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Lure : une Rencontre nationale au chevet de l'hôpital public

© Philippe Arbez, France 3 Franche-Comté
© Philippe Arbez, France 3 Franche-Comté

Lure, capitale des luttes pour une santé de proximté ? Pendant trois jours, des représentants de comités de vigilance ont participé à la 29e Rencontre de la Coordination nationale comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité".

Par Avec AFP

Initié au début des années 80 pour lutter contre la fermeture de la maternité de Lure, le principe du comité de vigilance s'est diffusé dans toute la France. Il existe aujourd'hui des comités dans toutes les régions y compris les DOM.  En Bourgogne Franche-Comté,  des comités se sont montés dans des villes dont les services de proximité sont menacées : Autun, Châtillon-sur-Seine, Clamecy, Decize, Montceau-les-Mines et Gray, Lure, Luxeuil.

Malgré le comité de défense de Lure,  le "démantèlement" de l'hôpital commence dix ans plus tard, avec la fusion des hôpitaux de Lure et de Luxeuil-les-Bains, raconte à l'AFP, Michel Antony. La maternité, puis les soins intensifs, ferment leurs portes. En 2002, les deux sites sont rattachés à l'hôpital de Vesoul, à 30 km, pour former le "groupe hospitalier de la Haute-Saône" (GH70). Lure perd ses urgences en 2003, transformées en centre de soins non-programmés, fermé de minuit à 8h, avec un seul urgentiste obligatoirement présent au lieu de deux. Puis le service de cardiologie et la chirurgie.

Ces comités se sont réunis, à partir de 2004, en  "Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité".
Cette coordination, dont le siège est à Lure, se bat pour "une vraie égalité républicaine" dans l'accès aux soins. Une bataille menée avec conviction et détermination par Michel Anthony. Cet ancien professeur d'histoire, cofondateur de la Coordination et habitant de Lure, est sur tous les fronts de lutte pour préserver des services publics de proximité. Pour clôturer ses trois jours de d'ateliers de travail, un débat public est organisé à 18 heures sur la "désertification médicale et la santé de proximité". 

30% des généralistes ont plus de 60 ans et ne trouvent pas de remplaçants


Les territoires "souffrent de plus en plus de la désertification sanitaire" et des "économies budgétaires", ont dénoncé samedi des associations de défense des hôpitaux de proximité, réclamant une "véritable égalité d'accès aux soins" en France.
"Partout", les médecins manquent": 20 à 30% des postes hospitaliers "sont vacants", 30% des généralistes ont plus de 60 ans et ne trouvent pas de remplaçants, et "un tiers des français", éloignés des services de santé, "renonce à des soins", détaille, dans un communiqué, la Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité, réunie ce samedi pour le 3e jour de ses "rencontres nationales" à Lure. 

Regroupements hospitaliers, fermetures d'urgences, de maternités, de blocs opératoires, concentration accrue pour "faire des économies", pénurie de médecins libéraux:
les politiques publiques "détruisent le maillage territorial" en matière de santé, a déploré, lors d'un point presse, la présidente de la Coordination, Hélène Derrien.

"Les inégalités vont s'aggraver"

La coordination, qui compte une centaine de comités adhérents, pointe notamment "l'épée de Damoclès" soulevée par le dernier avis du Haut Conseil pour l'avenir de l'Assurance maladie (HCAAM), publié mardi, qui préconise la création de 600 établissements de santé communautaires recentrés sur des activités de médecines polyvalentes.
Mais "notre définition des hôpitaux de proximité, c'est une maternité, un bloc opératoire et un service d'urgences avec service mobile de réanimation (Smur)", sinon l'hôpital devient une "coquille vide", a-t-elle poursuivi.
Les inégalités vont s'aggraver et "il ne va pas faire bon vivre entre deux métropoles", prévient la Coordination. De plus, la pénurie de médecins touche aujourd'hui "les
grandes villes, même Paris".

Elle prône donc "la remise en cause de de la liberté d'installation des médecins". "Aujourd'hui, kinés, pharmaciens, infirmiers sont tous régulés, mais pas les médecins", a regretté Mme Derrien, proposant un "service sanitaire" d'une nouveau genre, où les étudiants en médecine s'engageraient à exercer "quelques années, par exemple trois à cinq ans", dans les territoires sous dotés, a-t-elle détaillé.

La Coordination souhaite aussi "réguler le numerus clausus", "refonder les études médicales" et développer des "centres publics de santé" en lien avec la médecine libérale.

140 postes d'urgentistes ne trouvent pas preneurs selon l'ARS

Pourtant, dans des territoires ruraux touchés par la désertification médicale, les regroupements sont "indispensables", assurent les autorités sanitaires.
En Bourgogne-Franche-Comté, 140 postes d'urgentistes ne trouvent pas preneurs et dans le même temps certaines lignes d'urgences sont  "faiblement" fréquentées, assure l'Agence régionale de Santé (ARS). "On fait 60 à 70 heures par semaine, il nous manque 9 urgentistes", confirme un médecin du GH70.
Avec sa façade bleue et orangée, ses larges baies vitrées, ses chambres rénovées, l'hôpital de Lure est "loin d'être sinistré", réplique le directeur, Pascal Mathis.

Gériatrie, réadaptation, prise en charge de la maladie d'Alzheimer, addictologie, neurologie, pôle de santé flambant neuf: le site s'est "agrandi" et recentré sur la médecine "de pointe et diversifiée". Les médecins "veulent travailler sur des plateaux techniques complets, sophistiqués", qu'il n'est "plus possible d'avoir à trois endroits du département", explique-t-il.

"L'ARS est dans une logique de concentration et d'économies sans fin", et "menace maintenant les urgences" de plusieurs autres sites, s'insurge la conseillère régionale PS Claudy Chauvelot-Duban, dénonçant "un jeu de dominos: les urgences ferment, l'hôpital dégringole et les médecins ne reviennent jamais". Généralistes, ORL, ophtalmos: les libéraux vieillissent et ne sont pas remplacés.

Pour le maire de Lure Eric Houlley, "la politique générale de santé" est en cause: de Sarkozy à Macron, "personne n'a touché aux règles de recrutement et de répartition".
Devant son journal, Christophe, un habitant rencontré par le journaliste de l'AFP,  se résigne: "Ils ont fermé la caserne militaire, le commissariat, le tribunal. Tout disparaît, mais les politiques s'en foutent des petites bourgades".

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