Pétition : pour sauver l'abbaye de Baume-les-Messieurs et le patrimoine du Jura

L'Abbaye de Baume-les-Messieurs, Jura
L'Abbaye de Baume-les-Messieurs, Jura

Une pétition a été mise en ligne. Elle s'adresse à Clément Pernot, président du Conseil Départemental du Jura. Il souhaite vendre les Forges de Baudin et une partie de l'abbaye de Baume-les-Messieurs. Au grand dam des défenseurs du patrimoine.

Par Catherine Eme-Ziri

La pétition mise en ligne a déjà recueilli plus de 1000 signatures en moins de 48 heures. Elle parle de "braderie de printemps", compte tenu des prix de vente proposés.

Les signataires demandent à Clément Pernot, le président du Conseil Départemental du Jura (Les Républicains) de renoncer à ses projets : vendre les Forges de Baudin et une partie de l'Abbaye de Baume-les-Messieurs.
Le Jura, comme la plupart des départements, connaît des difficultés financières à cause de la baisse des dotations de l'Etat et de la hausse de ses dépenses sociales, comme le RSA par exemple.(Voir le communiqué du département en fin d'article)
Le département a donc mis en vente, sur le Boncoin, les Forges de Baudin et a proposé à la commune de Baume-les-Messieurs de racheter la partie de l'Abbaye dont il est propriétaire : le logis abbatial, là même où vivait l'artiste Josette Coras, aujourd'hui décédée, les caves, la tour de justice et la chapelle...
Les domaines avaient évalué les Forges à 245 000 euros, elles sont mises en vente à 150 000 ; et l'Abbaye, estimée à 300 000 euros serait proposée à 200 000.
Le conseil municipal de Baume a connu une séance houleuse au début du mois, certains conseillers étant effrayés par le montant des réparations, a priori 20 millions d'euros.
Pour Alexandra Sobczak, la présidente nationale de l'association "Urgences patrimoine" à l'origine de la pétition, ces ventes sont insupportables : "Elles ne me conviennent ni sur la forme, ni sur le fond. Du patrimoine en vente sur le Boncoin, c'est un manque de respect pour ces vieilles pierres. De plus, si le département a besoin d'argent, ce que je peux comprendre, pourquoi brader ces biens, largement en dessous des estimations des domaines..." Elle considère également que tout clivage politique est dépassé : "Le patrimoine n'appartient ni à la droite, ni à la gauche..." Et elle ajoute que "Baume-les-Messieurs a le potentiel pour devenir un pôle toutistique et donc économique pour le Jura". 

Le maire de Baume-les-Messieurs, Pascal Cardinal, partage cet avis. Selon lui, les chiffres des travaux de restauration avancés, soit 20 millions d'euros, sont "complètement fantaisistes". Il ajoute que la commune est déjà propriétaire de deux bâtiments, l'abbatiale Saint Pierre, la cure et les cours... Il souhaite faire de ce lieu un pôle touristique important, "avec l'aide d'autres collectivités territoriales, comme par exemple la communauté de communes". Avec le vote de 6 conseillers municipaux en faveur de l'achat, si le conseil départemental du Jura maintient son offre de vente à 200 000 euros, la commune s'en porte donc acquéreur.

La patrimoine du Jura bradé ?
Le département du Jura vend une partie de l'abbaye de Baume-les-Messieurs. Un projet refusé par certains habitants. Intervenants ; Pascal Cardinal, maire de Baume-les-Messieurs, Clément Pernot, président du conseil départemental. Reportage : C. Schaffner et H.Perret. Montage : E. Debief.


Voici ce que dit le département du Jura avec ce communiqué que nous publions dans son intég(ralité. Il est question de Baume-les-Messieurs et aussi de la politique culturelle de la collectivité :

"L’Abbaye de Baume-les-Messieurs est un ensemble architectural organisé en une quarantaine de divisions cadastrales, dont six seulement sont actuellement la propriété du Conseil départemental, soit trois tènements : la Tour de Justice, l’appartement appelé « appartement Coras » et l’ancien dortoir des moines.
L’essentiel des bâtiments de l’Abbaye a été privatisé, notamment à la Révolution. Sur une quinzaine de propriétaires, deux sont des propriétaires publics : la Commune de Baume-les-Messieurs et le Conseil départemental du Jura. Ces deux propriétaires publics se partagent l’essentiel du patrimoine visitable, mais les recettes des 100 000 visites annuelles sont encaissées exclusivement par la Commune, alors que les services du Département assurent la maintenance de ses propriétés. Cette incohérence ne pouvait persister.

Par une délibération du 1er mars 2016, le Conseil municipal de Baume-les-Messieurs a fait la proposition au Conseil départemental de se porter acquéreur de ses trois tènements afin de constituer un ensemble unique et cohérent, pour une somme de 200 000 euros.
La Commune de Baume-les-Messieurs vit en effet essentiellement du tourisme et compte exploiter ce patrimoine, en menant un projet cohérent sur un ensemble ainsi réuni.
La partie qui est en question représente 1200 m2 sur un total au sol de plus de 13 000 m2, soit moins de 10%.
Quelques remarques s’imposent :
• Il est faux de dire que le Département s’apprête à « vendre » : il a été sollicité par la Commune de Baume-les-Messieurs, acteur public, conscient de la nécessité de respecter et valoriser son patrimoine. Il ne s’agit pas d’une privatisation ou d’une liquidation ; la réaction du Département n’aurait évidemment pas été la même.


• Le Département possède moins de 10% du bâti au sol de l’ensemble et l’essentiel de l’Abbaye constitue déjà un parc locatif privé. Il est donc faux de dire que « le Département vend Baume » !

• Les propriétés du Conseil départemental étaient difficilement exploitables, indépendamment de l’ensemble patrimonial que constituent les bâtiments historiques visitables. La réunion de l’ensemble était devenue une nécessité.

• Le Département continuera à assurer de son soutien la Commune de Baume-les-Messieurs grâce à sa mission patrimoine.



Concernant le budget départemental consacré à la Culture :
Avec 3,2 millions d’euros, le Département du Jura consacre en 2016 0,8% de son budget à la culture, soit autant que le Gouvernement (0,8%). La baisse de ce budget est due à la baisse des recettes que l’Institution connaît et la hausse de ses dépenses sociales.
Le Département reprend à son compte les arguments du Gouvernement pour justifier la baisse de son budget « culture ». Les temps sont difficiles, et l’argent public se fait plus rare.
Par ailleurs, le Département conduit une politique subsidiaire en matière culturelle : nous faisons confiance aux acteurs culturels et aux collectivités locales, pour l’animation culturelle des territoires.
En conséquence, il n’a plus à être maître d’ouvrage ou porteur de projet
."

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