Procès de Jonathann Daval : "Tu ne l'entendras plus, tu as gagné", la mère de la victime et l'accusé se répondent

Le procès de Jonathann Daval anime Vesoul depuis le 16 novembre. Après un échange poignant entre Isabelle Fouillot et l'accusé, la famille de Jonathann a été interrogée. Les plaidoiries des parties civiles ont quant à elles été tranchantes. Récit.
Isabelle Fouillot s'adresse à Jonathann Daval.
Isabelle Fouillot s'adresse à Jonathann Daval. © Valentin Pasquier - France 3 Franche-Comté
▶︎ Suivez les temps forts de la dernière journée d'audience avec l'annonce du verdict, dans cet article.
L'audience du jeudi 19 novembre s'est terminée tard, sur les déclarations d'amis du couple Daval, juste après l'interrogatoire laborieux de l'accusé succédant aux avis des experts psychologue et psychiatres. Ce vendredi 20 novembre, le verdict était normalement attendu, mais il interviendra finalement samedi "dans l'après-midi ou dans la soirée".

La mère de Jonathann Daval a expliqué devant le tribunal aux journalistes : "Je suis maman et je serai toujours présente pour lui. On ne met pas un enfant au monde pour l'abandonner, même si ce qu'il a fait on ne l'excuse pas. Il a dit ce qu'il a à dire. Il a du mal à causer c'est sûr, mais il a avoué, donc c'est lui."

La mère de l'accusé doit témoigner ce vendredi à la barre, ainsi que Stéphanie la soeur de Jonathann Daval. Pour elle,"c'est une journée comme une autre. Je vais être auditionnée mais... on verra au fur et à mesure des questions."

"Mais vous pouviez en discuter !!"

La journée débute, avec 30 minutes de retard, par la projection d'un extrait de la confrontation entre la mère d'Alexia Daval et son ex-gendre. C'est le moment où Jonathann Daval avoue à nouveau être l'auteur du meurtre de sa femme, le 7 décembre 2018. 
Un extrait de vidéo de la confrontation diffusée au procès de Jonathann Daval.
Un extrait de vidéo de la confrontation diffusée au procès de Jonathann Daval. © Valentin Pasquier - France 3 Franche-Comté
On y voit le jeune homme agenouillé, aux pieds d’Isabelle Fouillot, sa belle-mère qui s’est levée. Elle se redresse et le serre. "C'est bien, tu vas pouvoir te reconstruire" dit-elle. Isabelle Fouillot lui dit : "On pourra te pardonner Jonathann. C’est quoi le déclencheur ?" "Une crise", dit-il à ce moment-là, en sanglotant. "Mais vous pouviez en discuter !!" Non, fait-il de la tête. 

"Je n’arrive pas à comprendre pourquoi on en est arrivé là. Explique-moi, s'il te plait" dit Isabelle Fouillot dans l'enregistrement. "Va chercher au plus profond de toi Jonathann (elle monte la voix). Tu as pris un mensonge de joggeuse !!!" insiste-t-elle, face à l'accusé, en pleurs. Dans la salle d'assises, la scène se rejoue, en direct cette fois-ci. Isabelle Fouillot, à la barre, s'adresse à l'accusé dans son box. "Pourquoi tu as fait ça Jonathann ?". "Je voulais encore fuir" répond-il à sa belle-mère, qu'il appelait "maman". "Un être raisonné reprend ses esprits ! La seule hypothèse c’est qu’elle voulait s’en aller Jonathann" dit la mère de la victime.

"Non. Je n’y crois pas", répond-t-il à Isabelle Fouillot, avec qui il converse comme s'ils étaient seuls dans cette salle d'assises. "Mais tout est ressorti en moi !" dit Jonathann Daval. Elle le regarde, il baisse les yeux. L'échange entre la mère de la victime et l'accusé est poignant. Isabelle Fouillot finit par lui demander :"Est-ce que tu as quelque chose à me dire, car je vois qu'on ne peut pas avancer ?" "Je suis désolé pour tout. Je peux rien dire de plus" termine Jonathann Daval. 

Je te souhaite un bon séjour en prison. Adieu.

Isabelle Fouillot, mère de la victime

"Mr Daval, vous avez compris que la famille d’Alexia attend une vérité que vous n’êtes pas capable de lui donner puisque ce n'est pas votre vérité" dit Randall Schwerdorffer, avocat de l'accusé.

