Des ânes pour se protéger du loup, pourquoi des agriculteurs tentent l’expérience dans le massif du Jura

Plusieurs meutes de loup sont présentes dans les montagnes du Jura où les attaques ont repris en ce printemps. Pour protéger les troupeaux de bovins notamment, des agriculteurs ont pris des ânes. L’expérimentation est relativement récente. Faut-il y croire ?

Dans quelques jours, les vaches limousines de Marc Droz Vincent vont retrouver le chemin des champs. Et elles ne seront pas seules dans les pâtures des Verrières de Joux près de Pontarlier. Melba, une ânesse, va veiller sur les plus jeunes individus, les génisses. “J'ai pris un ânon, pour qu’il s’habitue au fil des mois avec les génisses, s’y attache” explique l’éleveur.

S’il a fait le choix de l’âne comme moyen de protection contre le loup, c’est d’abord pour des raisons pratiques. “L’âne, il lui faut de l’eau, de l’herbe, c’était le plus facile à faire” explique l’agriculteur. “Au niveau efficacité contre le loup, je ne sais pas, mais en tout cas l’ânesse reste toujours avec les génisses” a constaté Marc. 

"Les ânes n’aiment pas les loups. Ils sont très territoriaux"

L’âne comme moyen de protection de loups est testé dans plusieurs pays, en France en Auvergne, en Bretagne, en Italie et jusqu'au Canada.

Sylvie Fallourd s’est prise de passions pour les ânes. Elle en vend régulièrement à des agriculteurs du Doubs et en Suisse voisine. ”J’ai vendu il y a des années à un agriculteur suisse au Laitelet, et ça fonctionné, pourtant, c'est un secteur où il y a des loups” assure-t-elle.

Sylvie qui travaille aussi avec ses ânes pour les randonnées est persuadée que l’animal a un rôle à jouer dans la protection des troupeaux.

Les loups n’aiment pas déjà l’odeur de l’âne. À partir du moment où il y a deux ânes, ils s’allient et vont donner des coups de pied contre un renard, un loup ou un chien. Le cheval va faire la même chose, mais va fuir. L’âne, lui, il ira dedans. On ne touche pas à son territoire.

Sylvie Fallourd, fondatrice de Genti'ânes du Haut-Doubs

Installée à Chaux-Neuve dans le val de Mouthe, Sylvie Fallourd conseille aux agriculteurs qui voudraient tenter l’expérience de prendre deux ânes de grande taille comme le Baudet du Poitou. “Une femelle avec son petit sera encore plus protectrice” argumente-t-elle. Un âne plutôt qu’un chien patou ? Selon elle, l’âne présente des atouts intéressants :

Un âne, c’est moins cher qu’un patou à nourrir et en frais vétérinaire. Ça coûte, 200 euros environ à l’achat, il faut compter sept kilos de foin par jour. Et les frais de maréchal-ferrant. Les ânes des agriculteurs sont à vacciner.

Sylvie Fallourd

Cet agriculteur du Haut-Doubs que nous avons pu joindre s’est doté d’ânes depuis plusieurs années. “Je ne vois pas ce qu’on peut faire d’autre de toute façon” pour se protéger du loup, assure-t-il. Dans ces paysages de montagne, les troupeaux sont dispersés. Impossible selon lui de mettre des filets de protection. Impensable non plus de s’équiper d’un patou pour chaque parcelle. Il n’a pas pour l’instant déploré d’attaques du prédateur. Coup de chances ou en raison des ânes ? Difficile de le savoir.

Bien choisir son âne

Avec sa jolie bouille, l’âne a un fort capital sympathie chez les humains, et les enfants. Mais est-il un allié efficace contre le loup ? Pas toujours. 

À la ferme éducative de la Batailleuse à Rochejean près de Métabief, on trouve des vaches, et un âne. “C’était un cadeau, mais il n’aime que les humains ! ” sourit Manon Riblet. Cet âne âgé de 20 ans n’est pas vraiment une réussite en termes de protection du loup, car il s’est avéré bien trop doux, explique la jeune agricultrice. “Il faut vraiment bien choisir l’individu, voir si l’âne à un comportement anticanidé” ajoute-t-elle.

L’âne va rester cette saison bien évidemment sur l’exploitation, mais plus comme âne pédagogique.

Cette ferme du Haut-Doubs est en avance sur les moyens de protection du loup. Elle a deux chiens patou pour protéger les vaches, un autre pour les chèvres, et cette année encore des bénévoles de l’association Vigie Jura vont se relayer les nuits pour veiller et décourager toute tentative d’attaque du prédateur. Des vaches adultes qui devaient partir à l’abattoir ont été conservées pour être mises dans les champs avec les génisses.

Rien ne remplace le chien de protection contre le loup 

L’âne sera-t-il de plus en plus présent dans les paysages du Jura pour éviter les prédations ? Pas si sûr. Nous avons posé la question à Patrice Raydelet, président du pôle grands prédateurs.
“L’âne, c’est une protection qu’on a testée chez des éleveurs il y a plus de 10 ans. C’était alors par rapport à la présence du lynx” se souvient-il.  Le spécialiste estime que l’âne peut se révéler intéressant sur les petites parcelles en raison de son comportement très territorial. L’âne ne supporte pas la présence du moindre canidé sur son domaine.

Ce type de protection par les ânes n’est pas très connu, c’est moins efficace qu’un chien de protection. L’avantage, c'est que l’âne se nourrit tout seul. On n’est pas obligés d’acheter des croquettes comme pour un chien. Ça peut être un avantage pour l’éleveur.

Patrice Raydelet, président du pôle grands prédateurs

Mais cela ne vaudra jamais la protection par un patou selon lui. Sans oublier qu’un âne reste une proie possible pour le loup. “En Italie, dans les Abruzzes, on a vu des ânes se faire attaquer”. 

Un cap pas évident à franchir pour les éleveurs

Selon Sylvie Fallourd, dans le Haut-Doubs, au moins 13 ânes cette saison vont défendre les troupeaux du secteur. Un agriculteur que nous avions contacté préfère rester discret sur le choix qu'il a fait. Marc Droz Vincent et ses vaches limousines, lui, assume son choix. 

“Oui, car pour moi le loup a toute sa place sur la planète. Il fait partie de l’écosystème. Il nous a redonné certes un peu de travail.

Marc Droz Vincent

Eleveur de vaches limousines dans le Haut-Doubs

Le loup est là. C'est une réalité à laquelle sont confrontés de plus en plus les éleveurs. 1104 loups sont installés en France. En 2023, le loup a été identifié comme responsable de 252 attaques en Bourgogne-Franche-Comté dont 37 sur la Franche-Comté.

Face au loup, les éleveurs qui souhaitent mettre en œuvre des moyens de protections sont accompagnés dans le conseil et de façon financière par les modalités du plan loup. Tous sont encore loin d’avoir mis des choses en place pour se protéger du risque d'attaques.

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