Oligarque russe, soupçons de blanchiment... ce que l'on sait du domaine viticole du Jura saisi par la justice

Le domaine jurassien Ganevat, vendu par Jean-François Ganevat à Alexander Pumpyansky en 2021, est l’un des biens saisis dans le cadre d’une enquête ouverte en 2022 par le parquet de Paris. Selon le journal Le Monde, la justice se penche sur les coulisses de la cession du domaine par l’homme d’affaires, en mars 2022. Il avait alors été visé par les sanctions de l’Union Européenne consécutives au début de la guerre en Ukraine.

C’est un illustre vignoble de 13 hectares niché sur les coteaux de Rotalier, une petite commune au sud de Lons-le-Saunier dans le Jura. Il est connu internationalement pour ses vins produits en biodynamie et ses vignes quinquagénaires.

Il est désormais au cœur d’une enquête ouverte par le parquet de Paris en 2022 pour des soupçons de blanchiment, selon une information du journal Le Monde, confirmée à nos confrères de France Bleu Besançon par le parquet de Paris.

Les gendarmes de la brigade de recherche de Paris ont notamment dans le viseur la vente du domaine Ganevat en 2022 par l’homme d’affaires russe Alexander Pumpyansky, considéré comme un passionné de vins. Un domaine acquis seulement six mois plus tôt à Jean-François Ganevat.

Fils d’un oligarque russe proche de Vladimir Poutine, Alexander Pumpyansky avait été inscrit sur la liste noire de l’Union Européenne en mars 2022, peu après le début de la guerre en Ukraine. M. Pumpyansky avait annoncé céder le domaine jurassien juste avant que ses avoirs ne soient gelés. « Pour ne pas bloquer les activités », avait alors déclaré à France 3 Franche-Comté Benoit Pontenier, le propriétaire actuel du domaine.

La justice soupçonne un montage financier opaque

Lors de la cession du domaine par Alexander Pumpyansky en mars 2022, Benoit Pontenier est alors président du domaine Ganevat depuis l’acquisition par l’homme d’affaires russe en 2021, selon ses déclarations à France 3 Franche-Comté. Dans la Revue du vin de France, Jean-François Ganevat avait alors déclaré souhaiter s’associer à Benoit Pontenier pour racheter le domaine de Rotalier, ainsi que celui du Prieuré Saint Jean de Bébian, dans le Languedoc, également dirigé par Benoit Pontenier et propriété d’Alexander Pumpyansky, pour 15 millions d’euros.

La justice s’interroge donc sur les coulisses de cette transaction. Les deux domaines ont-ils réellement été vendus par l’homme d’affaires russe ? Selon les informations du journal Le Monde, les enquêteurs soupçonnent un montage financier qui aurait permis à M. Pumpyansky de rester, dans l'ombre, le vrai propriétaire des deux domaines. Toujours selon le journal Le Monde, c’est sur une société immatriculée à Chypre que M. Pumpyansky aurait placé les actifs des deux domaines. 

Dans ce type de dossier complexe, la justice peut recourir à la "présomption de blanchiment", qui permet d'exiger des justificatifs sur l'identité des bénéficiaires ou l'origine des transactions. 

Qui détient aujourd’hui le domaine Ganevat ?

Benoit Pontenier et Jean-François Ganevat avaient-ils les moyens de racheter ensemble les deux domaines ? Qui en sont aujourd’hui les propriétaires ? Jean-François Ganevat avait annoncé en mars 2022 vouloir racheter le domaine familial qu’il avait vendu en septembre 2021 à Alexander Pumpyansky pour une somme évaluée à 48 000 euros l'hectare, soit 624 000 euros. 

En novembre 2022, Benoit Pontenier avait à son tour déclaré à la Revue du vin de France s’associer avec l’œnologue jurassien Jocelyn Broncard, maitre de chai au domaine Ganevat, pour le rachat des deux domaines. Aujourd’hui, Benoit Pontenier serait le détenteur de 99% des parts du domaine, selon Le Monde. Les enquêteurs s’interrogent sur la réalité d’une telle transaction, ce dernier n’ayant vraisemblablement pas eu la surface financière pour racheter les deux domaines.

Quelle place occupe chacun des protagonistes dans la société ?

Nous n’avons pu joindre aucun des trois. Jean-François Ganevat travaillerait toujours au domaine, Benoit Pontenier et Jocelyn Broncard en seraient eux les actuels propriétaires, comme l’indique la fiche de présentation du domaine dans la Revue du vin de France. Alexander Pumpyansky détient-il encore des parts, via un montage financier, dans le domaine Ganevat ? C’est la question que vise à résoudre la justice.

La saisie des biens, confirmée par le parquet de Paris à France Bleu Besançon, a eu lieu en juin 2023. Comme toute saisie menée lors d’une enquête pénale, elle n’entrave pas la poursuite des activités commerciales du domaine, mais elle vise à empêcher sa vente ou sa dissolution, en vue d’une éventuelle confiscation future. Une perspective que déterminera la suite de l’enquête.