Manque de neige et de fréquentation : les stations de ski du Jura pataugent financièrement

Dans le massif du Jura, les stations de ski chiffrent leur manque à gagner à plusieurs millions d'euros. Le réchauffement climatique induit une trop courte saison de ski et des changements d'habitudes des vacanciers auxquels les gestionnaires doivent s'adapter.

La saison avait pourtant bien démarré. La station de Métabief (Doubs), comme celle des Rousses (Jura), avait ouvert fin novembre 2023. "Les conditions météorologiques étaient top, explique Philippe Alpy, président du Syndicat mixte du Mont d'Or (SMMO), qui gère la station de Métabief. Il faisait suffisamment froid pour faire de la neige de culture. Le recrutement était fait, les équipes motivées." Le premier week-end de janvier était encore idyllique et puis le redoux est arrivé en janvier. Plus de neige naturelle. 10 à 11 pistes sur 19 ouvertes. Le périmètre est restreint, la tarification réduite. En février, la pluie tombe et achève de dégrader le terrain de jeu. Bilan en fin de saison : 3,3 millions d'euros de manque à gagner. 

"Malgré l'absence de neige, nous avons quand même ouvert 70 jours, ce n'est vraiment pas mal, poursuit Philippe Alpy. Les écoles de ski ont bien fonctionné. Mais les fanatiques de ski écourtent leur séjour. Et quand il fait 20 degrés à Besançon ou à Dijon, les gens n'ont pas envie de venir skier, quand bien même, ils le pourraient encore, comme en janvier. Et ça, c'est agaçant, c'est rageant."

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3,3 millions d'euros ne sont pas rentrés dans les caisses de Métabief

Bien qu'en avance sur d'autres stations sur l'appréhension du réchauffement climatique et la diversification des activités pour une utilisation "quatre saisons", comme l'ouverture de la piste de luge désormais toute l'année, Métabief doit revoir son système économique. "Ce sont 3,3 millions d'euros qui ne sont pas rentrés dans les caisses par rapport au budget prévisionnel et que les collectivités acceptent de compenser, mais jusqu'à quand ?, s'interroge Philippe Alpy qui est aussi vice-président du département du Doubs en charge du développement territorial." Il faut faire des hypothèses de travail. Sans négliger les vérifications inhérentes à la sécurité, il faut peut-être décider de n'ouvrir en début de saison que 15 remontées sur 19 pour économiser de l'énergie et du personnel. Quand on a gagné "100" en trois mois avec de l'alpin, on ne peut pas se contenter de "30 !" 

L'intégration au Magic Pass, l'accès illimité aux remontées mécaniques partenaires en Suisse, France et Italie a profité par solidarité à la Station de Métabief. Ce système coopératif a permis de rentrer 645 000 € sur la saison de ski (contre 800 000 € d'ordinaire). "L'organisation du Magic Pass tient à ce que les petites stations soient dedans, car nous sommes des centres d'apprentissage pour de futurs utilisateurs des grandes stations, explique Philippe Alpy. Cela donne le goût de l'altitude, de la marche, c'est un phénomène ascensionnel pour les usagers de la montagne. Donc, nous sommes récompensés pour ça, et cela fait aussi partie de l'adaptation."

Autre piste à l'étude : valoriser encore davantage le Mont d'Or comme destination touristique "Tout en préservant le site de la surfréquentation et de l'érosion, on peut imaginer mettre en valeur son passé industriel avec le musée du fer de Vallorbe par exemple, réfléchit Philippe Alpy. Inciter à se promener sur les crêtes en empruntant le télésiège. Il faut que l'investissement dans la sobriété en eau et en investissement, la limitation de l'accès à la route aient du sens. Tout cela, on va le discuter et l'envisager."

Diversification des activités aussi aux Rousses

Pas de bilan chiffré pour l'instant à la station des Rousses dans le Haut-Jura voisin. Il ne sera transmis aux élus qu’à la fin mai. "Mais on ne sera pas à l'équilibre, c'est sûr, anticipe le directeur marketing de la Sogestar, Anthony Collet. Heureusement, les bonnes années, nous mettons de l'argent de côté grâce aux remontées mécaniques, ce qui nous fait un peu de trésorerie."

Les bonnes années enneigées étant de plus en plus rares, la station des Rousses tend, elle aussi, vers une diversification des loisirs pour occuper ses vacanciers. Ainsi des activités estivales ont-elles été rouvertes plus tôt en saison, comme les "commando games", parcours de force et d'agilité dans l'enceinte du fort des Rousses. Les caves d'affinage ont aussi été très visitées. La patinoire et le musée de l'Espace des mondes polaires ont tourné à plein régime. La station des Rousses jouit par ailleurs d'une vie de village, avec commerces et restaurants, très différente des stations intégrées des Alpes. 

Le gros enjeu des domaines skiables est de trouver un nouveau modèle économique, pour continuer à gagner de l'argent en hiver.

Anthony Collet, directeur marketing Sogestar Les Rousses

.Nous avons ouvert les télésièges des Jouvenceaux et des Briales aux piétons cet hiver et emmené une "food dameuse", un foodtruck sur chenilles, au sommet des pistes pour que les gens prennent l'air, se baladent à 1400 mètres d'altitude et puissent aussi boire un café ou manger un burger." Une autre façon de diversifier les activités de montagne, sans skier.

"C'est un bon exercice pour préparer l'avenir, conclut Anthony Collet, avoir une offre plus large, plus nature et culture pour maintenir l'intérêt à venir dans notre montagne. D'ailleurs, malgré la météo, nous n'avons quasiment pas eu d'annulations sur les vacances d'hiver. Certes, les chiffres étaient inférieurs à l'année dernière, mais le taux de remplissage oscillait entre 70 et 85%".

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