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Salon de l'agriculture : Bio ? pas bio ? Comment les jeunes agriculteurs imaginent leur avenir

Demain, une agriculture qui permette aux agriculteurs de vivre de leur travail / © Pixabay
Demain, une agriculture qui permette aux agriculteurs de vivre de leur travail / © Pixabay

Secoué par des crises successives, notre modèle agricole ne cesse d'être remis en cause. Que sera l'agriculture demain ? Nous sommes allés à la rencontre de futurs agriculteurs, au Salon de l'Agriculture. Surprenant : pour la plupart d'entre eux, le bio n'est pas leur priorité. Pourquoi ?

Par Fatima Larbi et Morgane Hecky

Crise du lait, crise du glyphosate, scandale des lasagnes à base de viande de cheval… La liste est longue.

Depuis une vingtaine d’années les crises et les scandales n’ont pas épargné le monde agricole. De plus en plus d’agriculteurs et de consommateurs se sont mis à douter du modèle intensif né au lendemain de la seconde guerre mondiale.
Pour contourner ces craintes, de nouveaux modes de production et de consommation ont vu le jour. Des producteurs se tournent vers le bio ou une agriculture raisonnée pour utiliser moins de produits phytosanitaires. Une tendance en hausse.  Quant aux consommateurs, soucieux de la qualité de leur alimentation, ils choisissent de plus en plus les circuits courts et les produits de qualité. 

Mais qu’en pensent ceux qui feront l’agriculture de demain ? Ceux qui vont inventer un nouveau modèle plus respectueux pour tous. Une vision parfois surprenante !

Dans les allées du Salon International de l'Agriculture à Paris, nous sommes allés à la rencontre de quatre jeunes se formant aux métiers d’agriculteurs. Ils nous ont expliqué comment ils imaginaient leur métier à l’horizon 2030-2040. 
 

Pierre : une exploitation à taille humaine et pouvoir vivre de son travail


Pierre a 17 ans, il est actuellement en Bac pro CGEA (conduite et gestion d’une entreprise agricole) à la maison familiale et rurale (MFR) de la Charente, à La Peruse. Pour ce fils d’éleveur, être agriculteur est une évidence depuis toujours. Son rêve est de continuer ce que son père a construit et perpétuer la tradition. Après ses études il veut reprendre l’exploitation familiale en Charente : 89 hectares de terres, un troupeau de 85 vaches destinées à faire des veaux de lait.

Je veux reprendre la ferme familiale et vivre de ma passion. 

Pour lui, d’ici 15 ans l’agriculture va changer. Elle va devoir s’adapter aux consommateurs qui veulent de plus en plus consommer des produits biologiques. Mais lui ne veut pas passer au bio car pour lui   c’est une mode mais pas l’avenir de l’agriculture.

L’avenir il le voit dans des exploitations plus petites, à dimension humaine comme il y avait avant pour que chacun puisse enfin vivre de son métier. Bien sûr, cela ne suffira pas. Il faudra aussi que les prix soient plus justes et permettent aux agriculteurs de dégager un salaire, ce qui ne se fera pas sans diminuer les marges des intermédiaires. Il ne s’imagine pas non plus tout sacrifier à son travail et compte bien profiter de sa vie de famille.

Aujourd’hui il existe des servies de remplacement qui permettent de prendre une ou deux semaines par an. Cela coûte un peu d’argent mais cela permet une vie de famille ce qui est tout aussi important.

Vache limousine au prés / © Photo C.Watier/Maxppp
Vache limousine au prés / © Photo C.Watier/Maxppp



Alexandre : payer aux agriculteurs les produits à leur juste prix


Alexandre a 25 ans, il a fait ses études au lycée agricole du Morvan à Château-Chinon, dans la Nièvre. Titulaire d’un BTS ACSE (Analyse, Conduite et stratégie de l’Entreprise Agricole), il aurait bien aimé s’installer à son compte. Mais le capital nécessaire était trop important et les banques ne l’ont pas suivi.
Aujourd’hui il est salarié agricole pour 2 exploitations agricoles dans la Nièvre.

Pour Alexandre, dans 15 ou 20 ans les exploitations agricoles, à reprendre, seront de grosses structures car on va manquer d’agriculteurs. Il faudra donc engager des sommes d'argent très importantes qui seront difficiles à amortir.

Mais pour  que les agriculteurs puissent mieux vivre, il faudrait plutôt faire le choix d’exploitations plus petites et rester indépendants. Il voit aussi une évolution sur le plan écologique avec des contraintes qui vont se renforcer. Ce qui, pour lui n’est pas forcément une bonne chose car le véritable problème ce sont les abus. Et, si le modèle agricole est trop contraignant et que l'on manque d’agriculteurs, qui va entretenir les paysages agricoles en France ?

