Liquidation de MBF : "L'actionnaire a détourné des millions" dénonce une spécialiste des comptes d'entreprises

Economiste de formation et spécialiste des comptes d'entreprises, Arlette Charlot pointe du doigt la responsabilité de l'Italien Gianpierro Colla, l'actionnaire de la fonderie MBF de Saint-Claude dans le Jura, qu'elle décrit comme "un véritable fossoyeur d'entreprises et d'emplois".
La fonderie MBF Alu à Saint-Claude, dans le Haut-Jura
La fonderie MBF Alu à Saint-Claude, dans le Haut-Jura © France 3 Franche-Comté

Elle s'intéresse à MBF depuis 2018. Arlette Charlot, 73 ans cette année, est retraitée. Dans sa vie active, elle formait des élus au sein des comités d'entreprises. Elle a aussi dirigé un cabinet d'expertise comptable, spécialisé dans l'assistance aux comités d'entreprise. "J'ai toujours été du côté des salariés", précise l’ancienne militante maoïste, engagée successivement à la Gauche prolétarienne, à la CGT et au PCF.

Dans un article de 2018 donc, publié sur son site Dans la cuisine des patrons et sur un blog hébergé par Mediapart, Arlette Charlot alerte sur les « pratiques douteuses de transfert de fonds » vers des holdings à l’étranger, au Royaume-Uni et en Nouvelle-Zélande notamment. Elle détecte alors dans les comptes de MBF des « anomalies financières » qui, présage-t-elle, pourraient affecter la « pérennité » de l’entreprise. Trois ans plus tard, le tribunal de commerce de Dijon prononce la liquidation de MBF. Entretien avec cette "vieille râleuse", comme elle aime le rappeler à ceux qui, nombreux, ne la croyaient pas.

L'entreprise MBF Alu a été liquidée le 22 juin. Quelle est la responsabilité de l'actionnaire dans cette terrible issue pour les 270 salariés ?

"Elle est immense. Gianpierro Colla a détourné au moins 13 millions d’euros. Dans une boîte comme MBF Alu qui avait besoin d’investir, ce n’est pas une paille. Tout est parti en Angleterre. J’en veux beaucoup au commissaire aux comptes qui a tout validé sans réserve. Il y a eu siphonnage. C’était déjà ce qu’il avait fait dans les entreprises qu’il avait reprises auparavant. Il a simplement mis 50.002 euros dans MBF, pour la valeur du stock et pour le fonds de commerce. Je ne supporte pas cette injustice et l’impunité de ces escrocs."

Comment l'entreprise MBF a-t-elle été, selon vous, dépouillée de ses ressources ?

"Il y a eu d'importants mouvements financiers entre MBF et la holding CMV au Royaume-Uni. Quand on voit l’organigramme publié par l’Huma Dimanche, il a monté un système. Où est l’argent maintenant ? On n'a pas de certitude, mais on sait que le Royaume-Uni est une porte d'entrée vers les paradis fiscaux."

Dans un communiqué publié le 26 juin, Gianpierro Colla conteste "catégoriquement" les « abus de biens sociaux » ou les « détournements » dont il est accusé. Qu'en pensez-vous ?

"Une enquête est en cours pour abus de biens sociaux. Quand on met 50 000 euros, et qu’on détourne 13 millions d’euros... Le quotidien Le Progrès parle lui aussi de ces millions disparus. Colla a un aplomb formidable. Il a réussi à endormir les syndicats, qui n'ont pas bougé. C’était pareil en Savoie sur MetalTemple. Il est séducteur, tout le monde l’a cru, même quand il avait annoncé une entrée en bourse. Comme si on pouvait entrer en bourse avec des comptes pareils. Aujourd'hui, Colla est pris en flagrant délit de mensonges".

Vous qui connaissez bien la situation de l'entreprise, peut-elle renaître de ses cendres ?

"J'ai peu confiance dans le repreneur potentiel, Mickaël Azoulay. J'ai de profonds doutes sur sa fiabilité. Depuis le début, j’ai préconisé d’étudier la faisabilité de faire une scop (société coopérative et participative, ndlr). Le problème, c’est de savoir si Renault et Peugeot accepteraient de travailler avec une Scop. Néanmoins, ce n'est pas facile de faire une scop. Il faut au moins 4 ou 5 mois pour présenter un projet. Mais au moins, avec une scop, il ne peut pas y avoir de pillage d’actionnaires."

Liquidation : l'intersyndicale veut faire appel

Suite à la liquidation judiciaire prononcée par le tribunal de commerce de Dijon le mardi 22 juin, les syndicats de MBF Alu entendent faire appel. La démarche doit être validée et officialisée ce jeudi 1er juin à l'issue d'un CSE (comité social et économiqe) à Saint-Claude.

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