Entre force et résilience, la reconstruction de Gaëtan Honoré, rescapé des attentats du 13 novembre 2015

Ce vendredi 8 octobre, Gaëtan Honoré, directeur d'école dans la Nièvre, a témoigné lors des procès des attentats du 13 novembre 2015 à la cour d'assises de Paris. Rescapé de l'attaque terroriste menée au Bataclan, l'homme de 40 ans nous raconte sa reconstruction morale et psychologique.

Comment trouver la force de se reconstruire après avoir vécu le pire ? Le 13 novembre 2015, Gaëtan Honoré est présent au Bataclan pour assister à un concert avec un ami et sa cousine. Rescapé, ce directeur d’une école de Guérigny dans la Nièvre s’est plongé dans le travail et le sport pour avancer, même si les blessures morales sont toujours là, 6 ans après.

Ce vendredi 8 octobre, l’homme de 40 ans s’est replongé dans le fameux soir d’automne qui a changé sa vie. Lors de la sixième semaine d’audiences du procès des attentats, celui qui s’est constitué partie civile s’est mis à nu à la cour d'Assises de Paris. 12 minutes face à la barre pour raconter deux heures de terreur.

12 minutes pour raconter deux heures de terreur

Devant la caméra de France 3 Bourgogne, Gaëtan Honoré est revenu sur ce 13 novembre. Il est présent dans la fosse lors du concert de rock organisé au Bataclan au moment où les terroristes pénètrent dans la salle. "Dans un premier mouvement de foule, j’ai été projeté au sol. Une personne s’est mise sur moi et m’a décrit les déplacements des terroristes".

J’ai eu très peur. J’ai repensé à des moments que j’avais vécu avant. Je me disais ‘c’est donc ça de mourir’. Quand je sors, je suis complètement sidéré.

Gaëtan Honoré, rescapé du 13 novembre 2015

Plaqué à terre, celui qui est encore professeur des écoles sent un liquide couler dans ses oreilles. Il comprend quelques minutes plus tard qu'il s'agit de sang. L’homme qui est couché sur lui vient d’être tué par les assaillants. Les attentats du 13 novembre 2015 feront 130 morts au Stade de France, au Bataclan et sur les terrasses parisiennes. Après quelques minutes à rester immobile, Gaëtan Honoré arrive à s’extirper et à monter sur la scène avant que les forces de l’ordre n’arrivent et ne le fassent sortir. "On enjambe des corps, des cadavres, c’est une horreur absolue", décrit-il.

Près de 6 ans plus tard, le père de deux filles de 9 et 14 ans est parvenu à aller de l’avant. Mais les souvenirs sont toujours là. "D’un seul coup vous êtes recollé dessus de manière instantané. Un bruit, une odeur, un geste, une parole et ça vous replonge dans cet océan d’angoisse". Témoigner à la barre est ainsi une étape de sa reconstruction. "C’était une évidence de me constituer partie civile. Il fallait que je puisse témoigner. Ça me permet d’aller jusqu’au bout. Je me sens soulagé. C’est un chapitre qui se ferme", confie-t-il après s’être exprimé au tribunal. Au total, 1 700 personnes se sont constituées partie civile.

Une lente reconstruction

Depuis ce 13 novembre 2015, l’homme de 40 ans a consulté 180 fois un psychologue avec un objectif : remettre du "beau" dans son existence. Le beau, ce sont les élèves de l’école qu’il dirige qui lui apportent. Combatif, Gaëtan Honoré est retourné au travail dès le lundi qui a suivi les attentats. "Le travail permet d’être ancré dans le réel. Ça vous rattache à une réalité qui est en lien avec les vivants".

Le jeune professeur devient directeur d’école. Les enfants lui ont permis de garder la tête de l’eau, malgré les souvenirs encore prégnants et les insomnies. "Ça a été ma bouée de sauvetage pour avoir l’impression d’être vivant. Ça m’a permis de rester à flottaison. C’est ce qui m’a maintenu avec les vivants".

Gaëtan Honoré s’est également inscrit pour obtenir un doctorat. Actuellement en deuxième année, il rédige une thèse sur l’efficacité des dispositifs inclusifs pour les enfants en situation de handicap. Quand d’autres bazardent leur vie d’avant, le Nivernais fait le choix de travailler dans le même domaine mais avec encore plus d’intensité.

La course pour rester vivant

À travers le sport, le rescapé a trouvé le moyen de se dépasser et d'aller au-delà de ses limites. Chaque soir, Gaëtan Honoré avale les kilomètres dans les forêts de la Nièvre. Le père de famille pratique le trail. "Ça m’apporte un relâchement physique. Tout est oublié à ce moment. On est seul avec soi et son corps. C’est une communion formidable. C’est quelque chose dont j’ai vraiment besoin".

Cette nature m’apaise et me renvoie une image belle. Mettre du beau dans ma vie, c’est un de mes objectifs depuis quelques années.

Gaëtan Honoré, rescapé du 13 novembre 2015

Courir en pleine nature, une manière pour lui d'éviter la ville. Même si Gaëtan Honoré a réussi à aller de l’avant, les angoisses peuvent revenir à tout moment. Le rescapé évite les grands rassemblements. "Ça vous replonge tout de suite. Dès qu’il y a un peu trop de monde, ça devient une source d’angoisse. La promiscuité, c’est proprement insupportable. Je me mets très facilement en retrait".

Pendant plusieurs années, le Nivernais conserve également la sensation du sang qui coule dans son oreille. "Je suis allé voir un ORL plusieurs fois alors que ce n’était qu’une perception. Je me souviens aussi de l’odeur du sang séché. La mémoire olfactive est l’un des trucs les plus prégnants. J’y repense très souvent".

Symbole de la résilience et de la force de caractère du rescapé, Gaëtan Honoré retournera bientôt au Bataclan pour assister à un concert de rap.

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