"On a des milliers d’hectares coupés à blanc" : les forêts du Morvan, victimes du réchauffement climatique

Pour la journée internationale des forêts, le 21 mars, la Bourgogne Franche-Comté affiche un bien triste visage. Un rapport de la Chambre régionale des comptes pointe une "situation préoccupante" de nos forêts. Dans le Morvan, certaines espèces, déjà en grande difficulté, menacent de disparaître dans les prochaines décennies.

Le constat est sans appel : les forêts bourguignonnes sont en souffrance. La chambre régionale des comptes alerte, dans ce rapport publié le 13 mars, sur une "situation préoccupante" en Bourgogne, où la forêt recouvre 32% du territoire. 

Dans le Morvan, le changement se fait déjà sentir. Ici, feuillus et résineux poussent de concert. Mais ces derniers sont, depuis 2018, en net recul. "Les épicéas sont en train de dépérir", prévient Soraya Bennar, la directrice adjointe du Centre national de la propriété forestière (CNPF).

Le taux de mortalité a doublé

En cause : le réchauffement climatique et, avec lui, la prolifération des scolytes. Cet insecte ravageur s’attaque à l’écorce d’arbres déjà fragiles. "On estime que 80% de la population d’épicéas a disparu en cinq ans dans la forêt publique", chiffre quant à lui François Kocher de l’ONF. "Clairement, la physionomie du massif a déjà changé. Dans le Haut Morvan, on a déjà des milliers d’hectares coupés à blanc en deux ou trois ans."

Des parcelles entières d'épicéas ont disparu. C'est spectaculaire.

François Kocher, responsable ONF Avallonnais Morvan

L’épicéa, un des arbres autrefois majoritaires dans le Morvan, est ainsi devenu marginal. Et ce n’est pas la seule essence menacée. Hêtre, buis, chêne, sapin… "Aujourd’hui, elles présentent toutes des signes de faiblesse, constate Soraya Bennar. Cela peut prendre la forme de rougissements, de branches qui meurent…". Entre les périodes 2015-2019 et 2019-2023, le taux de mortalité a ainsi doublé, passant de 10 à 20% selon le rapport. "C’est une réalité, confirme l’ONF. On récolte aujourd’hui beaucoup plus d’arbres morts ou malades."

Au CNPF, les forestiers tentent donc de former les 19 000 propriétaires du Morvan, qui représentent 85% de la forêt, à reconnaître ces indices. Les solutions : diversifier les espèces ou encore mélanger les âges sur leur parcelle. "En clair, ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier", résume-t-elle. 

Inquiétude pour la filière bois

Demain, à quoi ressemblera le Morvan ? Probablement plus au massif aujourd’hui, selon l’ONF. "On commence à planter des essences qu’on n’aurait jamais pensé introduire il y a cinq ans. Des pins maritimes, des châtaigniers, des chênes du Sud… Des espèces au patrimoine génétique plus résistant à un climat plus chaud. Le but, c’est de faire une "forêt mélangée", car il faut aussi jouer avec le risque incendie."

Un changement de visage qui pose aussi des questions économiques. "C’est très clairement inquiétant pour la filière bois, avoue l’ONF. L’épicéa, c’était un très bon bois, c’est fini. Il reste le douglas. On espère que les professionnels sauront eux aussi s'adapter."

Soraya Bennar, du CNPF, est elle aussi soucieuse pour la filière : "On ne sait pas si on aura toujours de la ressource. Et puis, il y a aussi un enjeu de préservation du patrimoine forestier pour tous les "petits" propriétaires." Dans le Morvan, quelque 200 entreprises exploitent le bois. Elles emploient 600 à 800 personnes.