C’est malheureux car s’il les agriculteurs ne sont plus là, les paysages ne seront pas entretenus, ce sera une véritable catastrophe. 

Lui aussi aimerait pouvoir vivre de son travail et que les produits agricoles soient vendus à leur juste prix.

Il faudrait gagner plus à la vente pour vivre et arrêter de toucher des primes.

Il aimerait avoir du temps pour ses loisirs et sa famille et parie sur une exploitation à taille humaine qui lui laisserait du temps pour cela.

 

Eugénie : pour vivre, les agriculteurs devront choisir les circuits courts et diversifier leurs activités



Eugénie a 20 ans, elle est en troisième année d’études d’ingénieur à UNILASALLE, à Rouen et veut travailler dans le marketing et la communication des produits alimentaires, mais pas pour des gros groupes.

Pour Eugénie, l’agriculture est une affaire de famille. Elle a grandi dans une exploitation céréalière, dans l’Aisne, qui sera reprise par son frère lorsque leur père partira à la retraite. Une transmission réussie !

Nos parents nous ont transmis la passion pour ce métier et pour la nature. 


Son souhait est de pouvoir travailler avec des entreprises qui valorisent la qualité et le local. Elle croit dans le circuit court qui selon elle préserve l’environnement.

Il ne faut pas confondre bio et local. Il y a du bio qui vient de l’autre bout de la planète. 

Pour elle, l’avenir des agriculteurs est dans la diversification des activités. Les agriculteurs ne pourront plus être qu’agriculteurs. Pour vivre ils devront développer d’autres activités comme être experts dans les périodes creuses ou gérer de la vente d’engrais…
 
Le circuit court, un enjeu pour l'agriculture. / © Pixabay
Le circuit court, un enjeu pour l'agriculture. / © Pixabay


Germain :  les exploitations agricoles vont devoir s’agrandir faute de repreneurs



A 19 ans, Germain sait déjà qu’il prendra la suite dans l’exploitation céréalière familiale, dans l’Eure. Pour cet étudiant en deuxième année d’école d’ingénieur, UNILASALLE à Rouen, l’agronomie et le végétal sont des passions qui vont lui servir pour son métier d’agriculteur.

Une agriculture qui doit inventer de nouvelles techniques. Car même si elle ne se convertit pas totalement au bio, il faudra qu’elle se diversifie et revienne à une approche mécanique.

Dans la ferme de mon père le désherbage et désormais mécanique pour éviter l’utilisation de produits phytosanitaires. 

Mais pour Germain l’agriculture ne pourra pas se passer totalement des produits chimiques. Selon lui, on aura toujours besoin de fongicides pour éviter les champignons.

L’agriculture, il la voit comme aujourd’hui, mais en mieux. Il pense que les exploitations vont devoir grandir car il y a trop peu de jeunes pour prendre la relève. Mais pour lui, cela ne veut pas dire que le travail sera moins bien fait.

Dans l'avenir, on aura des agriculteurs de plus en plus qualifiés et les techniques ainsi que les pratiques vont évoluer. 

 

Quatre jeunes, quatre points de vue mais une seule vision, optimiste : une agriculture avec un avenir, plus respectueuse de ses agriculteurs et de l'environnement... mais pas forcément bio. 

Pour Gilles Ossouf, enseignant au lycée agricole de Fontaines, en Saône-et-Loire, le bio n'est pas encore dans la culture des jeunes qui suivent leurs formations. Ils pensent "qu'il faut bien nourrir tout le monde" ou "qu'il n'y a pas de place pour tout le monde dans la filière biologique".
Pour eux, cela reste une agriculture marginale qui ne peut pas être celle de tous. Une agriculture biologique qui ne leur permettrait pas de vivre alors que la réalité prouve le contraire. 

Selon ce professeur de zootechnie, cela vient d'une croyance qui valorise l'agriculture intensive. Leur position est souvent liée à un vécu familial : quand ils viennent d’un système conventionnel, c’est difficile de les éveiller aux autres systèmes de production. Quand à l'enseignement agricole, la plupart du temps il commence tout juste à aborder la question.

Mais certains lycées ont franchi le pas et ont mis le bio au coeur de leur programme. C'est le cas du lycée de Coutances où l'élevage laitier est converti au bio depuis 2013, ou encore celui  de Rochefort-Montagne,
dans le Puy-de-Dôme, où la ferme du lycée agricole est 100% bio depuis 2011. 

Au lycée agricole de fontaines, Gilles Ossouf doit prochainement animer une thématique sur l'agriculture biologique avec une dizaine d'élèves. Ce qui lui fait dire : "Mais cela vient."

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