Un généraliste suspendu et 5 000 patients "orphelins de médecin" dans la Nièvre

À Fourchambault, dans l'agglomération de Nevers (Nièvre), la suspension du docteur Patrick Gautheron ne passe pas. Pendant un an, ses quelque 5 000 patients vont devoir trouver une solution.

Il avait la plus grosse patientèle de la région : 5 000 patients environ, répartis à Fourchambault, Nevers, et dans le Cher voisin. Le docteur Patrick Gautheron est suspendu depuis le 1er janvier 2024, sur décision du conseil national de l'Ordre des médecins, à la suite d'une enquête qui a démontré plusieurs anomalies, erreurs, surfacturations (voir plus bas). En ce début d'année, cette décision laisse des milliers d'habitants dans l'angoisse de ne pas être pris en charge en cas de problème médical.

"On se pose beaucoup de questions pour notre prise en charge médicale"

"On est extrêmement peinés et on se pose beaucoup de questions pour notre prise en charge médicale", confirme Florence, une patiente habituée du docteur Gautheron, qu'elle appelle d'ailleurs par son prénom. "Patrick s'occupe de notre petit de trois ans depuis sa naissance, ça se passe très, très bien, on n'a rien à lui reprocher."

Elle s'inquiète aujourd'hui de ne pas trouver de médecin pendant l'année de suspension de son médecin traitant.

"J'ai essayé Doctolib, mais je ne trouve personne. Et on aura jamais un "Patrick" !" 

Florence Bloyer

patiente du docteur Patrick Gautheron

"Pour suspendre un médecin, il y a des raisons certainement, des problèmes administratifs. Mais nous, les patients, on se retrouve orphelins de médecin et c'est très embêtant", résume Florence. Comme elle, plusieurs centaines de patients de Patrick Gautheron se sont réunis devant son cabinet, le week-end du Nouvel An, pour témoigner de leur soutien. Une pétition en ligne a recueilli, à ce jour, plus de 1000 signatures pour faire annuler la suspension du médecin.

Une permanence éphémère, 3 heures par jour, 6 jours sur 7 ?

France 3 a tenté de joindre le docteur Gautheron, sans succès. Pas de réponse non plus du côté de l'Assurance maladie, à l'origine de l'enquête diligentée contre le médecin. L'Agence régionale de santé, de son côté, annonce qu'elle espère mettre en oeuvre une solution rapide pour les patients "d'ici la deuxième quinzaine de janvier", selon son directeur territorial Régis Dindaud. 

"J'ai mobilisé l'Assurance maladie, le conseil de l'ordre, les syndicats de médecins, des pharmacies et infirmières, pour réfléchir à une solution éphémère qui pourrait permettre d'installer un cabinet temporaire à raison de 3 heures par jour, 6 jours sur 7 avec un local mis à disposition, pour offrir une réponse à ce besoin bien évidemment compréhensible de la population", explique Régis Dindaud.

Le directeur territorial de l'ARS assure avoir pleinement conscience de l'inquiétude de la patientèle. "Le docteur Gautheron a 4 500 patients en tant que médecin traitant, ainsi que des patients qui ne l'ont pas forcement déclaré comme médecin traitant mais qui viennent quand même le voir. On peut estimer un volume de 5 à 6 000 patients. C'est significatif."

L'ARS voudrait mettre en place un système impliquant un médecin et une infirmière, pour permettre de "filtrer" les consultations et permettre au médecin de réaliser un maximum de consultations pendant ses 3 heures de permanence.

L'idée est que l'on n'ait pas d'afflux vers les urgences, ni la maison médicale de garde.

Régis Dindaud

délégué départemental de l'ARS dans la Nièvre

Quand à la suspension du docteur Gautheron en elle-même, "l'ARS a pris acte et n'est pas là pour commenter la décision", tranche Régis Dindaud.

Pourquoi le médecin a-t-il été suspendu ?

Le maire de Fourchambault n'est pas plus disert sur le bien fondé de la décision. "La suspension du docteur, je l'ai d'abord apprise juste avant les fêtes de Noël par la rumeur, en l'absence d'information officielle", nous indique Alain Herteloup. "En tant que mairie, nous n'avons aucun pouvoir de modifier quoi que ce soit, et je ne me permettrai pas de commenter une décision judiciaire."

En revanche, Alain Herteloup assure comprendre pleinement le désarroi de ses administrés. Perdre un médecin pendant un an, "c'est très ennuyeux à l'échelle de la commune, de l'agglo de Nevers et même du Cher, dont nous sommes riverains". D'autant qu'à Fourchambault, un autre médecin est parti à la retraite il y a un an à peine. 

La suspension de Patrick Gautheron est "tout à fait soudaine, anxiogène pour la population". 

"Ça a créé un mouvement de panique et aussi de soutien, où quelques centaines de personnes sont venues exprimer leur désarroi et leur solidarité avec ce médecin implanté depuis des années sur la commune."

Alain Herteloup

maire de Fourchambault

Dans cet article du 26 décembre, le Journal du Centre expliquait les raisons de la suspension de Patrick Gautheron, notamment :

  • il a délivré des médicaments dont l'association est "formellement contre-indiquée" alors qu'il existait des "alternatives thérapeutiques"
  • il a délivré des médicaments non adapté à l'âge ou au poids des patients, ni à leur grossesse dans deux cas
  • il a prescrit de la méthadone sans y être habilité
  • il a prescrit des doses trop élevées de buprénorphine, un susbsitut aux opiacés
  • il a "irrégulièrement facturé" 2 500 consultations
  • il a réalisé plus de 100 consultations par jour sur au moins deux mois d'activité.

Interrogé par le JDC fin décembre, le docteur Gautheron déplorait une décision de "technocrates". "Je bosse quand il y a besoin de bosser. Certains ferment leur porte à 17 h, et ça va à l’administration. Il faut bien que les gens aillent quelque part. (...) Maintenant chacun va assumer ses actes, ils vont se débrouiller pour gérer. Ça fout tout le monde dans la merde."

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