Premier cas de pseudo-rage en Franche-Comté, un chien de chasse meurt de la maladie d'Aujeszki, transmise par les sangliers

Un chien de chasse a succombé 13 décembre 2023 après avoir contracté la maladie d'Aujeszki , aussi appelée "pseudo-rage", à Luxeuil-les-Bains (Haute-Saône). Les analyses l'ont confirmé. C'est le premier cas avéré dans la région. Mais la maladie n'est pas transmissible à l'homme.

"La chienne se grattait sans arrêt l'œil avec sa patte arrière et on a été obligé de l'endormir pour éviter l'automutilation", se souvient Alice Jannot. Vétérinaire à Pirey (Doubs), c'est elle qui a examiné l'animal très mal en point, amené par un client de la clinique, ce 13 décembre 2023. Elle aussi qui a posé le diagnostic.

La chienne est arrivée avec des démangaisons intenses qui ne passaient pas avec les traitements habituels et elle est décédée moins de deux heures après. C'est la première fois que je vois cela, c'est une maladie très rare mais les symptômes sont très spécifiques.

Alice Jannot, vétérinaire à Pirey (Doubs)

Avec son maître, le chien de chasse avait également participé à une battue cinq jours auparavant dans le secteur de Luxeuil-les-Bains (Haute-Saône), ce qui a très vite permis à la vétérinaire d'identifier cette fameuse maladie d'Aujeszki.

Les analyses effectuées après sa mort sur le corps de l'animal, dans le laboratoire de la Direction départementale de l’emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations du Doubs (DDETSPP 25), puis dans le laboratoire de référence pour la maladie d'Aujeszky situé à Ploufagran (Côtes d'Armor), l'ont désormais confirmé.

"Il y a tout un protocole et ce sont des analyses qui prennent plusieurs semaines", précise Alice Jannot. Même si des cas avaient déjà été signalés en 2022 en région parisienne, en Haute-Marne, dans la Meuse ou encore dans les Vosges, c'est le premier cas avéré en Franche-Comté.

Virus transmis par les sangliers

Découverte par un vétérinaire hongrois en 1902, la maladie d'Aujeszky est une maladie virale qui touche principalement les porcs et les sangliers. Beaucoup plus rarement les bovins, les petits ruminants, les chats, les chiens ou les rongeurs. Chez ces autres mammifères, elle se caractérise par une infection du système nerveux qui leur est fatale Mais elle est sans danger pour l'homme.

"La maladie se transmet par ingestion", rappelle Alice Jannot. Ce qui rend plus vulnérables encore les chiens de chasse. L’incubation est courte, de deux à cinq jours. Chez le chien, les premiers signes sont des modifications soudaines du comportement. L'animal est abattu, inquiet, agressif, comme s'il était atteint de la rage, d'où le nom de "pseudo-rage" donné à cette maladie. L'affection provoque de sévères démangeaisons au niveau de la tête qui vont souvent jusqu’à l’automutilation. S'ensuit une paralysie du pharynx et d'autres parties du corps, avant un décès rapide dans les 48 heures.

Vigilance dans le département

Tous les départements français sont actuellement officiellement indemnes de maladie d’Aujeszky dans la filière porcine, où les contrôles sont réguliers. Les sangliers, en revanche, sont encore porteurs du virus. "On voit que la maladie circule aussi dans la région", admet Alice Jannot. Et on n'est pas à l'abri qu'il y ait d'autres cas."

En Haute-Saône, les services de l'Etat, interrogés par France 3 Franche-Comté, appellent aujourd'hui les propriétaires d'élevages porcins à la vigilance. 

Chaque éleveur du département doit absolument veiller à la protection sanitaire de ses porcs. Il faut impérativement renforcer la biosécurité des élevages pour éviter tout contact avec les animaux de la faune sauvage qui peuvent facilement leur transmettre le virus.

Edwige Fleutiaux, cheffe de service de protection des animaux à la DDETSPP 70.

Aucune campagne de vaccination n'est néanmoins prévue pour les chiens de chasse car "il n'existe aucun vaccin aujourd'hui ayant une autorisation de mise sur le marché avec le chien pour espèce cible, rappelle Edwige Fleutiaux. Il n'existe aucun traitement non plus. La maladie est "létale à 100% pour le chien". Les propriétaires de chiens de chasse sont donc invités à signaler tout comportement suspect chez leur animal et à consulter un vétérinaire au plus vite.

Enfin, la plus grande discipline est demandée aux chasseurs concernant la gestion de leurs déchets de chasse et de venaison, pour éviter tout risque de contamination.

Les chasseurs alertés

De son côté, la Fédération des chasseurs de Haute-Saône a d'ailleurs alerté tous ses adhérents et publié ce jeudi 18 janvier 2024 une note d’information, détaillant toutes les mesures de précaution à prendre.

"Même si c'est compliqué pour un chien de chasse, il faut éviter qu'ils mordent les sangliers ou qu'ils lèchent du sang, indique Alice Jannot. Il faut surtout éviter d'éviscérer le gibier dans la forêt et de donner à manger aux chiens des abats ou de la viande crue."

Sans pour autant céder à la psychose. Les contaminations restent aujourd'hui peu fréquentes et il n'y a pas de risques pour les animaux de compagnie qui se promèneraient en forêt.