Guerre en Ukraine : "Poutine ne va pas s'arrêter là", désarroi et inquiétude de la communauté russe

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Écrit par Catherine Eme-Ziri avec Noémie Gobron

Stanislav et André sont d'origine russe. Leur vie se déroule maintenant en France dans le Jura, mais, avec la guerre en Ukraine, leur quotidien est devenu plus difficile. Quand ils ne sont pas directement menacés, compte tenu de leurs origines.

Ils s’appellent Stanislav et André, sont d'origine russe et le conflit entre leur pays d’origine et l’Ukraine les place dans une position délicate. Ils ne sont pas sereins. Par peur de représailles quand des proches vivent encore dans le pays dirigé d’une main de fer par Vladimir Poutine ou quand ils font l’objet de menaces. Nous les avons rencontrés grâce à l'association Jura-Russie qui œuvre pour des échanges entre ce département et le pays.

Stanislav : « J’espère que cette guerre ne va pas commencer ici »

Sa femme française tient leur bébé de deux mois dans ses bras. Stanislas est russe. Cet ouvrier agricole de 39 ans a de la famille dans les deux pays qui s’affrontent dans ce conflit. Grâce aux réseaux sociaux et aux applications de messagerie, notamment Whatsappp, Stanislav parvient tout de même à recevoir des nouvelles de sa famille. Ses parents vivent à Saint Pétersbourg, en Russie, et sa tante est en Ukraine. Deux de ses cousines ukrainiennes ont quitté leur pays début mars et sont actuellement réfugiées en Belgique. Il s’exprime lentement, cherchant ses mots en français, se tournant vers sa femme quand le vocabulaire lui manque.  

Stanislas raconte : « J’ai ma famille en Russie et j’ai aussi une famille en Ukraine. J’ai déjà perdu un membre de ma famille en Ukraine qui a été tué (son cousin est mort au combat). Ma réalité, mon monde a été changé. J’espère que cette guerre ne va pas commencer ici. »

Je suis sûr que Vladimir Poutine ne va pas s’arrêter.

Stanislav, Russe vivant dans le Jura

Quand nous lui demandons s'il a peur que le conflit arrive en Europe, il répond : « C’est une question difficile. Le monde l’a toujours vu comme un président fort. Maintenant, s’il va renoncer, tout le monde va rire. »  Comment réagissent les Russes à cette guerre ? Stanislav se montre assez dur envers ses compatriotes : « Les gens russes ne veulent pas se battre mais ils veulent toujours gagner, comme en Crimée. Les gens russes pensent plus à McDonald's et Instagram qui ont fermé… »   Il n’en dira pas davantage.   

Le Kazakh devenu André

Même discrétion dans les propos d’André, rencontré dans le Jura lui aussi. André est né au Kazakhstan quand ce pays se trouvait en URSS. Il n’a plus de famille ni au Kazakhstan, ni en Russie, ni en Ukraine mais il y compte de très nombreux amis. Il a ouvert un restaurant dans le Jura où il propose des spécialités russes, ukrainiennes, géorgiennes, arméniennes... Quand il a obtenu sa nationalité française en 2016, il a choisi ce prénom, André. Il nous reçoit dans son bar-restaurant situé dans une petite commune jurassienne. 

Je ne veux pas de cette guerre.

André, Russe d'origine vivant dans le Jura

Il parle bien français : « Moi, je suis internationaliste. J’ai beaucoup d’amis dans plusieurs pays. Je ne peux pas choisir le camp de quelqu’un. Les gens (d’ici) ne comprennent pas la situation… » Il paraît encore plus désolé quand il parle des menaces qu’il a reçues dernièrement : « … sur les réseaux sociaux, par des appels au téléphone… Quelqu’un m’a dit que je dois sortir de la France parce que je suis d’origine russe. Mais j’ai obtenu la nationalité française, je suis Français. » Et quand il dit « Je suis Français » son accent a presque totalement disparu. Devant les menaces, il a porté plainte à la gendarmerie.

 

Avec un sourire triste, André dit qu’il ne changera rien dans sa vie, qu’il fera toujours de la cuisine venue de ces pays de l’ex-URSS : « Si quelqu’un veut manger des plats différents, bienvenue !… »  

3 millions de personnes ont fui l'Ukraine en guerre

Les négociations entre la Russie et l’Ukraine ont repris ce mardi 15 mars. Au menu des discussions, figurent notamment "un cessez-le-feu et le retrait des troupes" russes du territoire ukrainien.      

De son côté, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a jugé qu'il fallait "reconnaître" que l'Ukraine ne pourra pas adhérer à l'Otan, alors que cette question était un des motifs avancés par la Russie pour justifier son invasion.

La Russie élargit son offensive à l'ensemble du pays, après avoir évoqué lundi "la possibilité de prendre sous contrôle total (les) grandes villes qui sont déjà encerclées".   

Les frappes se poursuivent notamment sur Kiev. La ville s'est vidée d'au moins la moitié de ses quelque trois millions d'habitants depuis le début du conflit le 24 février. 

Dans le sud du pays, les Russes tentent toujours de prendre Marioupol, ville portuaire stratégique sur la mer d'Azov, assiégée depuis des jours, selon l'état-major ukrainien. Quelque 2.000 véhicules ont pu quitter mardi la ville en direction de Zaporojie (ville jumelée avec Belfort) via un couloir humanitaire, en plus de 160 voitures lundi, selon la municipalité. Mais jusqu'à 300.000 personnes sont coincées, terrées dans des caves et privées de tout.    

Au total, le nombre d’Ukrainiens ayant fui leur pays, principalement pour la Pologne, se monte à 3 millions moins de 3 semaines après le début du conflit. La moitié des réfugiés sont des enfants.