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Loin du salon de l’agriculture, à Baulme-la-Roche, rencontre avec des producteurs de plantes médicinales et aromatiques

© Antoine Marquet
© Antoine Marquet

Quand on dit agriculteur on pense éleveur ou céréalier, mais rarement producteur de plantes. Et pourtant. En Côte-d’Or, Jean-François et sa femme produisent et transforment des plantes médicinales et aromatiques. Découvrez notre parole d'agriculteur face aux défis environnementaux d'aujourd'hui.

Par Antoine Marquet

9h30, 13 degrés sous le soleil. C’est ce que le thermomètre de notre voiture annonce. Lunettes teintées sur le nez, on se dirige vers Baulme-la-Roche. 20 kilomètres environ de Dijon. La moitié de routes étroites et de virages. Mais on se réjouit de la vue qui s’offre : des champs et des cultures à perte de vue, baignés dans la lumière du jour. Baulme-la-Roche, c’est tout petit. Mais c’est mignon. Le soleil brille sur les vieilles pierres. On gare la voiture a à l’hôtel de la ville et on rejoint notre point de rendez-vous à pied : les rues sont trop étroites.

Loin des jardins bucoliques tels qu’on les imaginait, on tire sur la corde de la grosse cloche à l’entrée de la cour et on passe la grille. La pancarte « BAUM’PLANTES » y trône d’ailleurs fièrement. Faite par une graphiste de la famille apprendra-t-on lors de notre entretien. Derrière une porte vitrée on aperçoit Stéphanie et Jean-François, les mains dans les feuilles, les plantes. Mais que font-ils ? Ils trient et mettent en sachets. Le principe des plantes en vrac.  

Stéphanie cède la place à son mari pour répondre à nos questions. Même si elle a l’oreille tendue pendant notre échange et n’hésite pas à ajouter plus d’informations sur le fonctionnement de leur petite agriculture. Parce que Stéphanie, elle est installée à Baulme-la-Roche depuis 2007. Elle produisait et vendait déjà des plantes en vrac. « Mais c’est beaucoup de travail et c’est très peu rémunéré ».
 
Opération mélange et emballage des plantes en vrac. / © Antoine Marquet
Opération mélange et emballage des plantes en vrac. / © Antoine Marquet


Elle collaborait avec Claude, un autre agriculteur du village. Lui s’occupait de la transformation des plantes : gelée, tisanes, sirops. A l’heure de la retraite, il a proposé à Stéphanie de reprendre cette partie. La charge de travail, déjà conséquente, nécessitait deux mains supplémentaires. Jean-François est alors arrivé et a permis de récupérer la partie « transformation » de Claude. Jean-François n’est pas originaire du coin. Il a atterri en Côte-d’Or après une reconversion professionnelle. Il a travaillé pendant 25 ans dans une coopérative agricole conventionnelle. « Je voulais changer et j’ai toujours été intéressé par l’agriculture biologique ».

A Beaum’Plantes, « on transforme tout ce qu’on produit ». L’agriculture se divise sur deux terrains. A Baulme-la-Roche, le couple cultive ses plantes tandis qu’à Fromenteau, ce sont les céréales. « Tout est une question d’adaptation au terrain ». Par exemple, le cassis se plaît davantage à Fromenteau qu’à Baulme.
Le couple cultive environ 25 plantes. Pour ne citer qu’une partie d’entre elles : la lavande, le romarin, la mélisse, la sauge officinale, le thym, le serpolet, la menthe poivrée ou encore la camomille romaine.

Stéphanie et Jean-François pratiquent aussi la cueillette sauvage, pour l’ortie par exemple. Ces cueillettes sauvages dépendent de la météo. Jean-François raconte qu’il y a deux ans, ils avaient très peu de fleurs d’acacia. « Mais dans ces cas-là, vous remplacez par autre chose ou vous faites sans ? » s’interroge-t-on. « Non non, on fait sans. »

Le couple met un point d’honneur à respecter les plantes. Sur le site internet, on peut d’ailleurs lire « cycles naturels et principes de l’agriculture bio ». Les plantes sont cueillies au bon moment. Il est important de ne jamais les surcueillir. Certaines plantes ne peuvent être prélevées qu’une seule fois dans l’année, pour avoir le temps de se régénérer. C’est le cas du citron. Tandis que la mélisse peut être produite plusieurs fois.

Respecter les saisons est aussi essentiel. Pour Jean-François, les cultures de tomates hors-sol sont un désastre. « Les tomates en hiver, il faut arrêter. Elles sont pleines d’eau. Et pas bonnes. »
 
Conception d'une tisane, faite à partir de feuilles de frène. / © Antoine Marquet
Conception d'une tisane, faite à partir de feuilles de frène. / © Antoine Marquet

« On ne peut pas proposer des plantes pour soigner si on y retrouve un résidu de pesticide, c’est un non-sens »

...assène Jean-François. Quand on lui parle pesticides ou glyphosate, il grimace. Il considère que le glyphosate a eu son heure de gloire et qu’il n’est que « l’arbre qui cache la forêt ». De nombreux agriculteurs se passent des traitements chimiques. Mais comment on traite alors sans pesticides ? « C’est géré par la rotation des cultures ».

Dans un système conventionnel, les agriculteurs font colza-blé-orge et ils recommencent tous les trois ans. Dans l’agriculture biologique, les rotations se font tous les 7 ou 8 ans. On cultive par exemple la luzerne ou des lentilles, des pois, pour importer de l’azote, on utilise aussi des engrais verts. D’ailleurs sur cette question, Jean-François pense qu’aujourd’hui, les agriculteurs doivent revenir à plus d’agronomie. « On ne peut pas se contenter de mettre des intrants sur les céréales ».

Autre défi du jour : le réchauffement climatique

Rappelez-vous, 13 degrés à 9h30, un 25 février.

« Ça change quoi pour vous ? » Des heures de travail différentes : les journées de 12h sont courantes en cet hiver printanier. « On s’adapte, on ne peut que s’adapter au réchauffement climatique » intervient Stéphanie. L’année dernière, la sécheresse a empêché certaines cueillettes et a donc obligé Baum’Plantes à se fournir à l’extérieur. Jean-François demeure optimiste : « Si on est respectueux des cycles naturels, il n’y a pas de raison que ça ne perdure pas ».

Le réchauffement climatique et les traitements chimiques sont autant de défis que l’implantation sur un marché déjà bien occupé. Jean-François et Stéphanie se jouent parfois conseillers pour quelques bobos ou quelques maux, quand certains veulent s’éloigner de l’allopathie. « Mais on est ni médecin, ni pharmacien. On ne fait que conseiller ». Oui, c’est important de le préciser.

La tendance est aujourd’hui à un retour à la médecine traditionnelle, celle de nos grands-parents. « Si je peux me soigner autrement que par des médicaments alors pourquoi pas ! » entendent souvent Stéphanie et son mari sur les marchés, où ils vendent leurs productions. Malgré la farouche rivalité entre les lobbys pharmaceutiques et l’agriculture biologique, Jean-François tranche : « Je dis simplement que les deux peuvent être complémentaires ».

On est reparti, toujours sous le soleil, avec quelques conseils sur des migraines qui durent. « La menthe poivrée, massée sur les tempes ». Promis, on essayera.
 

France 3 Bourgogne

☀ Destination Baulme-la-Roche, en Côte-d'Or. Nous avons rencontré Jean-François et Stéphanie, producteurs de plantes aromatiques et médicinales ! 🌾🌸 Retrouvez l'article par ici :...

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