Quand le Covid-19 prive la Haute-Saône de vin chaud

Suite à un arrêté préfectoral, la consommation de vin chaud dans les rues du département de Haute-Saône est interdite. Mais quelques kilomètres plus loin, dans le Doubs ou le Territoire de Belfort, il est possible d'en boire. Point sur cette différence de traitement pour la boisson phare de Noël. 

Un homme vendant du vin chaud à Mulhouse, le 9 décembre 2020.
Un homme vendant du vin chaud à Mulhouse, le 9 décembre 2020. © PHOTOPQR/L'ALSACE/MAXPPP

Tout est prêt. Bonnet enfoncé sur la tête, écharpe autour du cou et masque sur le nez, vous vous apprêtez à goûter à quelques instants de féerie en arpentant les rues de votre ville. Les chalets de Noël sont là, si proches. "Enfin, vous vous dites, quelque chose que le Covid ne pourra pas m'enlever !". Pourtant, entre les effluves de pain d'épice et de gaufres, quelque chose cloche. Où est donc passée la bonne odeur de vin chaud que vous attendiez tant ? 

Raté. Le Covid-19 est (encore) passé par là. Cette année, il faudra dire au revoir à la chaleur réconfortante du vin chaud entre vos mains et vos lèvres. Enfin, pas partout. Car à quelques kilomètres de chez vous, dans le département du Doubs, ces sacrés veinards peuvent encore en boire. Qu'est-ce qui explique que d'un département à un autre la réglementation change sur la boisson phare de Noël ? 

Consommation d'alcool interdite sur la voie

L'article 4 de l'arrêté préfectoral du 30 octobre 2020 pèse encore sur la Haute-Saône. Entre l'obligation du port du masque et les dérogations possibles, une phrase nargue le lecteur : "La consommation d'alcool est interdite sur la voie publique". Après le choc, on continue la lecture. En cas de non-respect de cet article, une amende de 135€ est prévue. Aïe

Pour résumer, la vente de vin chaud reste autorisée. Mais si vous vous faites prendre à en siroter en "badant" dans les rues de Vesoul, vous risquez gros. La subtilité est que, si vous avez acheté un chocolat chaud ou un jus de pomme à la place, vous n'aurez aucun problème. 

Incompréhensible pour Richard Millerand, président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (UMIH) de Haute-Saône. Il a du mal à cacher sa colère : "C'est encore une interdiction de plus, ils ne veulent pas que l'on travaille".

Celui-ci est déçu : "Nous aussi, on voudrait participer à cette periode festive. Le vin chaud remet un peu de baume au coeur, on en aurait tous besoin." Richard Millerand l'affirme : ce week-end, lorsqu'il "était vers le marchand de gaufre", "les gens étaient outrés qu’il n'y ait pas de vin chaud".

Sur Twitter, les internautes sont (presque) unanimes : 

Le président départemental de l'UMIH souhaitait d'ailleurs installer son propre stand de vin chaud les week-ends à venir. Sa demande a été refusée. Il glisse à mi-voix que certains collègues veulent braver l'interdiction. "On ne demandera plus d'autorisations. On va le faire, et prendre des risques". Mais lui ne fera rien, il "doit montrer l'exemple"

"Ce n'est pas parce qu'on boit du vin chaud qu'on va faire un cirque sur la voie publique"

Alors, on essaie de comprendre le pourquoi de cette interdiction. Richard Millerand balaie toutes les raisons d'un revers de la main. "Si c'est pour une histoire d'alcoolisme... Les gens boivent certainement plus chez eux que dans un bar ou devant un stand de vin chaud !".

Concernant le risque de rassemblement de plus de six personnes devant le stand, il ajoute : "C'est pas parce qu'on boit du vin chaud qu'on va faire un cirque sur la voie publique ! On sait gérer nos clients, c'est notre métier." S'il soutient tout de même ses collègues commerçants,  Richard Millerand ne peut s'empêcher de dénoncer une sorte de deux poids, deux mesures : "Quand on voit les gens s'entasser dans des magasins et qu'on ne dit rien..."

Est-ce dû à la situation sanitaire en Haute-Saônne ? Selon le dernier point de l'Agence régionale de santé sur la situation sanitaire de Bourgogne-Franche Comté, publié le 11 décembre, le taux d'incidence du département est de 179 nouveaux cas pour 100 000 habitants, soit la moyenne de toute la région.  Le taux de positivité des tests est de 9,6 %, le  deuxième le plus important après le Doubs (12,5 %). Le nombre de patients hospitalisés pour Covid-19 est néanmoins le plus bas de la région, et reste stable : 76 personnes, et 7 en réanimation. 

Contactée, la préfecture de Haute-Saône n'a pas souhaité répondre à nos questions. Le mystère du vin chaud de la discorde reste donc entier.  

Le vin chaud bienvenue dans les autres départements

Quid des autres départements ? Lorsqu'on évoque le "cas Haute-Saône" à la préfecture du Doubs, elle répond : "On comprend que cela peut interpeller". Elle se veut rassurante et affirme que "la vente à emporter du vin chaud n'est pas interdite dans le Doubs". Il est aussi possible de siroter tranquillement son breuvage bien mérité dans la rue. Néanmoins, la vente de vin chaud "ne peut pas conduire à un attroupement de plus de six personnes" devant les stands. 

La préfecture du Territoire de Belfort nous répond qu'à priori "oui, il est possible de consommer du vin chaud" dans le département. La préfecture du Jura n'a pas encore répondu à nos sollicitations. 

Finalement, quelle solution est la solution pour les cafetiers haut-saônois ? "On ne va pas baisser les bras, se résout Richard Millerand. Je vais faire du jus de pomme chaud, ou alors du vin chaud sans alcool !"  Maintenant, il ne reste plus qu'un petit détail : le couvre-feu, de 20 à 6h du matin.

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