Des pièces à conviction sont ensuite montrées au jury de 6 personnes, dont 5 femmes. Le short, les lunettes de la victime ou encore un briquet, avant que l'audience ne soit levée pour quelques minutes. 

Le témoin Christelle Chapusot est appelée à la barre. Elle est l'une des collègues de Jonathann, informaticien dans une société installée à Gray. Elle dit n'avoir jamais vu Jonathann Daval en colère sur son lieu de travail : "En dix ans, je ne l'ai jamais vu élever la voix ou être agacé par des clients. Jamais."

A 12h, c'est au tour de la soeur de l'accusé, Stéphanie Daval, de se positionner face au président Matthieu Husson. "Jonathann venait fréquemment me voir, avant quand j'habitais à Gray. Son travail était en dessous de mon appartement. Il passait faire une pause, manger ou boire un café. Et quand on habitait dans la même rue, il venait encore plus fréquemment manger ou se reposer" dit la soeur de l'accusé, admettant qu'elle n'était pas au courant des soucis du couple pour avoir un enfant, ni même de la grossesse de sa belle-soeur tout en disant qu'elle et son frère sont "proches". Le couple ne s'est jamais rendu chez la soeur de l'accusé ensemble.

"Non, non on ne divorce pas"

Le témoin parle d'un sms, reçu en mai 2017, par son frère. Selon les dires de Stéphanie Daval, c'est Alexia qui écrit à son mari alors qu'il est chez elle : "Je peux prendre le taille haie et l'utiliser contre moi." 
Martine Henry, la mère de Jonathann Daval, est interrogée ce vendredi 20 novembre 2020 au procès de son fils.
Martine Henry, la mère de Jonathann Daval, est interrogée ce vendredi 20 novembre 2020 au procès de son fils. © Valentin Pasquier - France 3 Franche-Comté

Martine Henry, mère de Jonathann Daval, s'avance en fauteuil à la barre. "J'avais vu que quelque chose n'allait pas. Des fois, il venait le soir. Il disait qu'il voulait se reposer pendant qu'Alexia s'endort pour rentrer après" dit la mère de l'accusé. Un jour, elle explique avoir demandé à son fils s'il avait l'intention de divorcer. "Non, non on ne divorce pas" lui aurait répondu Jonathann.

La belle-mère d'Alexia rapporte des propos qu'elle juge "violents" de la part de la victime avec qui elle n'entretenait pas de bons rapports. "Une fois pour la grayloise, on était allé chercher notre brassard. Et j'ai dit 'Qu'est-ce qu'on en fait de ça ?' Et elle m'a répondu 'Vous vous le mettez dans le cul'."

Incident entre les avocats des différentes parties après une question de l'une des avocates de la famille Fouillot, souhaitant montrer une pièce non portée au dossier et interroger le témoin Martine Henry, au sujet de ce "dessin humoristique" qu'elle a partagé sur son compte Facebook le 31 octobre 2017, quelques jours après la mort d'Alexia. Le président refuse que cette pièce soit versée au dossier, car elle n'a pas d'intérêt à son sens. 

"Qu'ils ne ressortent pas ces saloperies"

"C'est bien fait pour leur gueule" rapporte Me Portejoie rappelant à la mère de l'accusé des propos qu'elle a tenu au moment où elle apprend que la famille Fouillot est soupçonnée, après les mensonges de l'accusé concernant le complot. Cédric Daval, frère de l'accusé, aurait dit alors : "Putain, pourvu qu'ils ne ressortent pas ces saloperies."

"Vous vous souvenez d'avoir dit ça ?" demande Me Portejoie à la maman de Jonathann Daval. "Non pas du tout, je suis désolée, c'est pas la peine de rire, je ne m'en rappelle pas" dit Mme Henry, qui finit par dire tout en se mettant à pleurer : "Je m'excuse, je n'ai pas parlé correctement."

Me Spatafora, avocate de Jonathann Daval, souhaite revenir avec Martine Henry sur l'enfance de l'accusé, le petit dernier de la famille, puis sur ses TOC (troubles obsessionnels compulsifs) qui se manifestent après la mort de son père et de manière plus générale sur sa personnalité timide et discrète. 

"Comment expliquez-vous ses mensonges ?" dit Me Spatafora. "J'arrivais pas à comprendre. Quand j'ai entendu dire qu'il avait une double personnalité, je me suis dit que c'était pour ça qu'il nous a menti à nous, à la famille d'Alexia" répond Martine Henry. L'audience est suspendue, jusqu'à 15h.

