Procès de Jonathann Daval : "L’étranglement pour qu’elle se taise", l'accusé à nouveau entendu ce quatrième jour

Le procès de Jonathann Daval se déroule à Vesoul du 16 au 20 novembre. Des experts psychiatres et un psychologue ont été auditionnés avant que Jonathann ne soit à nouveau interrogé ce jeudi, quatrième jour de son procès. Récit tout au long de la journée. 

Jonathann Daval, durant son interrogatoire ce jeudi 19 novembre 2020.
Jonathann Daval, durant son interrogatoire ce jeudi 19 novembre 2020. © Valentin Pasquier - France 3 Franche-Comté
► Cet article est mis à jour tout au long de la journée.

"Il est resté sur ses positions. On attend ses révélations tant annoncées qu'on ne voit pas venir" a déclaré Me Portejoie, avocat des parties civiles devant le tribunal, ce jeudi matin. "Pour l'instant, Jonathann Daval n'est pas présent à son procès. Il n'est là que physiquement, pas mentalement. Il n'est pas en connexion avec son procès, ça c'est une évidence" a admis son avocat dans la matinée. 

Après son malaise de la veille, le Graylois s'exprime après que les experts ont été longuement interrogés sur sa personnalité, avec des avis divergeants (lire notre article retraçant le début de ce 4ème jour de procès). Jonathann Daval s'est réinstallé dans son box peu avant 16 heures ce jeudi. "On est à 23h30, vous partez de chez vos beaux-parents. Reprenons de là. Je vous laisse la parole, essayez d'être plus détaillé, de toute façon il faudra l'être de plus en plus" dit le président pour lancer les propos de l'accusé. "Je vais essayer" répond Jonathann Daval. 

► Dans la matinée, les parents d'Alexia Fouillot, mariée Daval, nous ont accordé une interview, écoutez-les : 
Procès de Jonathann Daval : la famille d'Alexia en quête de la douloureuse vérité - Reportage Emilien Diaz, Antoine Laroche, Medhi Bensmaïl
Il poursuit, à la suite d'une relance du président :"Quand on sortait avec des amis elle me faisait souvent des reproches : pas bien habillé, pas assez parlé." "Et vous ne vous rebelliez jamais ?" demande Matthieu Husson. "Non", répond l'informaticien. Concernant la violence de la nuit du meurtre, l'accusé précise au moment où la situation dégénère, après qu'il tente de fuir la maison : "C'est là qu'elle me mord, et ça m’a mis hors de moi. Elle me donnait parfois des coups violents, mais pas aussi violents que les coups que je lui ai donnés ce soir-là."

Jonathann Daval se répète et utilise les mêmes mots que la veille, sans beaucoup plus de détails. 

Je lui cogne deux fois la tête contre le mur avant de la frapper. Avant j’osais pas admettre que j’avais fait ça... Je ne me suis jamais battu. Jamais donné de coups de poing.

Jonathann Daval, accusé du meurtre de sa femme

Jonathann Daval a donné entre 5 et 10 coups violents à sa femme, selon les différentes expertises des légistes. "La colère. La colère. Et toutes ces années... et les mots qui continuaient à sortir malgré les coups. D’où l’étranglement pour qu’elle se taise" avoue l'accusé. Le président rétorque : "Après un coup de cette nature, je ne l’imagine pas continuer à vous insulter..."

Le président pousse l'accusé dans ses retranchements. Il finit par admettre qu'il a volontairement donné la mort à son épouse.

- Matthieu Husson : Vous êtes vraiment en colère...
- Jonathann Daval : Oui
- MH: Au point d’aller au bout.
- JD : Oui
- MH : C’est donc la mort que vous vouliez.
- JD : Oui
Matthieu Husson, président de la cour d'assises, en rouge.
Matthieu Husson, président de la cour d'assises, en rouge. © Valentin Pasquier - France 3 Franche-Comté

Dans la déclaration, vous avez dit avoir pris plein de cachets pour vous suicider (ndlr, après avoir mis le cadavre de sa femme dans la voiture). Finalement vous êtes revenus de plein de médicaments à quelques-uns. Vous ne vouliez plus vous donner la mort....

