"On avait de gros soupçons sur les comptes" : une enquête ouverte pour abus de biens sociaux à la fonderie MBF

Une enquête pour "abus de biens sociaux" a été ouverte après la liquidation judiciaire mardi 22 juin de la fonderie automobile MBF Aluminium à Saint-Claude dans le Haut-Jura,  annonce ce jeudi 24 juin le procureur de la République de Lons-le-Saunier, Lionel Pascal. Qu'en sait-on ?

"A l'occasion de la procédure devant le tribunal de commerce, il était fait état de mouvements de fonds suspects de la société MBF vers d'autres entités économiques ainsi que de rémunérations non proportionnées aux résultats de l'entreprise et bénéficiant au dirigeant ou à ses proches", précise Lionel Pascal dans un communiqué. "Une enquête préliminaire est ouverte, les investigations sont au début" nous explique le Procureur contacté ce soir par téléphone.

Cette enquête ouverte dès le mois d'avril est partie de révélations dans la presse, et de révélations faites auprès de l'administrateur judiciaire" ajoute Lionel Pascal. En avril 2021, le Progrès avait révélé que 8 millions d'euros de MBF étaient partis vers une holding britannique (article payant) appartenant à l'actionnaire italien Gianpiero Colla. Ces transferts d'argent étaient-ils justifiés ? L'enquête le dira. Elle a été confiée à la police judiciaire de Dijon.

"On avait de gros soupçons sur les comptes"

L'annonce de l'ouverture d'une enquête ne surprend pas les salariés. "On avait de gros soupçons sur les comptes, et ceux de la société CMV" explique Koray Sukran, délégué SUD. "On avait demandé les comptes, mais sans pouvoir les obtenir... depuis 2013-2019, beaucoup d'argent est parti" déplore le syndicaliste. Il espère enfin que la justice pourra faire la lumière sur tout cela. "Ces gens là, qui se servent au passage, ils ne sont jamais inquiétés, on espère que pour une fois, ce ne sera pas le cas" ajoute-t-il.

Selon la CGT, "des fonds sont partis sous forme de prestations de services dans une holding basée en Angleterre", a déclaré Nail Yalcin, délégué CGT. "On ne savait pas où l'argent allait. Des choses ont été faites, mais on ne sait pas si c'est dans la légalité ou l'illégalité". Des dividendes auraient été versés alors que l'entreprise n'avait que très peu de résultat. Un commercial aurait été rémunéré hors de prix, selon le syndicat.   

"Il fallait mener cette enquête, mais elle arrive trop tard"

Yail Nalcin, élu CGT savait que cette enquête financière était lancée. Il s'interroge sur le timing de sa divulgation médiatique. Selon l'élu cette enquête arrive trop tard. "On avait lancé l'alerte dès 2019 et publiquement.... Le fait de le condamner, ça ne va pas sauver l'entreprise, ça ne va pas ramener cet argent. Il fallait mener cette enquête, je pense qu'elle arrive trop tard". Ces révélations au lendemain de l'annonce de la liquidation de la fonderie, ne doivent pas faire oublier la responsabilité de chacun, estime-t-il. "Sa gestion de l'actionnaire, c'est une chose, sauf que celui qui a acté la liquidation de MBF, c'est Bruno Le Maire" dénonce Yail Nalcin.

Un actionnaire italien qui a déjà liquidé plusieurs entreprises en France

Selon un article d'Arlette Charlot publié sur le Blog Médiapart, et qui s'est intéressé en septembre 2020 à l'actionnaire de la fonderie du Haut-Jura, l'actionnaire italien de MBF a déjà à son actif, la liquidation de plusieurs entreprises en France où il commence à monter des affaires en 2007. Ces entreprises sont les suivantes, Transrochette, Metaltemple Savoie, Metaltemple Beaud Mécanique, Metaltemple Aquitaine et GM&S à la Souterraine. Gianpierro Colla serait selon Mediapart un adepte des montages financiers opaques, aux multiples ramifications.

300 lettres de licenciements à venir à la fonderie du Haut-Jura

Créée dans l'immédiat après-guerre, la fonderie MBF Aluminium, qui fabrique carters de moteurs et pièces de boîte de vitesse, avait été placée en redressement judiciaire début novembre 2020 faute de pouvoir rembourser ses dettes. Le tribunal de commerce de Dijon a prononcé mardi 22 juin la liquidation de l'entreprise jurassienne, qui employait 270 salariés, malgré l'offre de reprise portée par un entrepreneur français Michaël Azoulay. L'administrateur doit procédér aux licenciements d'ici deux à trois semaines. Une cellule d'aide psychologique et aux démarches administratives va être mise en place pour les salariés. Un numéro vert sera officialisé vendredi 25 juin auprès des salariés.

Les salariés ont l'intention de faire appel de la décision de liquidation de l'entreprise. Ils ont jusqu'au 4 juillet pour déposer leur recours.
   
    

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
économie justice société