"On a perdu le sens de la vie": les dérogations accordées aux chasseurs irritent les autres amoureux de la nature

Alors que des dérogations seront accordées localement aux chasseurs, les autres usagers de la nature et des grands espaces s'indignent et voudraient, eux aussi, échapper au confinement.
Randonneurs autour du lac de Lamoura, dans le Haut-Jura
Randonneurs autour du lac de Lamoura, dans le Haut-Jura © MaxPPP - Le Progrès - Philippe Trias
"Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer ce qu'il y a de mal à être là?"

Au sommet du Pigne d'Arolla, à près de 3790 mètres d'altitude dans le Valais suisse, Arnaud Simard se filme sur fond de décor alpestre. 
"Pourquoi est-ce qu'on nous interdit le grand air? Je suis dégoûté !"
 
La vidéo tournée samedi dernier par le skieur bisontin a eu son petit succès sur les réseaux sociaux. Une manière pour ce passionné de sport extérieur de protester contre le confinement décidé par le gouvernement français.

"Je ne peux pas me satisfaire du tout petit espace qu'on nous donne, nous explique le maître de conférences en mathématiques, qui a choisi de travailler à 80% pour bénéficier d'un jour de liberté à l'extérieur, à ramasser des champignons, faire de la photographie animalière, du ski de rando ou du VTT. Aujourd'hui je ne fais plus rien. J'aurais l'impression de faire des tours de ronde dans ma cour de prison".
 

Je m'oxygène, je n'attends pas qu'on m'intube.

Arnaud Simard, passionné de sport outdoor

Exaspéré par les sorties "dans la limite d'une heure quotidienne et dans un rayon maximal d'un kilomètre autour du domicile", Arnaud Simard n'a pas, mais alors pas du tout apprécié que les chasseurs puissent bientôt bénéficier de dérogations pour éviter la "prolifération des populations de grand gibier", en l'occurrence sangliers et chevreuils, "susceptibles d’occasionner des dégâts aux cultures et aux forêts".

"On autorise les chasseurs à pratiquer leur loisir destructeur, ça passe pas, lâche l'enseignant, qui assume être un "anti-chasse de base": Je ne comprends pas qu'on puisse se trimballer avec un fusil pour aimer tuer."

"On interdit le sport et la culture, mais on autorise la chasse. On a perdu le sens de ce qu'est la vie."
, regrette Arnaud Simard, persuadé que les chasseurs bénéficient d'un "privilège", car "ils ont un poids politique". 
 

La régulation, elle se ferait toute seule s'ils ne chassaient pas le loup et le lynx

Alain Lachaise, secrétaire régional des Amis de la Nature


"Des privilèges, les chasseurs en ont toujours eu", abonde Alain Lachaise, secrétaire régional des Amis de la Nature, pour qui "il n'y a pas de raison pour qu'il y ait de dérogation pour les chasseurs."

"Pourquoi ne pas laisser les gens aller dans la forêt?" s'interroge cet amateur de randonnée.
 

Il serait pourtant logique de pouvoir se disperser dans les espaces de nature plutôt que de se concentrer dans les lieux à forte densité

Pétition initiée par le site Reporterre.net



Figure du trail à Besançon, Patrice Hennequin a relayé une pétition publiée par le site reporterre.net. Le texte milite "pour un accès responsable à la nature en période de confinement".
Adressée au président de la République, la lettre lui demande d' "autoriser l’accès aux espaces naturels, à condition de respecter strictement des règles de distanciation sociale éventuellement renforcées".
 

"On demande à allonger la distance à 5 km autour du domicile, détaille Patrice Hennequin. Il ne s'agit pas de faire n'importe quoi, mais d'élargir le cadre pour faciliter l'accès à la nature. Certains médecins trouvent d'ailleurs stupide de priver les gens de se balader, au contraire..."

Parmi les premiers signataires de cette pétition, on trouve en effet des personnalités du monde médical, mais aussi des intellectuels et des responsables politiques.

Ce 3 novembre, plus de 175.000 personnes l'avaient signée.
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