Matthieu Husson, président de la cour d'assises

Le président multiple les questions. "Ensuite ?" demande-t-il."Je suis descendu plusieurs fois ouvrir le coffre du Nemo" dit l'accusé. "Vous faisiez quoi ?""Je vérifiais juste si elle était bien morte" répond Daval. "Ce n’est que le lendemain à 9 heures que j’ai pris la décision de... le terme va être un peu dur.... me débarrasser du corps..." explique le jeune haut-saônois poussé par le président Matthieu Husson. Ce dernier met l'accusé face à des incohérences entre son propos du jour et les constatations des médecins légistes, notamment concernant le fait qu'Alexia Daval aurait voulu avoir un rapport sexuel le soir de sa mort. Pourtant, un ovule a été retrouvé dans son vagin. "Moi je ne savais pas qu’elle avait mis un ovule..." se justifie Jonathann.

"C'est dégueulasse, je sais"

"Donner le feu à un corps c'est pour effacer les traces... Asperger, et puis mettre le feu... Aussitôt que le feu a pris je suis parti. Comme on l'a dit, à ce moment c'était... Je l'ai traînée comme un vulgaire sac à patates... C'est dégueulasse, je sais" lance Jonathann Daval en expliquant avoir traîné le corps de sa femme, puis se mettant à sangloter.

Le Graylois précise n'avoir pas imaginé une telle déferlante médiatique, tout en admettant avoir fomenté un alibi : "J'ai envoyé un message sur le portable d'Alexia. Je suis passé boire un café au bar (ndlr, des parents d'Alexia)." L'accusé a ensuite préparé un document "très détaillé" sur lequel il inscrit les étapes de son alibi. 

Sous le feu des questions

"Pourquoi vous aviez dit que vous étiez persécuté par votre belle famille ?" demande le président. Jonathann Daval ne répond pas vraiment. Son attitude dénote par rapport à la gravité de ses actes. "Mais pourquoi dire qu'ils vous surveillaient ?" insiste Matthieu Husson. "Parce qu'ils avaient peur que je fasse une bêtise" répond l'accusé. S'en suit la projection des photos de la reconstitution, durant laquelle le président demande à nouveau des détails à Jonathann Daval sur le déroulé de la soirée du meurtre. 

L'accusé demande une pause juste avant les questions des avocats des parties civiles. La séance est suspendue 15 minutes. Durant la pause, l'avocat de Jonathann Daval précise face aux questions des journalistes : "Il n'essaie pas d'atténuer sa culpabilité. On juge un meurtre, un homicide, pas un féminicide pas un viol post-mortem. Après il faudra aussi que les victimes l'acceptent. Ça n'ira pas plus loin." 
Randall Schwerdorffer, devant le tribunal lors de la suspension d'audience.
Randall Schwerdorffer, devant le tribunal lors de la suspension d'audience. © Denis Colle - France 3 Franche-Comté
Caty Richard, avocate, d'une partie de la famille Fouillot, semble répondre à l'avocat bisontin, par micro interposé, quelques minutes plus tard devant le tribunal. "On sait que c'est faux la relation sexuelle [demandée le soir du meurtre]. On sait qu'elle n'était pas en état de le faire. Il y a des bribes de choses vraies. Il est bloqué par le président et il ne peut plus tergiverser. Il pourrait encore dire qu'il ne voulait pas d'enfant, qu'il ne voulait de cette maison, de cette installation. Il pourrait avoir le courage de dire que oui, il lui a donné des petits Stilnox, pour qu'elle lui fiche la paix. Mais il ne le fera pas" développe-t-elle.

C'est vrai, il n'est pas poursuivi pour profanation de cadavre, empoisonnement, mais des éléments sont dans le dossier et doivent être entendus et être pris en considération.

Caty Richard, avocate de la famille Fouillot

À partir de 18h30 environ, c'est au tour des avocats des parties civiles de questionner l'accusé, toujours aussi laborieux dans ses réponses. "Vous dites deux, trois mots. Vous n'en profitez pas pour vous libérer. Vous êtes difficile à gérer" s'agace Me Portejoie après plusieurs relances. Les conseils des parties civiles redoublent d'énergie et multiplient les questions et les formules pour tenter de faire plier l'accusé, notamment concernant la demande de rapport sexuel la nuit du meurtre. "Je n'ai pas compris la question" finit par répondre Jonathann Daval, campé sur ses positions. 

