Aux Galeries Lafayette de Chalon-sur-Saône, les salariés craignent le redressement judiciaire et la fermeture

Après Camaïeu en liquidation judiciaire et Go Sport en redressement, c’est au tour des salariés des Galeries Lafayette de craindre pour leur emploi. À Chalon-sur-Saône, ils manifestaient ce mardi midi devant leur magasin pour demander des comptes à leur employeur, Hermione People & Brands et le dirigeant du groupe Michel Ohayon.

En septembre 2022, la liquidation judiciaire de Camaïeu avait été un choc pour ses 2600 salariés. Mi-janvier 2023, la justice mettait Go Sport et ses 2160 employés en redressement. Le destin de ces deux enseignes du groupe HPB sonne comme un mauvais présage chez les 675 employés des 25 magasins Galeries Lafayette appartenant au même groupe (le magasin de Dijon, lui, n'en fait pas partie). Comme à Belfort et Besançon, les salariés du magasin de Chalon-sur-Saône sont descendus dans la rue ce 14 février pour interpeller les clients et clamer leur inquiétude sur l’avenir des boutiques.

"On a l'impression que la fermeture se met en place"

Sandrine Bayoudia est salariée depuis 28 ans aux Galeries Lafayette de Chalon-sur-Saône. Elle est aussi représentante du personnel au CSE régional Est dans l’entreprise. "Le contrat d’affiliation se termine fin 2023 […] On a déjà perdu la démonstration des marques Dior et Chanel, on est plus livré depuis 15 jours. On a vraiment l’impression que les fermetures de magasins se préparent."

"J'ai des gens en pleurs au téléphone. Ils se demandent si les Galeries vont finir comme Camaïeu"

Frédéric HACQUARD, Délégué Syndical Central CFDT Hermione

Les Galeries Lafayette de 25 villes avaient été rachetées en 2018 par Hermione People & Brands, division distribution du groupe Financière Immobilière Bordelaise de Michel Ohayon. "Depuis l’acquisition, les conditions de travail se sont dégradées. On a déposé un risque de danger grave et imminent depuis deux ans après avoir travaillé l’été par 33°C. Malgré la saisie de l’inspection du travail, aucuns travaux ne sont engagés", raconte Sandrine Bayoudia. "On a travaillé le premier samedi des soldes à neuf pour 3000 m2 de magasin…" Des conditions de travail que Frédéric Hacquard, délégué syndical central CFDT au groupe Hermione, dénonce lui aussi. "La direction s’arrange avec la convention collective et le code du travail. Elle malaxe les gens qui n’en peuvent plus."

Pourtant, vendredi 10 février, à l'annonce des syndicats de débrayer mardi 14, le porte-parole de HPB déclarait : "Il n'y a pas, sur les magasins affiliés Galeries Lafayette relevant d'Hermione Retail, de projet de fermeture de magasin, ni acté, ni en réflexion". 

"On a un actionnaire qui doit 59 millions à la bank of China, et tous ses investissements en redressement..."

Sandrine Bayoudia et ses collègues voient le groupe propriétaire de leur boutique cumuler les affaires financières et s’interrogent. Frédéric Hacquard, lui, s’indigne. "Plus j’en découvre, plus je trouve cela scandaleux. L’opacité des comptes est complète…" Ce que confirme Christian Bougnon, chargé de mission formation CSE à la CFDT Côte d’Or. "Il y a des dettes auprès des fournisseurs, des aides de l’État qui ont disparu, et aucune visibilité sur l’état du groupe financier Hermione Retail."

La justice poursuit d'ailleurs son étude des comptes de FIB, à la demande des anciens salariés de Camaïeu. Christian Bougnon, quant à lui redoute que "Michel Ohayon se soustraie à ses responsabilités, qu'il disparaisse !"