Le marché des châteaux à vendre, un secteur boosté par la crise sanitaire

La Bourgogne représenterait près de 10% de ce marché qui a doublé en près de 10 ans. Et la crise du coronavirus ne semble pas ralentir les ventes. Bien au contraire. 

En moyenne, il faut débourser 1,5 millions d'euros pour acquérir un bien immobilier de ce type.
En moyenne, il faut débourser 1,5 millions d'euros pour acquérir un bien immobilier de ce type. © France 3 Bourgogne

C’est un marché qui continue de prospérer malgré la crise sanitaire. Les ventes de châteaux ont doublé en une décennie. Ces biens exceptionnels suscitent la convoitise des citadins et d’une clientèle de prestige. 1 500 châteaux seraient actuellement disponibles à la vente en France selon les agences spécialisées. 10% d’entre eux se trouveraient en Bourgogne.

Sur les sites spécialisés, vous pourrez ainsi découvrir un château de 510 m² pour 990 000 euros à Aignay-le-Duc (Côte d'Or). A Avallon (Yonne), c'est un château et une deumeure séparée, soient 35 pièces qui sont proposés pour 980 000 euros. Pour un pavillon de châsse de 800 mètres carré à proximité de Nevers (Nièvre), il faut compter 537 000 euros. Mais il faut prévoir 1,25 million d'euros pour un château à rénover entièrement sur un domaine de 18 hectares au sud du Morvan. 

Chaque année, ce sont près de 20 bâtisses imposantes qui trouvent de nouveaux propriétaires dans la région. Pour des prix allant de 500 000 à 3,5 millions d’euros, et des transactions de plus en plus rapides.

Des délais de vente réduits

Avec la crise sanitaire, de nombreux citadins recherchent des résidences secondaires pour se ressourcer et reprendre contact avec la nature. Un élan de la ville vers la campagne qui favorise les ventes de châteaux. Avant la crise sanitaire, ces biens trouvaient leurs acquéreurs six à douze mois après leur arrivée sur le marché. Désormais, quelques semaines suffisent.

Gautier Dumontet est négociateur immobilier en demeures de prestige. Il est actuellement chargé de vendre une château de 450 m2 au nord de Mâcon (Saône-et-Loire). "C’est un bien qu’on a en vente depuis un mois. On a déjà effectué 5 visites. D’autres sont encore à programmer et à prévoir. Il y a donc un rythme très soutenu. Cette propriété partira dans quelques semaines sans aucun souci", assure-t-il. Il faut dire que le marché est actuellement très porté par l'exode urbain de cadres supérieurs. En Saône-et-Loire, la proximité de l'agglomération de Lyon joue à plein. "Actuellement, c'est une résidence secondaire. Ce qui est intéressant c'est que pour toutes les demandes que nous avons eues sur cette maison, il s'agirait plutôt d'en faire une résidence principale. Les urbains réinvestissent les campagnes de manière durable."

On voit de plus en plus les urbains qui réinvestissent les compagnes.

Gautier Dumontet, négociateur immobilier en demeures de prestige

Ce marché qui ne connaît pas la crise fait le bonheur des agences immobilières. Certaines ont vu leur chiffre d’affaires augmenter de 50% sur l’année 2020 grâce à ces ventes. Isabelle Ponnelle a déjà vendu trois châteaux en 2021. "Il y a beaucoup de châteaux à vendre parce que les enfants ne veulent pas les reprendre car cela coûte très cher. Parfois c’est un gouffre", détaille la négociatrice.

L'inquiétude des châtelains

L'arrivée de nouveaux acheteurs pourrait permettre d'enrayer un autre phénomène. Ces dernières années, les châteaux mis en vente ont souvent été rachetés par des investisseurs étrangers. Des opérations qui ont pu susciter la polémique dans la région, d'autant qu'elle conduisent parfois à des fiasco. En Côte d'Or, le château de Nogent les Montbard (Côte-d'Or) est laissé à l’abandon depuis son acquisition en 2010 par un Franco-suisse. Il y a trois ans, le château de la Rochepot (Côte-d'Or) a été saisi par la justice après avoir été acheté par un Ukrainien soupçonné de corruption et de blanchiment d’argent.

Le château de la Rochepot est à l'abandon depuis 10 ans.
Le château de la Rochepot est à l'abandon depuis 10 ans. © France 3 Bourgogne

Le bond rencontré par ce marché de niche inquiète certains châtelains réunis au sein de l’association La Demeure Historique BFC à Arcelot (Côte-d’Or). Car une fois restaurés, les châteaux deviennent souvent des propriétés privées fermées au public. "Il serait dommage que ce patrimoine français soit perdu et sombre dans l’oubli", confie Antoine de Loisy, propriétaire du château d’Arcelot.

► Le reportage de Fabienne Acosta et Rodolphe Augier :

20 000 châteaux ont été vendus à des fins privées en France. Des biens souvent remis sur le marché une décennie plus tard. Les châteaux de Vélogny et de Malaisy en Côte-d'Or seront quant à eux proposés aux enchères ce mercredi 3 mars.

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