"Un gramme de passereau, c'est plus rentable qu'un gramme de cannabis" : un trafic présumé d'oiseaux démantelé dans le Morvan

Lundi 9 octobre, les agents de l'Office français de la biodiversité de la Nièvre ont mené une perquisition dans un village du Morvan, au domicile d'un homme soupçonné de trafic d'oiseaux. 26 volatiles, détenus illégalement, ont été retrouvés sur les lieux, dont 14 appartenant à une espèce protégée.

Une opération d'ampleur pour piéger un possible trafiquant... d'oiseaux. Lundi 9 octobre, quatre agents de l'Office français de la biodiversité (OFB) de la Nièvre, sous l'autorité du parquet de Nevers, ont perquisitionné le domicile d'un homme, installé dans une commune du Morvan nivernais. Ils ont découvert 26 oiseaux en captivité, dont 14 issus d'une espèce protégée, découverts encagés.

"Tout est parti d'une annonce qui a retenu notre attention, sur un site de vente en ligne", explique Renaud Wauquier, inspecteur de l'environnement à l'OFB de la Nièvre. Sur celle-ci étaient proposés à la vente des oiseaux vivants, des Verdiers d'Europe, espèce de passereaux protégée par arrêté ministériel, menacée d'extinction en France et classée comme vulnérable.

Des soupçons de trafic

"Beaucoup de choses n'allaient pas. Le propriétaire n'avait aucune autorisation préfectorale d'ouverture d'un établissement d'élevage, ce qui est pourtant obligatoire", continue Renaud Wauquier. "Il lui manquait également un certificat de capacité prouvant qu'il a les compétences pour gérer un élevage d'oiseaux". Vous l'aurez compris, les volatiles étaient donc retenus dans l'illégalité la plus totale.

"Ce n'est pas étonnant" estime Cyril Binetruy, chargé d'étude à la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) de la Nièvre. "Les passereaux sont des oiseaux souvent braconnés, en raison de leur couleur vive et de leurs chants mélodieux. On les trouve dans nos jardins, nos bocages, et ils sont ensuite destinés illégalement à des particuliers, à travers des trafics". 

Si on compare, un gramme de passereaux, c'est plus rentable qu'un gramme de cannabis. Pour les spécimens qui atteignent les 10 grammes, on peut monter à 200 euros. Jusqu'à 400 pour les chardonneret élégant.

Renaud Wauquier,

inspecteur de l'environnement à l'OFB de la Nièvre

Un trafic, c'est d'ailleurs ce que soupçonnent les agents de l'OFB. "Beaucoup de choses nous amènent à penser qu'il s'agit d'un commerce illégal d'animaux vivants", reprend Renaud Wauquier. "D'abord le nombre d'oiseaux, 26. Ensuite, la part non négligeable de Verdiers parmi eux. Et enfin, car on a aussi retrouvé de nombreux pièges".

Des gluaux (branchages que le trafiquant enduit de glu pour piéger l'oiseau), des filets et des cages appelants (dans laquelle est placé un oiseau vivant pour appâter ses congénères) ont ainsi été saisis.

Toutes ces techniques sont bien évidemment interdites, privent les oiseaux de leur liberté, et peuvent entraîner de graves dommages collatéraux pour les volatiles : des blessures jusqu'à la mort, directement à la capture, ou une fois en cage.

OFB de la Nièvre

Les volatiles ont été relâchés en milieu naturel. L'homme incriminé doit lui être entendu dans les prochains jours par le parquet de Nevers, et risque jusqu'à trois ans de prison, assortis d'une amende de 150 000 euros si le trafic est avéré. Ce qui serait rare dans le département. "Des interventions pour détentions illégales, on en fait assez souvent" révèle Renaud Wauquier. "Mais les commerces, ça, c'est plus rare".

Vers une hausse du trafic d'oiseaux dans la Nièvre ?

"Les passereaux ont une forte valeur lucrative. Leur commerce est international" explique Cyril Binetruy, de la LPO nivernaise. "Souvent, ils arrivent d'Afrique du Nord, et transitent par l'Europe". Dans la Nièvre, les 12 agents de l'OFB ont mis en place une veille sur les réseaux sociaux et les sites de vente en ligne, pour vite détecter les irrégularités. Mais selon Renaud Wauquier, "il y a pas mal de cas qui nous passent encore sous le nez".

Et l'inspecteur de l'environnement de craindre "que le trafic d'oiseaux protégés ne se développe dans le département". "La Nièvre est un territoire tranquille, qui a gardé sa nature", assure-t-il. "Il est facile pour un braconnier de s'installer dans un endroit isolé pour capturer et mener à bien ses activités.

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"On va accroître notre surveillance", promet Renaud Wauquier. "Mais regardez, dans la Nièvre, nous ne sommes que 12 à l'OFB. En France, la prise de conscience de l'ampleur prise par le commerce illégal d'animaux commence tout juste".

Pour rappel, le trafic d'animaux, au niveau mondial, est le troisième trafic le plus lucratif du monde selon l'ONU, générant des dizaines de milliards d'euros.