"La mort"

Les questions fusent dans tous les sens, sans résultat convaincant pour les parties civiles. Alcool le soir du meurtre, achat de la maison, prise de médicaments par sa femme, utilisation du navigateur Tor sur l'ordinateur, volonté ou non d'avoir un enfant... Jonathann Daval répond, brièvement, à chaque reprise. "Est-ce que vous lui avez parlé franchement une fois à Alexia ?" interroge Caty Richard. "Peut être, je ne sais pas" répond-t-il.

La parole est donnée à la défense. Me Spatafora explique qu'elle veut d'abord remettre les choses au clair concernant les accusations de viol subies par son client. Elle demande à son client s'il a violé Alexia. "Non", répond Jonathann Daval. Me Spatafora poursuit : "Ensuite vous l'étranglez, et vous continuez à serrer. Il se passe quoi dans votre tête à ce moment-là ? Il se passe quoi pour que vous continuiez à serrer ?" "La mort" répond simplement Jonathann Daval. Un mot, terrible. "Trois jours avant la disparition, elle vous envoie un SMS en vous disant : 'J'espère qu'il n'y aura plus d'épisodes comme celui ci car je n'en supporterai pas d'autres'. Que s'est-il passé entre vous pour qu'elle dise ça . Vous vous en souvenez ou pas ?" interroge ensuite Randall Schwerdorffer, l'avocat de Jonathann Daval. "Non, je m'en souviens pas" répond l'accusé, répétant ensuite, une fois de plus "c'était des reproches, toujours les mêmes reproches."

L'attitude de Jonathann Daval durant son procès colle parfaitement à la description faite quelques heures plus tôt par l'expert psychologue. L'homme de 36 ans a un physique, une voix, une attitude, un phrasé très enfantins. "Nous plaidons coupable pour meurtre, nous souhaitons que les faits jugés soient circonscrits aux faits qui sont reprochés à mon client" conclut Randall Schwerdorffer. 

"Il était parti, comme d'habitude"

Dans la soirée, des amis du couple Daval sont interrogés à la barre. "Écoute Jonathann, je t’aime toujours, désolé pour la famille, mais je serai toujours là pour toi" dit un ami d’enfance de l’accusé après avoir été questionné sur les rapports de séduction qu'il entretenait avec Alexia Daval. S'en suit l'audition de la meilleure amie d'Alexia. "Je pense que ce sont des gens - j’étais témoin à leur mariage - qui se sont aimés qui ont été heureux" dit-elle, avant de préciser : "Un ou deux ans avant le drame, il y avait un manque de communication, qui a créé beaucoup de rancoeurs. Assez souvent qu’elle racontait qu’ils s’engueulaient, elle disait qu’il fuyait la confrontation, qu’il était parti comme d’habitude."

La défense interroge l'amie sur les rapports des parents de la victime avec la presse. "Vous avez dit : 'Je suis choquée par l’attitude des médias avec les parents d’Alexia" interroge Me Spatafora. "À l’époque les journalistes m’appelaient... même au boulot. Et c’était délicat avec mon boulot. Moi, je n’aurais pas pu partager ma peine avec les journalistes. Et j'ai fait un transfert" explique la jeune femme.

Malgré l'heure tardive, c'est au frère de Jonathann Daval d'être entendu, à 21h45. Aymeric Henry, 32 ans, chef d’atelier prend la parole, visiblement ému : "J’ai perdu deux personnes. J’ai perdu Alexia et j’ai perdu mon frère". Lui succède sa femme, la belle-soeur d'Alexia Daval qui détaille la vision qu'elle avait du couple "avec des problèmes de communication". "J’ai cru avec la grossesse qu’ils auraient un second souffle... Mais après la fausse couche ça a été pire" explique-t-elle. 

Par rapport au désir de grossesse de l'accusé, la témoin précise : "C’était une obsession". "Et vous dites qu’elle mettait la pression à Jonathann ?" interroge Me Spatafora. Une amie du couple, prend place à la barre. C'est le dernier témoin de cette journée éprouvante pour tout le monde. L'audience est suspendue. Reprise du procès vendredi à 9h30. 
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
affaire alexia daval faits divers justice société violence conjugale