Pierre-Alain Brossault : le Jurassien qui a fait “tomber” Jacques Chirac dans l'affaire des emplois fictifs

A gauche Pierre-Alain Brossault, le premier plaignant dans l'affaire des emplois fictifs à la mairie de Paris, à droite Jacques Chirac. / © DR
A gauche Pierre-Alain Brossault, le premier plaignant dans l'affaire des emplois fictifs à la mairie de Paris, à droite Jacques Chirac. / © DR

Au milieu des années 90, Pierre-Alain Brossault, militant écologiste, a été le premier et pendant longtemps le seul à saisir la justice dans l'affaire des emplois fictifs à la mairie de Paris. A l'heure des hommages à Jacques Chirac, le Jurassien d'origine revient sur son long combat.

Par Lucie Thiery

Après la mort de Jacques Chirac et à l'heure des hommages, des voix s'élèvent pour rappeler les affaires qui ternissent son parcours politique.
Longtemps protégé par l'immunité présidentielle, il est le premier chef d'État français à avoir été condamné par la justice. En 2011, Jacques Chirac écope de deux ans de prison avec sursis pour avoir attribué une vingtaine d'emplois fictifs à des amis politiques notamment du RPR entre 1990 et 1995, à l'époque où il était maire de la ville de Paris.
 


C'est l'épilogue d'une saga judiciaire qui dura près de 15 ans et qui n'aurait jamais pu voir le jour sans la ténacité d'un citoyen parisien originaire du Jura.

En 1999, l'affaire fait les grands titres. Les médias le présentent comme le "tombeur" de Chirac, "celui par qui le procès de l'ancien maire de Paris puis ex chef de l'État est arrivé", un "agitateur professionnel". Pierre-Alain Brossault estime qu'il est "plus qu'un lanceur d'alerte", il fut le premier - et longtemps le seul - plaignant dans l'affaire des emplois fictifs à la mairie de Paris.
L'homme vit entre Paris et Beaufort-Orbagna dans le Jura d'où est originaire une partie de sa famille. "Mes origines jurassiennes remontent au XVIe siècle, une autre partie de ma famille repose à Châtillon-le-Duc dans le Doubs", précise-t-il.

Militant écologiste de la première heure, il a soutenu René Dumont lors de la campagne présidentielle de 1974. Au début des années 1990, Pierre-Alain Brossault faisait partie d'un collectif qui se battait contre les projets de bétonnage de la mairie. "Je me suis toujours intéressé à la vie municipale, notamment en matière d'environnement, et c'est la lecture d'un article du Canard Enchaîné sur la gestion douteuse de la ville de Paris qui a tout déclenché", explique-t-il.
Plus tard, il déclarera en 2009 au journal le Parisien : "L'attaque contre les emplois fictifs, c'était un autre moyen pour moi de lui mettre des bâtons dans les roues".
 

"Je ne voulais pas faire tomber un homme, j'étais animé par mon engagement citoyen"


Dans ce reportage consacré aux élections municipales de 2001 dans le 13e arrondissement de Paris, on découvre Pierre-Alain Brossault tête d'une liste écologiste.
 
 

Dans l'arrière chambre se trouvait Me Pierre-François Divier, longtemps défenseur des verts. Son ami avocat lui suggère de lancer une procédure. "Tout citoyen a la liberté de porter plainte à la place d'une collectivité locale défaillante".
"Mon but n'était pas de faire tomber un président, j'étais animé par mon engagement citoyen" explique-t-il.

En 1986 déjà, il dénonça une infraction au code électoral du RPR qui avait failli éclabousser Jacques Chirac.

"Boîte aux lettres taguée, pneus de voitures crevés, coups de fils anonymes"


En 1998, le tribunal administratif l'autorise à porter plainte "en lieu et place de la ville de Paris", dirigée à l'époque par Jen Tibéri. Le militant et citoyen Pierre-Alain Brossault devient alors partie civile et entame une longue lutte judiciaire et médiatqiue.

Boîte aux lettres taguée, pneus de voitures crevés, coups de fils anonymes répétés en pleine nuit, il dit avoir subi des pressions et intimidations. Jean Tibéri lui aurait même proposé une tête de liste aux élections d'une mairie de Paris en échange de son renoncement, ce qu'il refusera.

En 2001, après plusieurs années de combat solitaire, Pierre-Alain Brossault reçoit le soutien de Bertrand Delanoë, nouvellement élu maire de la capitale. L'édile porte plainte à son tour au nom de la ville de Paris.
Plus tard, un arrangement sera trouvé entre Jacques Chirac et les socialistes. En septembre 2010, la Ville retire sa plainte juste avant l'ouverture du procès. Pour Pierre-Alain Brossault ce désistement de la dernière heure n'est pas un acte gratuit, "Dans la négociation, l'UMP a mis sur la table 1,5 million d'euros et Jacques Chirac a versé 500 000 euros à la ville, remboursant d'une certaine manière les salaires indûment versés à l'époque", conclut-il.

Aujourd'hui Pierre-Alain Brossault travaille à la mairie de Paris dans le 13e arrondissement. A 66 ans, il est chargé de mission au service urbanisme. Dans quelques mois il prendra sa retraite et prévoit de passer beaucoup plus de temps dans le Jura, loin de l'épicentre de ces années de tumulte politico-judiciaire.
Passant une grande partie de sa vie à dénoncer le clientélisme, il a contribué à ce que le Président de la République devienne un justiciable comme un autre.

 

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