L'audience reprend à 15h15, avec Denis Blanc, enquêteur de personnalité à la barre. Son rapport sur l'accusé date du 1er septembre 2018. L'expert détaille le parcours de Jonathann Daval avec beaucoup de redites par rapport aux éléments énoncés par les experts cette semaine. 

Un nouvel interrogatoire timide de l'accusé

"Je m’occupe du quartier d’isolement. Le comportement de Jonathann Daval est bon. Il a vécu difficilement sa détention à certaines périodes. Il fait du sport. Il a vite demandé des parloirs" poursuit ensuite le lieutenant pénitentiaire Christophe Machecourt à la barre. Il travaille dans la prison de Dijon dans laquelle est incarcéré l'accusé. Il ne rapporte aucun problème de comportement concernant l'accusé. Le lieutenant précise que Jonathann Daval est en isolement, c'est à dire seul dans sa cellule, en raison de la médiatisation de l'affaire. Il est victime d’insultes de la part de certains détenus. "Il a vécu difficilement sa détention à certaines périodes. Il fait du sport. Il a vite demandé des parloirs" dit-il. 

On passe à l’interrogatoire de personnalité de l’accusé. Jonathann Daval prend la parole, pour dire quelques mots, entrecoupés de grands blancs. Il est relancé par le président. Le jeune graylois parle de sa rencontre avec Alexia. C'est elle qui a fait le premier pas. Il sourit en se rappelant cette période : "C'était mon premier amour. On se voyait le week-end. Après nos études, on s'est mis en ménage sur Besançon."
Jonathann Daval, dans son box, face à sa belle-mère.
Jonathann Daval, dans son box, face à sa belle-mère. © Valentin Pasquier - France 3 Franche-Comté

"Je dois payer pour les actes que j'ai commis"

Le président essaie de faire réagir l'accusé sur la peine à laquelle il s'apprête à être condamné. "Je comprends, je sais oui. J'en suis conscient" répond timidement Jonathann Daval. "Peu importe" la durée de la peine. "Je dois payer pour les actes que j'ai commis. Donc voilà... De toute façon..." dit Jonathann Daval sans terminer sa phrase. 

Jonathann Daval : - Elle évoluait plus que moi 
Emmanuel Dupic, avocat général : - Elle avait pris le pouvoir ? 
- Oui plus de caractère que moi
- Votre place de mari dans le couple ?
- Un peu en retrait
- C'est à dire ?
- Caractère moins fort, moins m'imposer, moins prendre les décisions.
- Un jour vous sortirez de prison, M. Daval. Vous le voyez comment l'avenir?
- [direct] Je m'en fiche.
- Tout ce qui importe, c'est de purger votre peine ?
- Oui.


L'accusé s'exprime brièvement, une fois de plus à l'aide de phrases très courtes, à voix basse. "Toujours cacher les choses, pas montrer les problèmes" répète-t-il.

"Le bébé, c'est le désir de qui ?" demande Randall Schwerdorffer. "Le désir d'Alexia qui devient une obsession" insiste l'avocat. "Oui..." lâche l'accusé du bout des lèvres, tel un enfant à qui on a indiqué le chemin à prendre. Pour rappel, lors de son interrogatoire les jours précédents, il avait admis vouloir cet enfant.

La défense souhaite lire des SMS échangés entre Jonathann et Alexia. Un message envoyé par Alexia, le 5 octobre 2017, dit : "Tout ça c'est de ma faute, je suis chiante énervée, je ne peux pas faire d'enfant. Je vais courir dehors du coup. Tant pis pour moi je vais partir courir dehors et peut-être que je ne rentrerai pas." L'audience est suspendue après un petit accroc entre Randall Schwerdorffer et l'avocat général Emmanuel Dupic.

Les plaidoiries des parties civiles

C'est Caty Richard, avocate d'une partie de la famille de la victime, qui débute les plaidoiries à 18h05. Elle souhaite rappeler en premier lieu la personnalité d'Alexia Daval : "Elle aimait son mari, ses parents, son chat et tous les gens". Ensuite, elle s'interroge sur la version de l'accusé, concernant ce fameux rapport sexuel qu'il dit avoir refusé la nuit du meurtre et qui aurait déclenché une dispute, entraînant un déferlement de violence physique de la part de l'accusé. "A chaque fois, une belle émotion, une sincérité bien feinte, un ton adapté, des larmes, des sanglots, à chaque fois, il semble authentique" plaide l'avocate.

