Agile, essentiel pour la forêt de demain, Vincent est grimpeur-cueilleur : qui sont ces "hommes écureuils" ?

À l’occasion de la journée internationale des forêts, jeudi 21 mars 2024, intéressons-nous à un métier essentiel à ces écosystèmes : les grimpeurs-cueilleurs. Ces “hommes écureuils” sont chargés de récolter les graines des arbres pour repeupler nos forêts. Portrait.

“Nous, on est des écureuils, grimpeurs-cueilleurs de semences forestières”, lâche Vincent Dousset, un des quatre fondateurs du collectif Sitka. Le nom donné à ces hommes peut faire sourire, mais leur métier est on ne peut plus sérieux. Il s’agit pour eux de grimper dans des arbres des forêts de leur client : l’Office national des forêts (ONF). Objectif : récolter leurs graines et pouvoir reboiser d’autres parcelles.

Ils organisent aussi des récoltes expérimentales pour collecter des greffons qui vont servir à produire des tests sur de futurs arbres. Le but étant d’arriver à développer des arbres résistants au changement climatique. “Mais notre cœur de métier est d’aller chercher la graine”, précise Vincent Dousset, qu'elle soit issue d'arbres feuillus ou de conifères.

“On envoie des équipes pour grimper sur des sujets désignés par l’ONF, et on prend les graines avant qu’elles se dispersent aux quatre vents”, explique-t-il. Chaque année, l’équipe écoute les besoins de la filière forestière : “On a un plan d’approvisionnement qui va définir tous les besoins en graines de l’année en collaboration avec la sécherie de la Joux dans le Jura”. La sécherie de la Joux est la seule sécherie de l'ONF. 

À la sécherie, les graines récoltées sont ensuite extraites des fruits, nettoyées et triées. Elles seront envoyées dans des pépinières qui feront naître les arbres. Le but : remplacer les arbres morts ou ceux qui ont été coupés pour être vendus.

Un travail saisonnier 

La plus grosse période de travail des "hommes écureuils" a lieu en automne. Les arbres “débourrent au printemps, font leurs pousses puis leurs fruits commencent à maturer et on intervient après”, indique le grimpeur-cueilleur. Pour certaines espèces, comme le pin maritime, l’équipe peut intervenir plus tardivement.

Le reste de l’année, les fondateurs du collectif Sitka (fondé en 2006) gèrent la structure, et les autres grimpeurs qui travaillent avec eux (environ une cinquantaine) pratiquent leur second métier. “Beaucoup sont élagueurs, éducateurs de grimpe d’arbre pour sensibiliser au respect de la nature ou encore éducateur sportif plus spécialisé comme accompagnateur en montagne”, énumère le cinquantenaire.

“Sitka est un collectif de grimpeurs, on essaye de tous travailler à égalité. Toutes les récoltes vont être dispatchées à égalité. On les met dans un pot commun parce que l’on considère que c’est plus juste”, estime cet amoureux de la nature.

La plupart du temps, comme ce métier s’apprend un peu sur le tas, les grimpeurs-cueilleurs pratiquaient déjà avant leur second métier. Ce métier s’est développé dans les années 60 pour répondre à la forte demande de reboisement.

Les membres du collectif sont répartis un peu dans toute la France. Ainsi, “si les récoltes se font dans les Pyrénées, on cherche des grimpeurs dans cette zone” souligne-t-il. Cela leur évite d’alourdir leur empreinte carbone en se déplaçant aux quatre coins de la France.

"Il faut s'entretenir comme des sportifs"

Vincent Dousset ne considère pas que grimpeur-cueilleur est un métier dangereux : “On apprend à pallier les dangers et éviter tout risque donc c’est un métier sécure’. Mais si on ne respecte pas les protocoles de grimpe, ça peut être dangereux. Il y a deux ans, un collègue a fait une chute de 20 mètres”, nuance-t-il. Son collège a eu la chance de ne pas avoir de séquelles.

Si ce métier est “s'écure” comme il dit, il n’en demande pas moins une très bonne condition physique : “Il faut s’entretenir comme des sportifs, s’échauffer avant, s’étirer après et avoir une hygiène de vie décente pour garder de la souplesse, parfois, on grimpe des arbres de 50 mètres de haut”. D’autant que l’équipe grimpe, qu’importe la météo. Le seul facteur limitant étant le vent. Si un certain seuil de km/h est franchi, les équipes ne grimpent pas par sécurité.

La prestation de grimpe est facturée à la sécherie de la Joux et chaque grimpeur fait une sous facture au collectif Sitka. Les grimpeurs-cueilleurs sont plutôt très bien rémunérés : “Ça fait 75 % du chiffre d'affaires annuel”. Ils sont payés au minimum 400 euros par jour pour 7h de travail. “On vit dans les bois avec de petits camions. On passe une semaine ou 15 jours tous ensemble. On vit ensemble en tribu”, sourit Vincent Dousset. 

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