c’est être entendue, et que les torts de la sage-femme soient punis. Je ne sais même pas si elle est au courant de l’erreur qu’elle a faite” confie la jeune maman. Que cela ne se reproduise pas.

“11 plaintes contre l'hôpital de Remiremont, ça commence à faire beaucoup”

Nancy Risacher, avocate de la jeune mère de famille de Haute-Saône, est actuellement en charge de 10 dossiers, 10 plaintes déposées depuis juin 2022 contre l'hôpital de Remiremont.

Entre juillet 2020 et juillet 2022, trois patientes y sont mortes, elles étaient âgées de 59, 67 et 78 ans. Deux d’entre elles étaient venues à l’hôpital pour une fracture du fémur, la seconde pour une pancréatite aiguë.

"Ça n’arrête pas, j’ai encore une plainte en cours d’instruction dans mon cabinet. Je ne dépose pas de plaintes pour faire le buzz. On vérifie les dossiers avec deux médecins… Mais on ne peut pas continuer à avoir des plaignants en nombre avec des dossiers édifiants. Les éléments qu’on a dans les dossiers sont véritablement glaçants” détaille l’avocate.

L’avocate sait que l’ARS, l’agence régionale de santé du Grand Est, a mené une enquête interne. Elle sait aussi que l’enquête judiciaire est en cours, qu’elle pourrait être longue. Me Nancy Risacher aimerait aujourd’hui savoir ce qui a été mis en place en interne dans cet hôpital pour éviter de nouveaux incidents, pouvant mettre en danger la vie des patients.

Contactée par France 3, la direction de l'hôpital de Remiremont n’a pas souhaité communiquer sur ce dossier ce 9 juin.

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