Elle poursuit : "Leur relation est harmonieuse, son chéri est calme, il est toujours d'accord avec tout. Elle ignore encore que celui qui vit avec elle ne lui offre qu'une image, un hologramme, une illusion."

Je ne peux pas croire que quelqu'un qui a une nourriture saine, se bourre de Stilnox, Tramadol... Ce Tramadol jamais prescrit ni à elle ni à son mari, qui apparaît sur l'un de ses cheveux.

Caty Richard, lors de sa plaidoirie

L'avocate plaide désormais depuis près de 45 minutes. "Ce soir-là, elle comprend. Elle est certaine qu'il l'a droguée. Elle est certaine que ce n'est pas la première fois, et que là, ce qu'il lui a donné (ndlr, du Tramadol) fait qu'elle n'est pas bien. Elle va voir son mari et lui dit ses certitudes. C'est impossible qu'elle détruise son château de carte. Impossible qu'elle brise ce miroir aux yeux de tous, et ça, lui, il doit l'en empêcher" développe-t-elle, exprimant ainsi ses convictions concernant le véritable scénario de la soirée du 27 octobre 2017. S'en suit la plaidoirie de Me Anne-Gaëlle Julien. Moins longue, elle termine par ses mots : "Au milieu de cette multitude de faux semblants, de non-dits, je ne doute pas que vous saurez démêler le vrai du faux pour faire oeuvre de justice, pour leur permettre (ndlr : à la famille d'Alexia) de trouver une forme d'apaisement, et je l'espère un chemin vers la résilience, parce que nul plus qu'eux ne le mérite." 

Me Portejoie (fils) aborde au cours de sa plaidoirie la médiatisation de cette affaire. "Ses mensonges successifs ont contribué également à la médiatisation de cette affaire. Jonathann peut et doit en rendre compte" dit-il dénonçant les multiples "rôles", le "machiavélisme", et "la perversité" de Daval.

"Vous avez été admirables"

Me Gilles-Jean Portejoie débute une plaidoirie des plus théâtrales, détonante, comme la plupart de ses interventions lors de ce procès. "Vous avez été admirables, admirables, admirables. Vous avez été depuis le départ remarquables de dignité, jamais dans l'outrance, et c'est rare" dit-il en s'adressant aux parties civiles "exceptionnelles".

Je veux vous dire que votre belle-famille avait, pour vous, une immense affection. Est-ce que vous le mesurez aujourd'hui ? Et qu'elle ne comprend pas aujourd'hui plus que jamais votre défense, ces négations dans un premier temps, et la défense à posteriori, grotesque et abjecte. Nous sommes obligés de ne rien oublier. Vous avez compris ce que je vous ai dit ?

Me Portejoie (père), avocat des parents de la victime

L'avocat de 71 ans continue et durcit le ton après avoir interpellé Jonathann Daval "qui se cache" dans son box, tête baissée : "Qu'est-ce qui peut justifier qu'on donne la mort comme ça ? Des coups de poing, des coups de poing, qui l'ont massacrée physiquement. C'est intolérable. C'est insupportable. Horrifiant ! Et comme si ça ne suffisait pas, les coups de poing ne l'ont pas tuée. Là, vous reprenez de l'élan, vous l'étranglez, pendant 4 à 5 minutes." Me Portejoie cite Paul Verlaine, écrivain et poète français, qui disait, selon lui (aucune trace de cette citation sur internet) : "Brûler le corps d'une personne, c'est vouloir qu'elle n'ait jamais existé. C'est nier son humanité."

J'en termine avec le cynisme dont vous faites preuve le samedi matin après le meurtre. Ces alibis que vous vous constituez. Vous pensez qu'un jeune gamin va orchestrer, va préparer ces alibis, comme il l'a fait ? Ça, c'est les faits d'un homme qui fait tout pour s'en sortir. Malin, coquin... Malin. Je viens signaler la disparition d'une épouse dépressive. Comme s'il était déjà dans l'après. Épouse dépressive. Voyez toute la malignité. C'est un gamin ça ? C'est tout sauf le comportement d'un gamin.

Me Gilles-Jean Portejoie

Les parties civiles souhaitent que la cour prenne une décision qu'elles pourront "comprendre et accepter". "On attend une décision qui soit à la hauteur de nos souffrances. De toutes les souffrances. Une décision qui nous projettera dans le futur" conclut Me Portejoie. 
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