Prix du gaz, guerre en Ukraine : l’usine de céramique, ex Jacob-Delafon dans le Jura met au chômage partiel ses 54 salariés

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C’est un coup dur pour des salariés dont l’activité venait de redémarrer il y a quelques mois à peine. La facture de gaz de la Jurassienne de Céramique Française (JCF) s’est envolée. Le groupe français Kramer, plutôt que de perdre de l’argent, préfère mettre son usine de Damparis (39) en sommeil.

“Notre facture a été multipliée par 10”. Manuel Rodriguez, président de la Jurassienne de Céramique Française a fait les comptes. Dans un communiqué, il annonce sa décision. “Au regard de la situation internationale actuelle, et dans le but de préserver l’entreprise, nous avons décidé de mettre en sommeil les opérations de la Jurassienne de Céramique Française (JCF). Par conséquent, nous dénoncerons dans les prochaines heures le contrat d’approvisionnement de gaz qui nous lie à notre fournisseur actuel et ferons appel auprès de l’administration du travail au dispositif de chômage partiel”.

Un contrat de gaz non bloqué, signé au pire des moments

Kramer, spécialisé dans la robinetterie avait repris en novembre 2021 l’usine historique Jacob Delafon près de Dole. En juin 2021, le site de Damparis avait fermé ses portes faute de repreneurs, 144 emplois disparaissaient. Le repreneur Kramer devait produire de la céramique moyenne et haut de gamme, avec un effectif bien moindre.

“En novembre dernier, le prix du gaz était autour de 90 euros le mégawattheure, on était confiants, on était en plein hiver, on savait déjà qu’il y avait des tensions” résume le directeur. L’entreprise a donc signé un contrat de gaz avec des prix non bloqués, au jour le jour en pensant que les cours du gaz allaient redescendre. Le scénario inverse s’est produit. “ Le cours moyen au moment des premières tensions entre la Russie et l’Occident nous amenait déjà à une dépense de 1,7 millions d’euros cette année pour une prévision de dépense initiale de 400.000 €… Depuis l’invasion de l’Ukraine, le nouveau cours du gaz (qui continue d’augmenter) nous amène à une dépense certaine de plus de 4 millions d’euros ce à quoi se rajouteront les dépenses d’électricité qui sont également vertigineuses” précise Manuel Rodriguez. Tiré par le conflit entre la Russie et l'Ukraine, le prix du gaz a lui atteint, lundi 7 mars au matin, un nouveau record sur le marché européen, à près de 350 euros le mégawattheure !

Il faut avant tout préserver l’emploi et la trésorerie de l’entreprise.

Manuel Rodriguez, président de la Jurassienne de Céramique Française

Une mise en sommeil pour six mois

Le patron estime que la mise en sommeil de l’usine pourrait durer 6 mois. Il demande à l’Etat de pouvoir bénéficier du chômage partiel. Une vingtaine de salariés étaient en poste. 54 contrats étaient signés pour une reprise progressive de l’activité jusqu’en mai 2022. Il se veut néanmoins rassurant. Je ne suis pas quelqu’un d’abattu. J’y crois, je veux ainsi protéger une société toute jeune et vulnérable. On va se mettre en mode protection” dit-il pour justifier cet arrêt partiel. Il aurait été impossible de répercuter ces hausses aux clients.

Le patron se dit inquiet des conséquences économiques de la guerre en Ukraine et des sanctions économiques prises à l’encontre de la Russie. “La Jurassienne de céramique est une des premières victimes de ce qui va se généraliser si on ne fait rien” redoute-t-il. Dans l’usine du Jura, les 70 tonnes de barbotine, matière première liquide pour fabriquer de la céramique vont tout simplement être jetées. Pour maintenir cette matière première en l’état, il aurait fallu dépenser 40.000 euros de chauffage au gaz. Alors que l’ingrédient ne vaut que 7.000 euros. Le calcul a été vite fait. Les commandes des clients sont repoussées de six mois.

Les autres usines du groupe Kramer qui fabriquent de la robinetterie ne sont pas dans cette situation délicate, estime Manuel Rodrigues. Le prix du gaz était négocié sur des prix bloqués.